'^'^M^ ♦ *!<) m- ^(3aaa n£ LA SOCIEtE LINNfiENNE Wi^ m<^^^S>^£L'&^, TOME XIX. Ileaxleme Slerle t TOMB IX. A I'AKIS, UBRAIRE, Hue n^^ulefeuille , iij ; ntm MAisoN A L0.NI)nE5 , MAOfllD ET NE^V-VORIL• A BOKDEAliX, CUEX TH. I,AFARGUF., LIDRAIRK, Iviprimeur de la Socitti Linniemie, Rdo Pniis 'Jo Bapno-Cap , H. 18»4. /^5 s^;:^c^^u^^:m^ DE LA SOCIETE LINNEENNE DE BORDEAUX. ^.931.AJCi ^(sifaa DE LA SOClfiTfi LINNEENNE ^^ ^^^SB^19^» TOME XIX. Deaxleme Serle t TOMB IX. CHEZ J.-H. BAILLIERE , Rue He I'EcoIe de Mt^decine, i*; ; MEME MAI50N, 3|(), RegciUStrcet. A BORDEAUX, CHEZ TH. LAP ARGUE, LiiinAiite , Jmprinuur tic la Socicte iTitin., Rue Puiu fie Bn^e-Cnp, 8. 1853. lifii DE LA SOClfiTfi LINNEENNE DE BORDEAUX. --osasstio— HISTOIRE NATURELLE GENERAIE. I. Du perfectionnement gradnel des Hrex organises , far M. Marcel de Serres , professeur d la Faculty des Sciences de Montpellier , correspondant. (Suite). Avant d'entrer dans les details necessaires pour resoudre celte question, il faut se rappeler ce que nous avons dit relativement a rimportance que les reptiles ont eue a Tepo- que jurassique. lis y ont tenu en quelque sorle la place des poissons , des oiseaux et des mammiferes qui n'existaient pas encore , ou n'existaient que d'une maniere transitoire. Ces animaux ont ete dans un developpement constant dans les temps geologiques ; il suffit de citer quelqaes faits pour demontrer le fondement de cette pariicularite remar- quable. Les crocodiliens qui apparliennenl essentiellement h I'epoque actuelle , ne commencent dans les temps geolo- giques , que lors de la periode tertiaire. Leurs especes ne sent pas sans doule les memes, mais les differences qui les separent ne sont pas assez importanles pour constituer des genres distincts. Les Crocodiles des terrains eocenes ont les // Tome XIX. 2 (6) in»;mt's caractcrcs que les genres actuels. lis ressemblent non a I'espece du Nil, raais au Crocodilus Scfilegelii de I'ile de Borneo ; ce qui est non moins remarqiiable , aucune espece de crocodilien ne se trouve dans la craie que surmontent immcdialcment les terrains tertiaires. C'est cependant dans les formations crayeuses que Ton commence a rencontrer des sauriens dont les vertebres sonl unies les unes aux au- tres au moyen d'une tete recue dans une cavite articulaire. Cette structure est un reritable perfectionnemenl ; aussi se trouve-t-elle chez les reptiles vivants a I'exceplion du Gecko. De meme, le Cetiosaurus qui surpassail tous les crocodi- liens par ses dimensions , et egalait presque la taille de nos baleines , a ete remplace dans le monde actucl par les mam- miferes marins. L'apparition des Labyrinthodons au milieu des gres rouges des terrains peneens, ne prouve pas, comme on I'a suppose, qu'il n'y ait pas eu de perfectionnemenl graduel chez les reptiles. En supposant que ces animaux appartinssent aux batracicns, ce qui est loin d'etre demontre , ils ne seraient pas les plus compliques de cet ordre inferieur des reptiles. L'observation microscopique de leurs dents prouve que leur organisation se rapproche a tel point de celle des poissons , que si Ton ne connaissait de ces animaux que ces parlies , on serail en droit de la rapporter a cette classe. On ne saurail voir dans les dimensions de certaines espe- cps de Labyrinthodons comparees a celles des batraciens, une preuve de leur plus grande complication ; car generale- nienl la pluparl des especes de I'ancien monde ont une plus grande laiile que les especes analogues du monde acluel. Sans doule , il y a loin des Labyrinthodons h nos Gre- nouilles ou a nos Salamandrcs sous le rapporl de la force et du volume ; mais est-il bien certain que le premier genre ait reellemenl appartenu a des batraciens? II cxiste du moins ( 7) aulant de motifs pour les considerer comme des sauriens. N'oublions pas que les Labyrintliodoiis ont apparii h une epoque oii les reptiles avaient atteint la stature la plus colossale ct ou ils dominaient sur I'ensemble des animaux. Si les batraciens actuels ne presentent plus de pareils moyens de defense ni une force considerable , ce n'est pas qu'ils soient moins perfectionnes , mais parce que la scene de la vie a totalement change, et que des animaux a meta- morphoses ne pouvaient presenter un grand volume. Nous ignorons ce qu'il en etait a cet egard des Labyrin- Ihodons ; mais leur taille etait si peu compatible avec des metamorphoses , que probablcment ils n'etaient pas soumis a une pareille condition. Ils ont eu un caractere commun avec une espece de batraciens qui en est eloiguee sous tous les autres rapports , les Protees ; comme eux , il presente quelques analogies avec les poissons. Sous ces divers points de vue , les reptiles de I'ancien monde , composes de parties propres maintenant aux diffe- rentes classes de vertebres , ne peuvent etre consideres comme pins perfectionnes que les especes de nos jours. Seulement , ils ont tenu la place des diCFerentes classes de cet embranchement , par suite des particularites de leur organisation. Ces animaux different des maramiferes et des oiseaux par la structure plus simple de leur cojur et de leurs poumons , et par une raoindre activite de leurs organes res- piratoires. Ces dispositions les rendent plus independants de I'oxi- gene de I'air. Aussi, ont-ils pu, dans la periode secondaire, remplir le role que jouent aujourd'bui dans la nature, les animaux a sang cbaud. D'un autre cole , les reptiles terrestres , en raison de la moindre energie de leur contraction muscuiaire , de la grande irritabilite de leurs fibres et du pouvoir qu'elles ( « ) possetlent do continuer longtemps leur action , forment I'ordre d'animaux de la phis liaute organisation qui puisse resistor a~ line pression atmosplierique plus considerable que celle de nos jours. Les reptiles ont done doraine an moment ou I'atmosphere chargee d'acide carbonique et d'une grande quantitc de va- peur aqueuse . aurait ete impropre a la vie des animaux a sang chaud qui les ont remplaces. L'existence des Didelphes au milieu des terrains oolilhiques de Stonesfield, n'y I'ait pas obstacle , car ils se rapportent a de petites especes insccti- vores plus rapprochees des marsupiaux que de tout autre ordre. Or, les marsupiaux , les moins compliqucs des mam- miferes , sont aussi fort rapproches des animaux ovipares. II est , du reste , assez singulier de rencontrer en Angle- terre des Didelphes de la tribu des sarcophages qui jusqu'a present n'ont ete trouves que dans la Nouvelle-Hollande , les lies adjacentes , enfin en Amerique. Les oiseaux paraissent avoir ete contemporains des cou- ches les plus recentes des terrains jurassiques. Du moins , M. Mantell assure avoir decouvert dans la formation weal- dienne de la foret de Tilgate , un echassier d'une laille un peu superieure a celle d'un Heron. S'il en est ainsi, ces animaux ont ete contemporains des ammonites et des be- lemnites , puisqu'ils ont precede les depots cretaces ; mais il n'est pas aussi certain qu'ils aient ete anterieurs aux mam- miferes monodelphes. On pout se former des doutcs a cet egard, puisque Ton n'a pas des preuves irrecusables de leur ancienne existence, comrae le seraient des debris osseux. On verra , d'apres ce que nous dirons dans la suite , que la France est peu riche en poissons fossiles , en comparai- son du nombre qui en a ete observe en Angleterre , en AUemagne el en Italic. Cependant, la carriere de picrres lilhographiques de I'arrondissement de Belley en a fourni un ( 9 ) grand nombre des ganoides et des placoides. Le premier ordre y est represente par un seiil genre et une seule cspece de la tribu des lepidoides. La Iribu des sauroides y est beau- coup plus riche ; elle coniprend six genres et neuf especes. Les poissons ganoides de la division des pycnodonles n'a qu'un seul genre et deux especes. L'ordre des placoides y est reduit a un seul genre et a une seule espece. On n'est pas d'accord sur la position des coucbes qui ren- ferment ces poissons ; les uns , comrae M. Agassiz , les rapportent a I'etage portlandien , et les autres au calcaire corallien. 31. Quensted fait observer qu'au-dessus des cou- cbes a poissons , se trouvent les polypiers du terrain du coral-rag. eiifin le Diceras arielina. 11 ajoute que dans le Bugey, on n'a jamais rencontre les especes d'acepbales et de gasteropodes qui, dans la Haute-Saone el les environs de Porrentruy, etc., caraclerisent les groupes kimmeridgien et portlandien. La meme localite n'a encore offert qu'un seul saurien de la taille d'un Lezard vert ordinaire. 4.0 DES ANIMAUX DE LA QUATRIfcME J5P0QUE DE LA SECONDE Pi5rI0DE. Animaux des terrains cretaces. Nous embrasserons dans cette epoque la totalite des ter- rains cretaces ou I'ensemble des depots operes depuis les terrains neocomiens jusques a la craie blancbe. Ces depots comprennenl plusieurs systemes , et cliacun se sous-divise en plusieurs etages distincts. Les terrains cretaces inferieurs nommes neocomiens , ont generalement une grande etendue et une grande puissance. Les autres etages sent premieremcnt le terrain albien qui comprend les argiles a plicatules, I'argile ostreenne et I'ar- gile teguline. Au terrain albien , a succede I'epotpie turo- nienne , nommee ainsi a cause de la ville de Tours placee ( 10 ) au milieu de cette formation. Elle embrasse les depots connus sous les noms de gres verts superieurs, de glauconie crayeuse , de craie chloritee et de craie tufau. Enfm , la serie des terrains cretaces est terminee par I'epoque seno- nienne , pendant laquelle se sont formes les terrains de la craie blanche ou craie superieure. Cos epoques considerees sous leurs rapports geologiques et paleontologiques , meriteraient sa-ns doute une histoire a part, puisque chacune d'elles est caraclerisee par des de- pots parliculiers et des faunes distinctes. Mais envisagees au point de vue du perfectionnement graduel des etres qui les ont animees , il suffit d'cn embrasser I'ensemble et d'en saisir les caracteres principaux et essentiels. Les terrains cretaces comprennent toutes les classes des invertebres , quoiqu'ils ne renferment que trois classes des vertebres , les poissons, les reptiles et les oiseaux. On ne paralt pas y avoir rencontre jusqu'a present la moindre trace de mammifere terrestre. 11 parait cependant que Ton y a decouvert quelques vestiges de mammiferes marins. Les reptiles ont incontestablemenl apparu pendant Tepo- que jurassique , tandis qu'il n'en a pas ete ainsi des oiseaux. A la verite , si Ton peut se fier a des empreintes plus ou moins bien determinees , les derniers auraient anime la scene de la vie a une epoque plus ancienne : mais tant que Ton n'aura pas trouve des ossements , les doutes les plus graves s'eleveront sur leur existence anterieurement aux depots cretaces. Le progres opere pendant la periode crayeuse se rapporte principalement aux poissons ; ils ont recu pour lors deux ordres nouveaux qui n'avaient point encore paru sur la scene du monde. Ces deux ordres ont cela de parlicuiicr , d'etre semblables sous le rapport de leur conformation generale , a ceux qui peuplent maintenant les eaux des mors. ( 11 ) Les cteiioides et les cycloides inconnus avant I'epoque cretacee , ont leurs ecailles conformees comme rimmense majorile des especes qui frequentent les eaiix salees. Mais tandis que ces families dorainaient lors de la periode creta- cee , les ganoides qui avaient commence avec I'apparilion de la vie , devenaient de plus en plus rares , el les placoi- des , leurs contemporains , se rapprochaienl par degres des formes des Squales acluels. Si , a cette epoque , un progres a ete manifeste chez Ics poissons , puisqu'ils ont ele composes par quatre ordres au lieu des deux qu'ils presentaient auparavant , il s'est ega- lement opere chez les reptiles. En effet, quoique moins nombreux que dans I'epoque jurassique , ceux des terrains crelaces ont pris des formes nouvelles et plus semblables a celles des especes vivantes. Quelques races des formations jurassiques ont persisle jusqu'aux terrains cretaces. Tel est entr'autres le Plesio- saurus pachijomus decouvert dans les gres verls de Cam- bridge en Angleterre. On pent encore citer le gigantesque Iguanodon que Ton rencontre dans les formations les plus recentes des terrains jurassiques et cretaces. On relrouve en effet de ses debris dans les memes gres verts oii Ton a observe les debris du Plesiosanrus pachyomiis. Outre ces genres communs a deux formations immediate- ment superposees , les depots crayeux en ont presente plu- sieurs de speciaux. Tel est le fllosasanrus. reptile dont les analogies avec les Monitors et les iguaniens sont manifestes. Get ancien habitant des mers depassait singulierement par sa taille , les reptiles qui avaient avec lui quelques affinites. Sa longueur etait de 8 a 9 " , tandis que les plus grands iguaniens et varaniens n'atteignent pas 2 metres. Le Mosasaurus decouvert en premier lieu dans le terrain crelace superieur des environs de Maestricht , puis dans la ( 12 ) craie de Lewes , enfin dans les gres verts de la Virginie , parait avoir vecii dans le bassin des mers. D'apres I'ensem- ble de ses caracteres , ce reptile devait etre un carnassier tres-vorace , organise pour une natation rapide , et assez agile pour saisir sans effort les poissons dont il faisait sa nourriture ordinaire. Ce genre remarfjuable par le nombre , la grosseur et I'acuite de ses dents , parait n'avoir eu qu'une espece. Elle a ele consacree a Camper qui , le pre- mier, a prouve les affiniles naturelles du Mosasaurus, et les differences qu'il presentait avec les celaces et les croco- diles. Deux autres genres de la meme famille des sauriens squameux ne sont pas raoins speciaux aux terrains crelaces. Tous deux n'ont qu'une seule espece. Le premier de ces genres , le Leiodon , a des rapports avec les Mosasaures par ses dents soudees a la machoire , disposition generate aux reptiles acrodontes. Ce reptile avait au plus de 4 a 4"" , 50 de longueur, et parait avoir eu des habitudes ana- logues a celles de ranimal de Maestricht. Le second n'est encore connu que par une machoire inferieure contenant vingt-deux dents rapprochees et soudees a I'os maxillaire , caracteres qui lui sont conimuns avec les reptiles pleuro- dontes. II n'est pas inutile de faire reraarquer que , tandis que cette machoire a ete trouvee dans la craie de Cambridge . des vertebres qu'on croit pouvoir lui rapporter ont ete de- couvertes dans celle de Maidstone. Ces vertebres sont sem- blables et ont tous les caracteres des lacertiens modernes , preuve du progres qui a eu lieu chez les reptiles des ter- rains crayeux. Les memes terrains renferment egalement des debris d'une' grande espece de Pterodactyle , nommee par M. Bowerbank qui I'a decouverte dans les environs de Burham ( 13 ) du comt6 de Kent, Pterodaclijlus giganteus. Cette espece n'avait pas moins de deux metres , et un metre d'envergure; elle prouve que ce genre a plus long-temps persiste qu'on ne I'avait suppose. II existait done parmi les animaux de I'ancien monde des races plus durables que d'autres (1). Ces races anciennes etaient partagees comme les notres , en especes robustes , et delicates. Les cheloniens onl laisse des traces de leur existence dans les terrains cretaces ; leurs debris se rapportent a des lortues marines du genre des Cbelonees. On y en a decou- vert jusqu'a quatre especes ; les principales onl ete decriles sous les noms de Chelonia putchriceps et Berstedi. Le progres s'est opere chez les reptiles , pendant la periode cretacee , par le rapprochement des especes qui en ont fait parlie avec celles de nos jours. Ce rapprochement a ete d'autant plus prononce, que Ton s'eleve des anciennes formations crayeuses aux plus recentes. II est si manifeste a I'epoque tertiaire , que les reptiles de cette epoque ne different plus sous le rapport de leurs formes et de leurs dispositions des especes de la periode actuelie. Seulement, les crocodiles , les tortues de mer et des fleuves , ainsi que les autres vertebres , annoncent avoir vecu sous Tinfluence d'un climat plus chaud que celui qui caracterise les lieux ou Ton en decouvre les debris. Un fait assez singulier de I'histoire des poissons de I'an- cien monde , c'est que leurs especes se trouvent comme accumulees sur quelques points particuliers. Parmi les localites ou ces animaux se trouvent en grand nombre , on pent citer principalement les calcaires fissiles de Monte- Bolca qui appartiennent au groupe crayeux. II nVxiste ( 1 ) Quarterly journal oflhe geological Society of London, 1845. Tom. II, pag. H5. ( 14 ) aucun point du globe ou Ion decouvre une aussi grande quantite de poissons. On les dirait accumules ct comme entasses a plaisir , ce qui arrive egalement a d'autres ani- niaux rassembles dans des localiles fort restreintes et sou- vent separees par de grands intcrvallfs. Cetle circonslance merite d'autant plus d'etre signalee , qu'elle a eu lieu a une epoque ou la loi de la diffusion triom- phait a peu prcs exclusivement, Ces reunions d'animaux sur un metne point , preparaient en quelque sorte la loi de la localisation devenue generale dans les temps historiques. Elles sont , ici , d'autant plus reniarquables , qu'elles se rapportent a des especes marines. La loi de la localisation qui est aussi un progres dans la distribution des especes animees , n'a commence a s'etnblir d'une maniere manifeste , a la surface du globe , que lors des terrains tertiaires ; elle n'a regi d'une maniere complete les vegetaux et les animaux qua I'epoque historique ; elle a donne a noire monde la variete des formes , et a imprime au paysage un charme inconnu aux premiers ages , ou la nature etait triste par suite de la monotonie de son uni- formite. Parmi les nombreux poissons fossiles de Monte-Bolca , il n'en existe pas un seul d'idenlique avec nos races vivantes ; du moins , sur les cent trenle especes que Ton y a observees. Ces especes appartiennent a soixante - dix-sept genres ; quatre-vingt-deux sont comprises dans trente-neuf genres represenles dans la nature actuelle , et quarante-huit de- pendent de trente-huit genres dont il n'existe aucun analo- gue dans la creation. La zoologie systemalique se trouve ainsi enrichie , par rapporl a la scule localile de Monte-Bolca , de vingt-sept genres nouvcaux , que Ton n'a pas rencontres ailleurs. D'un autre cote , trente-neuf genres comprennent un grand nom- { 15 ) bre d'especes fossiles qui a pparaissent pour la premiere fois sur la scene de I'ancien monde. Les terrains de Monte-Boica sont caracterises par 77 genres sur les 110 qui composent la lotalite de ceux decou- verts dans les divers systemes des terrains de craie. Les premiers composent a eus seuls plus des deux tiers de la totalite. Cette proportion est d'autant plus remarquable, que I'exces est ici tout en faveur d'un point unique et fort res- treint. Si Ton compare la proportion des especes et des genres decouverts dans la craie de I'Angleterre a celle de Vestena- Nova , les premieres n'y paraissent representees que par 23 especes , dont une seulement se montre ailleurs , dans les memes formations geologiques. Or, les secondes y sont deja au nombre de 150 ; elles sont done en exces sur les autres, d'environ les cinq-sixiemes. Les especes d'Angleterre sont comprises dans 14 genres ; 9 sont tout-a-fait eteints et 5 se rapportent a des genres actuellement existants. Les 77 de Vestena-Nova compares a ceux d'Angleterre, formeraient encore plus des cinq-sixiemes de la totalite des poissons qui se trouvent dans I'une et I'au" tre de ces localites. Ce rapport et celui qui existe entre les especes qui en font partie , donnent une idee de I'exces de ces animaux dans le seul lieu de Vestena-Nova sur ceux de I'Angleterre. Les nombres sur lesquels sont fondes ces calculs ne sont pas completement exacts , car ils reposent sur 1 etat de nos connaissances sur les poissons fossiles, dont les especes peuvent eprouver de nombreuses et de grandes variations. A la verite , si la proportion des uns augmente par suite des nouvelles recbcrclies , il devrait en etre de nieme des autres. S'il y avait des differences h cet egard , il est pro- bable qu'elles scraient en faveur de la localite la plus riche. { 16 ) Les chiffres fournis par les observations actuelles sont done jilulot au-dessous qu'au-dessus de ce que les observations ultericures ponrront faire admettre. Get apercu prouve a quel point les poissons ont domine dans cerlaines parlies des mers cretacees. Une pareille pro- portion ne s'est plus manifestee nuUe part; elle ne s'est meme jamais presentee dans les terrains anterieurement deposes. II est deux autres localites non moins remarquables pour le nombre de poissons qu'elles recelent , quoique ces ani- maux n'y soient pas en aussi grande quanlile qu'a Vestena- Nova. Ces localites sont celles des scbistes de Claris en Suisse et des rochers calcaires du Mont-Liban qui paraissent appartenir aux terrains cretaces ; car il est difficile de con- siderer les couches de ces deux localites , comme interme- diaires entre ces terrains et les formations tei tiaires. Si Ton jugeait de I'ancienne distribution des poissons d'apres ces faits , on serait tente de supposcr qu'ils ont dii etre inegalement partages dans les mers cretacees , s'il n'etait facile de comprendre que ces accumulations ne sont que de purs accidents. Une foule de circonstances peuvent les avoir entraines dans les lieux ou ils sont amonceles, dans I'espoir d'echapper aux causes de mort qui les menacaient. Les faunes de ces animaux sont separees par des carac- teres plus tranches que ceux qui distinguent, en general , les faunes des animaux inferieurs. Les memes genres ne se conservent pas dans un grand nombre de terrains successifs ; Ton ne voit pas , comme chez les raoUusques et les anneh- des , certaines formes se retrouver dans la presque totalite des depots geologiques. Chaque type non-seulement speci- fique , mais generique , semble avoir ete cree pour un temps plus restreint, et I'ensemble de la creation des poissons d'une epoque differc beaucoup de celles qui I'ont suivie ou ( 17 ), qui I'ont precedee. Cost seiilement a partir des terrains cretaces que Ton decouvre des genres analogues a ceux qui existent aujourd'luii. Avant cette epoque , ils dilleraient tous des genres actuels. Les terrains neocomiens, les plus inferieurs des formations cretacees , sont aussi les plus pauvres en poissons. Ces ver- tebres se rapportent aux deux families qui ont paru les pre- mieres a la surface du globe : aux ganoides et aux placoides. La premiere y est representee par deux genres : les Picnodus et les Spharodus ; la seconde , par un seul , le Lamna dont il n'existc dans ces terrains qu'une espece , le Lamna gracilis. On doit, peut-etre, rapporler a ces terrains les especes rencontrees a Castellamare pres de Naples , et que Ton avail cru des formations jurassiques. Elles apparliennent uniquement aux ganoides, et aux genres Semionolus , Pholi- dophorus , Notagagus et Pirnodus. Ainsi , a I'epoque neoco- mienne , les ctenoides et cycloides n'avaient point encore paru , et im progres aussi marque ne s'etait pas encore opere dans la classe des poissons. Les terrains neocomiens paraitraient ne receler nulle part les derniers ordres de ces vertebres , qui dominent mainte- nant dans nos mers. Les schistes noiratres de Claris , I'un des gissements les plus riclies en ce genre, seraient par cela meme superieurs aux formations neocomiennes , puisque Ton y decouvre des ctenoides et surtout des cycloides. Les premiers n'y sont representes que par trois genres , tandis que les seconds en offrent au moins une douzaine. Plusieurs genres des cycloides sont particuliers ci cette localite ; parmi les scomberoides , on pent citer les Anen- cheium qui offrent plus de six especes , ainsi que les genres Nemopterix . Palimphyes , Archaus, Vomer , Isiirus . Pleio- nemus et Palceorijnchum. Les poissons ganoides representes ( 18 ) dans ces terrains y onl deux genres , les Osmenis et les Clupea qui se trouvent dans d'autres depots cretaces que les scbistes noiratres de Claris. Les genres Acanthoderma et Acanthoplciinis n'ont pas ete observes dans d'autres forma- tions , ni dans d'autres lieux. Les terrains cretaces recents presentent les quatre ordres des poissons , les ganoides , les placo'ides , les ctenoides et les cycloides. Les premiers y sont composes par neuf genres qui appartiennent aux lepldoides et aux sauroules. Les se- conds y sont en plus grand nonibre et comprennent jusqu'^ seize genres parliculiers qui, comme ceux des ganoides, se rapportent a differentes tribus. Les ctenoides n'ont guere plus de quatre genres , tandis que ceux des cycloides s'elevenl jusqu'a douze. Ces nom- bres grandissent , lorsqu'on porte son attention sur la fa- meuse localile de Monte-Bolca , connue aussi sous le nom de Vestena-Nova. Les ganoides sont represenles dans ces terrains par trois families et sept genres, partages de la maniere suivantC'-: un pour les pycnodontes, quatre pour les sclerodermes et deux pour les lophobrancbes. Ces genres comprennent dix especes. Le second ordre n'est compose que des squalides et des Raies. La premiere de ces families n'a qu'un seul genre et une seule espece , tandis que la seconde en reunit trois et meme quatre. Get aper^u prouve que les ganoides et les placoides ne sont plus en grand nombre dans ces terrains. En effet , les ordres des ctenoides et des cycloides s'y trouvent seuls en exces. Les ctenoides offrent a Vestena-Nova huit families. La premiere , les percoides , est composee de douze genres et de vingt-deux especes; les sparoides de trois genres et de douze especes ; les scienoides de quatre genres et de (19 ) cinq esp^ces ; les gobioules d'lin genre et de deux especes ; les teiilliics de deux genres et de qualre especes ; les clielo- dontes de buit genres et de vingt especes ; les auloslomcs de cinq genres et de cinq especes. Les poissons cycloides coniprennent sept families : les scomberoides , les Llemno'ides , les labroides , les lopbio'i- des , les atberinoides , les baleco'ides et les anguilliformes. La premiere est formee par douze genres et dix-neuf espe- ces ; la seconde d'un seul genre et d'une seule espece ; il en est de meme de la Iroisieme et de la quatrieme ; celles-ci n'embrassent qu'un seul genre et une espece unique. Les atberinoides ne sont guere plus ricbes ; elles n'ont que deux genres et trois especes. Les deux dernieres families sont plus ricbes en genres et en especes que les epoques preceden- tes. Ainsi les halecoides sont composes de cinq genres et de quinze especes , et les anguilliformes de cinq genres egalement et seulement de douze especes. Get apercu prouve la ricbesse des terrains de Vestena- Nova ; elle ne pent que s'augmenter par les rechercbes dont cetle localite est I'objet. II annonce en outre , que le nom- bre des especes s'accrolt d'une nianiere notable dans les genres qui ont des representants dans la nature actuelle : les Cliipea et les Angmlla en sont la preuve. II faut toutefois convenir que cette regie est cependant loin d'etre sans ex- ception , et le genre perdu des Ptjgceus nous en fournit un exemple remarquable. II offre , en effet , buit especes , toutes de la meme locaUte de Vestena-Nova. Les oiseaux ont ete egalement contemporains de la pe- riode cretacee; les scbistes de Claris, si ricbes en poissons, en ont presente des debris. M. Hermann de Meyer a cm y reconnaitre une portion de squelelte d'un oiseau qui a quel- ques analogies avec I'Alouette. D'un autre cote , M. Buckland a apercu un bumerus d'oiseau dans la craie de Maidstone ; ( 20 ) M. Owen I'a rapporte a un palmipede de la taille de I'Alba- tros [ Diomeda ). Un fragment de tibia decouvert apres I'huraerus a conduit aux memes indications. II parait qu'anterieurement a la periode cretacee , des oi- seaux auraicnt existe ; du moins , M. Mantell assure avoir rencontre des os d'un echassier plus grand que le Heron , dans les formations wealdiennes de la foret de Tilgate , for- mations les plus recentcs des terrains jurassiques. L'apercu que nous venons de tracer de la faunc des ter- rains crelaces , sufflt pour faire saisir les progres qu'elle a acquis el qu'elle devait eprouver pour egaler la faune ac- tuelle. II nous rcste a demonlrer le perfectionnement qu'elle a eprouve par rapport au developpement des invertebres. Sans doute , le progres que ccs derniers ont ressenti est beaucoup moins manifesto , mais il est cependant sensible , en considerant la variete de leurs especes. Les zoopliyles , parmi lesquels I'on doit comprendre les foraminifercs , d'abord en petit nombre dans les terrains crelaces inferieurs ou les neocomiens , deviennent extreme- ment abondants dans les elages superieurs. lis y composent alors plus de trente-deux genres , tandis qu'au plus il en existe deux ou trois dans les terrains neocomiens. Les polypes ne sont abondants que dans les terrains cre- laces superieurs. Ainsi on y decouvre jusqu'a 28 genres de la famille des bryozoaires, Iribu des zoopbyles rayonnes , et de celle des anthozoaires de la meme tribu quatorze genres distincls el particuliers. Les spongiaires a eux seals com- prennent quinze genres auxquels il faut en ajouter huit ou neuf appartenant aux infusoires. Les zoopbyles radiaires ne sont pas moins en progres que les precedents. Ainsi , les ecbiuides abondent dans les formalions crayeuses sous le rapport des genres , des espe- ces et des individus. Le nombre des genres de celle grande (21 ) tribu n'est pas moindre de seize dans les terrains neoco- miens. II augmente encore d'line maniere notable dans les autres formations crayeuses, on il s'eleve jusqu'a vingt- quatre, quoique quatre genres des depots cretaces inferieurs ne s'y rencontrent pas. Ces genres sent ceux des Pygoryn- chtix , des Hemicidaris, des Cidarls et des Pel tastes. D'un autre cote, les stellerides. de la famille des radiaires. sent rcpresentes dans les terrains neocomiens par iin seul genre , tandis qu'il en a trois dans les elages superieurs. Les crinoides n'existent pas dans les premiers terrains , tan- dis que cinq genres se trouvent dans les seconds. II y a done eu progres des plus anciens depots aux plus recents. Ce progres ne s'est pas opere dans les genres ou dans les especes , mais uniquemenl dans leur nombre et leurs va- rietes. Les infnsoires sont repandns en nombre immense dans les terrains cretaces et completent celui des animaux infe- rieurs. D'apres les observations d'Ebrenberg , 20 centime- tres cubes ( l pouce cube ) de craie , n'cn contiennent pas moins d'un million d'individus ; le nombre de ces infusoi- res depasse done celui des 20,000,000 par kilogramme ( 2 livres ) de cette roche. Ces infusoires accompagnes de plus d'une vinglaine d'es- peces de Nautilites microscopiques, de Nummulites, du genre Cypris , sont eux-memes composes d'une quarantaine d'es- peces; elles peuvent etre comprises dans une vingtaine de genres particuliers. Avec ces animaux microscopiques, dont plusieurs out passe a I'clat siliceux . on decouvre divers de- bris de vegetaux egalement silicifies. M. Ebrenberg a conclii de ces fails que les coucbes crayeuses de I'Europe etaient pour la plupart formees d'in- fusoires invisibles a Tceil nu , pourvus les nns de coquilles calcaires et les autres de fourreaux siliceux. Les Nautilites Tome XIX 3 ( ^2 ) microscopiqucs lui paraissent , d'lin autre cote , les consli- tiiaiUs caraclerisliques de la craie , principaleinent les Tex- tularia (jlohtdos'a , aciculata , aspera, brevis et le Rolulia globulosa. D'apresrillnstreliistoriendes Infinimentpetils. les districts crayeiix des bords de la Mediterranee, regardes generalement comme de formation terliaire ainsi que les calcaires a Num- mulites d'Egypte, apparliendraient reellementa la premiere formation , a en juger par les fossiles que ces roches ren- fermcnt. Cette opinion s'accorde pen avec celle des natura- listes francais qui supposcnt que le genre Nummulitc n'a paru qu'a I'epoque tertiaire. II parait neanmoins resuller des recherches de M. Ehrenberg , que les infusoires ne se trouvent pas dans la craie du Nord, tandis que ces animaux se recontrent dans la craie de la Sicile, du Midi de la France et des environs d'Oran en Algerie. Le meme observateur a rencontre un grand nombrc d'in- fusoires dans d'autres terrains el dans diverses localites. Parmi ces animalcules a coquilles siiiceuses, il a trouve deux especes dc polythalames microscopiqucs actuellement vivantcs. Ces especes de notre epoque Itii paraissent elre les memes que doux des infusoires les plus repandus dans les terrains cretaces. Si ces faits se confirment , il ne serait pas vrai que toutes les especes fossiles differeraienl des ra- ces vivantes. Ces infusoires seraient le Planularia turgida et le Tex- tularia aciculata ; ils formeraient un lien entre les aucien- nes creations et celles du monde actuel. Ce lien ne serait neanmoins perceptible qu'a I'aide du microscope et serait opere paries infiniment petits. Ce lien qui aurait commence des les premiers ages, se serait pcrpetue jusques dans les terrains cretaces et terliaires, poUV s'etendre jusqu'a I'epo- que actuelle. ( 23 ) Les articules ont ele represenles dans la periode crelacee par qualre ordres principanx sur les cinq de celte classe. Ces articules se rapporlent aux annelides, aux insectes, aux criistaccs et aux cirrliopodes. Les annelides comprennent trois genres , dont deux , les Serpules et les Spirules ont presque constaraaient persisle depuis les terrains de transition jusqu'a nos jours. Le troi- sieme , ou les Vermiiia , a eu une existence des plus courte. On ne commence a le rencontrer que dans les terrains cre- taces d'oii il s'etend dans les depots terliaires pour venir se perpctuer dans le monde acluel. On cite dans les terrains neocomiens un seul genre de crustaces , les Prosopon , qui se trouve aussi bien dans les depots jurassiques que dans les formations crayeuses. Les ctages superieurs de la craie en renferment cinq aulres qui pour la plupart vivent encore, tandis que le genre Prosopon est perdu. Les cirrliopodes n'ont qu'un seul genre , celui des Polli- cipes qui , quoique de la nature actuelle , ne se trouve pas nioins dans les gres verts et la craie. On a cru iongtemps que les insectes n'avaient pas laisse de leurs debris dans la formation crayeuse ; cependant, feu le D/ A. Desmoulins , a observe des elytres de coleopteres dans les calcaires cretaces de la montagne Sainte-Catherine, pres de Rouen. Ces elytres onl ele Irouves an milieu d'un grand nombre de coquilles et paraitraient, ce qu'il est assez difficile d'admettre , avoir conserve en partie leur brillant metallique. Les moUusques des terrains cretaces sont aussi nom- breux que varies. Les cepbalopodes y sont representes par les Ammonites , les Beleranites et les Belemnitelles. Le premier genre disparait completeinent avant la craie supe- rieure , tandis que les deux derniers ne s'eteignent que lors de cette derniere epoqr.e. Les Ancytoceras y paraissent pour ( 24 ) la derniere fois; ils y sont accompagnes par des genres nom- breux , speciaiix et remarqiiables par la variete de leurs en- roulemcnts. Ces genres, parmi lesquels nous citerons les Criocerax . les Scajihitcs , les Toxoceras , Ics Ilamiles , les Ptychoceras , les Baculites et les Belioceras n'ont plus de representantsdans la nature actuelle. En resume, les cepha- lopodes ont une quinzaine de genres dans les formations cretacees. Les niemes formations recelent pour la derniere fois des vestiges A'Aptychus . genre dont la place dans la serie des etres est des plus douteuses et dont I'organisation est tres- problematique, Quoiqu'il en soit , les Aptijchus ont vccu depuis le lias jusqu'aux gres vert et les marnes crayeuses. Les moUusques gasleropodes signalenl egalement les ter- rains crelaces ; ils different par leurs formes de ceux des terrains jurassiques , en meme temps que le nombre de leurs genres augmente. Sous ce rapport , les moUusques de celte tribu sont en progres sur ceux des epoques anterieures. L'ensemble des formations crayeuses offre de '21 a 22 genres qui se trouvent a peu pres dans tous les etages de ces formations. D'autres genres viennent s'y ajouter et pa- raissent speciaux aux groupes superieurs des terrains cre- taces, Leur nombre , de 28 a 50 . comprend des types gene- riques analogues a ceux de I'epoque actuelle. Les acephales , moUusques moins compliques que les gasteropodes , augmentent moins par cela meme , que les gasleropodes. Le nombre des genres des terrains neoco- miens et des autres formations cretacees est cependant assez considerable; il ne s'eleve pas a moins de 52. On les revoit dans les etages superieurs , raais ceux-ci en presentent de nouveaux , qui leur sont speciaux. Ces derniers , an nombre d'une vingtaine , appartiennent pour la plupart aux deux creations. (25) Les rudistes abondent egalemenl dans les memes forma- lions ; deux genres sont particiiliers aux depots neocomiens; qiialre semblent speciaux aux groiipes crelaces superieurs. Les premieres de ces forma lions ns renferment que deux genres dt's brachiopodes , les Terebratules, forme essen- tiellemenl persistante , avec laquelle reparait de nouveau le genre Orllns qui a commence avec les terrains primaires ou de transition , s'est etendu a Iravers les terrains de tran- sition , le Zechslein et le Muschelkalk . pour venir s'eteindre dans les formations crayeuses. Enfin , les etages superieurs toujours caracterises par les Terebratules, le son! encore par les Orbicules, les Tbecidees et les Linguk's qui out lous des reprosentanls dans la nature. Tel est I'ensemble des animaux invertebres et vertebres des terrains cielaces. La population qui a laisse des traces de son ancienne existence dans ces terrains est en pro- gres sur celies qui I'ont precedee , quoique Ton n'y decouvre plus de traces de mammiferes didelpbes. Ces animaux ont eprouve par cela meme une granJe interruption dans leur existence, puisqu'on ne les retrouve que dans les formations \ertiaires et parmi les races acluelles. Le progres le plus marque qu'aient eprouve les animaux vertebres de celte epoque , s'est opere dans la classe des poissons qui a vu deux ordres entiers apparaitre , les ctenoi- des et les cyclo'ides. Le perfectionnement a cte ici d'autant plus marque , que ces ordres peuplenl mainlenant nos mers. C'est a peu pres dans le raeme sens qu'a eu lieu celui des reptiles . dont les especes se sont rapprochees de plus en plus des races vivantes . dont ils u'ont pris les caracleres qu'a I'epoque tertiaire. Ainsi. les Teleosaures, inferieurs sous le rapport de leur organisation aux crocodiliens , ont disparu de la scene de la ( 26 ) vie . lors ties depots cretaces : il en est de merne des Ichthyo- saures , des Plesiosaures el de plusieurs autres genres des terrains jurassiques. Si les terrains crayeux ne renferment pas de mammiferes comrae les formations jurassiques , ils presentent dii moins des debris d'oiseaux , et cela d'une maniere incontestable. En elTet , les seuls vestiges des animaux de cette classe , n'ont ete reconnus d'une maniere positive que dans les cou- ches wealdicnnes , les depots les plus recents des terrains jurassiques. On a bien adrnis I'existence des oiseaux a I'epoque pe- neenne ; mais comme elle repose siir des empreintes que ces animaux auraient laissees en raarcliant sur le sable ou sur les marnes argileuses , cette existence est par cela meme fort douteuse ; aussi , ne sera-t-elle certaine que lorsqu'on aura rencontre aupres de ces empreintes, des ossements qui se rapporteront reellement a des oiseaux. II y a done eu progres a I'epoque cretacee, dans I'appari- tion des oiseaux, puisqu'avaul cette epoque, des os d'oiseaux n'ont ete decouverts que dans les couches wcaldiennes d'une seule localite de I'Angleterre. Les invertebres ne sont pas restes en arriere et ont suivi les progres atteints par les vertebres. Ainsi , I'une des classes de cet embranchement est arrivee sur la scene de la vie avec tout son perfectionnement. Peu sensible chez les arlicules , le progres a ete manifcste chez les mollusques sous le rap- port du nombre , de la diversite et de la variete des genres, et sous celui de la complication des especes qui en fesaient parlie. Ce qui caracterise de la maniere la plus particuliere le perfectionnement qui a eu lieu chez les mollusques , c'est I'analogie et souvent I'identite des genres qui en ont fait partie avec ceux des terrains tertiaires ou de I'epoque ac- ( 27 ) luelle. Aiissi , les types generiques doiit les formes n'onl auciine sorte de rapport avec celles des generations dont nous sonimes les temoins , tendent a disparaitre et dispa- raissent tout-a-fait vers la fin de la periode cretacee. § IV. — DES AMMA13X DE LA TROISIEME PERIODE. 1.0 DES ANIMAUX DE LA PREMIERE gPOQUE DE LA TROISIEME PfiRIODE. La troisieme periode a ete une ere noiivcUe pour les vege- laux comme pour les animaux de I'ancien monde ; elle com- prend Tensemble des terrains terliaircs et quaternaires. Elle est la plus recenle des temps geologiques , et elle embrasse les depots posterieurs aux formations secondaires. On a divise cette periode en trois principaux syslemes qui doivent eux-memes etre divises en plusieurs groupes , soil que Ton examine les depots qui en font partie , soit que Ton considere les vegetaux et les animaux qui les caracterisent. Cette periode est celle ou les progres les plus nombreux et les plus remarquables ont eu lien dans toules les classes des deux embranchements. Ces classes se sent developpees toutes a la fois , et ont annonce les generations nouvelles par leurs rapports generiques et leur rapprochement avec les formes specifiques de nos jours. Ainsi , les zoophytes de la periode tertiaire ont les plus grandes similitudes avec les nolres , et en different rarement par les genres. II en est de meine des articules et des mollusques , en raeme temps que leurs races s'augmentent d'une maniere tres-notable Un pareil progres s'est opere chez les poissons et les reptiles. Leurs formes se rapprochent de plus en plus de celles de I'epoque acluelle ci mesure que Ton arrive aux temps les plus recents de la periode ter- tiaire. Aussi, tousles genres a configuration bizarre, et ( 28 ) tlont les dimensions etaienl iiiliniment superieures aux races vivantes , out disparu a toiijours de la scene de I'ancien monde. Elles onl fait place a d'aulres especes soumises a de nouvelles conditions , et qui comme les nolres devaient eprouver I'influence de climats aussi diderenls que varies. Les oiscaux n'ont ele abondants pendant la troisieme periode , que lors des formations les plus recenles des de- pots quaternaires. lis out sculemeiit acquis a cette epoque un certain developpeinent. Cette circonstance depend . pent- etre , de ce que leurs ossements se conservent moins que ceux des aulres aniniaux, etant creux dans leur interieur et par cela meme fort cassants. La periode tertiaire a vu apparaitre pour la premiere fois , les mamniiferes monodelplirs, plus compliques sous le rap- port de leur orgnnisme que les didelphes. Ces mammiferes qui ont appartenu a presque tons les ordres de cette classe . ont ete aussi nombreux que varies ; ils oni fini par etre, relativement aux autres classes des vertebres . dans les memes rapports qu'actuellement. lis onl done compose, surtout vers la fin de cetle periode , une partie importante de la population. La nature n'a plus ete muette et silencieuse comme dans les periodes anterieures; elle a ele enfin animee par les chants des oiseaux et les cris des mammiferes. L'augmenta- tion des races herbivores a necessairement amene un ac- croissement notable dans le nombre des carnassiers ; ceux- ci , destines a en arreter le developpement , ont pris genera- lement des dimensions plus considerables que nos especes actuelles avec lesquelles elles ont des analogies. L'epoque tertiaire a done des caracteres zoologiques par- ticuliers ; tous annoncent le progres qui s'est opere dans les anciennes creations. Les especes qui lui sent propres ne sont pas encore identiques avec les races vivantes ; elles onl ( 29 ) seulement avec elles de nombreuses analogies , el en soul plus rapprochees que les races anterieures. Toulefois , et apres la fin de I'epoque lertiaire , la scene de la vie change, el plusieurs especes des derniers leinps geologiques presentent , pour la premiere Ibis , une grande simililude avec celles qui existent niaintenant. Les depots quaternaires forment le lien qui unit les anciennes genera- lions aux nouvelles ; ils operenl entr'elles une sorte de transition ou de passage, mais non complet; car au milieu de ces races que Ton ne saurail dislinguer des notres par aucun caractere precis, un certain nombre en differe essen- tiellement. Quoique la faune des terrains tertiaires ne paraisse pas oflrir des especes semblables entre les deux creations , d'lia- biles observaleurs out pense qu'il n'en etait pas toujours ainsi. Du moins, MM. Andrews ct Forbes assurenl avoir observe dans les mers de la Grande-Bretagne , la Leda pijgmaa , YAvca raridentata et VAslarle Wilhemi qui jiis- qu'a present avaient ete consideres comma des races elein- les. lis ont egalement prelendu avoir pris vivante la Turbi- nolia milleliana , regardee jusqu'ici comme une des carac- leristiques des terrains tertiaires , et avoir trouve nageant dans la haute mer, les Leda obtusa et truncala qui jusqu'a eux n'etaient connues en Europe i[\xk I'elat fossile. Pour s'assurer de fails aussi exceplionnels , il faut com- parer avec un serieux examen , les especes vivanles el fos- siles , afin d'etre certain de leur determination ; car c'est la que repose la realile de leur similitude ou de leurs dille- rences. L'cpoque lertiaire est la premiere ou les eaux douces aient pris une grande importance , demonlree par I'etendue ct la puissance des depots qu'oiles onl laisse et les especes qu'elles renfermenl. Ainsi Ton decouvre dans les roches des eaux ( 30) donees , des Lymnees , des Planorbes , des Paludines , des Physes, des Nerilines , des Anodontes , des Muletles , dont Ics formes generiques se soiit perpetuees jiisqu'a nos jours. De meme , des genres inconnus a I'epoque secoiidaire apparaisseiil el signalent I'ere nouvelle dans la creation qui s'esl manifestee des le commencemenl de I'epoque ter- tiaire. Les genres Helice , Carocolle, Bulime , Achaline , Ferrussine , Maillot . Cyclostome augmentent , pour lors , el probablement pour la premiere fois , le nombre des raol- lusques qui vivent sur des terres seches et decouvertes. A la verite , M. Portloch a indique comme des terrains de transition , une coquille qui a toule I'apparence d'une Agalliine ; mais c'esl la plutol un genre geologique que zoo- logique ; car ce naturalisle est loin d'etre certain de sa de- termination. II en est ainsi du genre Helix . que Ton a in- dique comme de differentes epoques geologiques anterieures aux formations tertiaires , mais dont les exemples sont plus que douteux. La plupart des genres fossiles des depots de la meme epo- que se retrouvcnt dans la nature actuelle ; il en est de meme de ceux qui apparliennent aux eaux marines. Leur nombre augmente en meme temps d'une maniere notable , quoiqu'il soit loin de ceux de I'epoque actuelle , carr.cterisee par I'ex- treme variete des etres qui I'animent et I'embellissent. Les genres marins consideres sous le rapport de leur fre- quence et du nombre des individus qui en font partie , peu- venl elre reduits aux Cerites, aux Turrilelles , aux Venus, aux Hiiilres , aux Petoncles et aux Cylherees, Ces genres ont ele peu abondants aux epoques anterieures , du moins ceux qui s'y trouvaient. On a longtemps suppose que les Cerites appartenaient uniquement aux terrains tertiaires ; cependant ce genre a ete rencontre dans la craie de Maes- tricht. ( 31 ) Si iin grand nombre de formes generiques nouvelles a apparu a I'epoque lerliaire , on n'y decouvre plus la plu- parl de celles des premiers ages. Les ammonites el les be- lemnites dent les debris ont si longtemps persiste sur la scene de I'ancien monde , disparaissent complelcment des Tepoque tertiaire ; I'un deux n'a presque plus de represen- tant dans la periode cretacee recenle. On cite pourlanl un individu d'une grande ammonite decouverte dans la craie blanche par M. Robert. Des doutes existent , du reste , sur la formation de celte craie. M. Robert observe que cette roche hii a paru fort rapprochee de la craie tufau , ce qui la rapporterait a une epoque plus ancienne que la craie blanche. On ne rencontre dans aucune formation teitiairc les echi- nides des epoques precedentes ; il en est de meme des genres des divers ordres de zoophytes. Ces animaux presentent des faits analogues, et les genres qui les composent n'ofirent plus les mcmes especes que celles qui avalent vecu dans les epoques precedentes. Une pareiile remarque s'applique egalement a un des ordres des articules , les insectes ; ceus-ci ont acquis un developpe- ment considerable lors des formations tertiaires , et supe- rieur a celui qu'ils avaient atteint lors de la periode secon- daire. Les insectes abondent dans les groupes eocene . miocene et pliocene. On peut citer parmi ces formations le succin des bords de la Baltique et d'ailleurs . enfin , le bassin gyp- seux d'Aix en Provence , I'une des localites les plus riches en ce genre. Avec ces insectes , se trouve un autre ordre d'articules , les arachnides : on n'a pas rencontre jiisqu'a present un seul individu se rapporlant aux scorpionides , mais seulement aux families des araignees proprement dites et des faucheurs. ( 32 ) On peut faire a I'egard de ces insectes et de ces arachni- des , line reniarqiie generale qui n'est pas sans importance; c'est quo la phipart des especcs du succin et des marnes d'eau douce, signalent des especes des contrees plus cliaudes que celle oii sont ensevelis leurs debris, La pliipart de ces insectes sont de petite taille ; pen d'entr'eux alleignent la taille du Scarabee stercoraire. Du resle, leurs especes geiie- ralemenl dilTerentes des races acluelles, ont rarement assez d'analogies avec elles pour en etre rapprocbees , mais pres- que jamais , pour leur etre assimilees. Les insectes des deux gissements appartiennenl a tons les ordres inililTeremmenl . quoique les coleopteres el les dipte- res soient les plus abondants en especes ou en individus ; plusieurs dipleres se font particulieremenl remarquer sous ce dernier point de vue. Tels sont les genres Ribio ou Ceci- donia , ainsi que plusieurs especes de la famille des tipu- laircs , des marnes calcaires d'Aix en Provence. Les insectes du succin ont pour la plupart leurs analogues dans les insectes qui vivent niaintenant dans le bois ou le tronc des arbres ou enfln sur les ecorces , ce qui s'accorde avec I'origine du succin. Cette substance parait etre une resine qui decoulail d'arbres qui avaient de grandes analo- gies avec nos pins et nos sapins. Les insectes de I'epoque tertiaire ont , du reste , com- mence avec cette epoque et sont deja abondants dans les terrains marneux cbarbonneux a lignite de V old-eocene, dans lesquels se trouvent le succin, I'argile plastique et les depots qui I'accompagnent. Pour en donner Une idee , nous rap- pellerons que les coleopteres y sont a peu pres au nombre de trente genres ainsi que les dipleres. Ces articules dispa- raisseut totalement lors du new-eocene ; cette classe n'y est plus en effet representee que par les annelides de la tribu des lubicoles, les aracbnides de celle des pycnogonides, ( 33) enfin les crustaces , par les deux tribiis des decapodes et des isopodes. Cc's animaux apparaissent de nouveau lors des terrains miocciic ot pliocene ; ils y sont plus nombreux que dans les formations anciennes. Les lepidopleros y sont signales par un papilloii du genre Cyllo , auqnel M. Boisduval a impose le nom de Cijllo se- pulla. Ce papillon offre meme en partie ses couleurs; du moins ses formes et I'ensemhle de ses contours sont si bien conserves, que Ton dirait qu'i! a ele lilbograpliie a plaisir sur la pierre qui en porte I'empreinte. Les poissons , peu nombreux a I'epoque tertiaire , n'ont pas eprouve de progres marques sous le rapport de la va- riele de leurs especes. C'est seulement par rapport a leurs ordres, que ces animaux ont acquis un certain perfeclion- nement. lis offrent bien encore des ganoides et des placo'i- des ; mais les ctenoides el les cycloides y deviennent de plus en plus nombreux. Les dernieres families et les genres qui en ont fait parlie , se montrent singulierement en cxces sur les ganoides et les placoides des I'epoque miocene ou plio- cene. Ainsi le tiers des poissons fossiles de I'argile de Londres ( old-cocvne ) et du calcaire grossier ( new-eocene ) appar- ticnt a des families eteintes , tandis que cellcs des ctenoides et des cycloides se trouvcnt encore dans le monde actuel , ainsi que la plupart dc races des ganoides et des placoides qui se rapportent a repotjue miocene ou pliocene. C'est uni- quement sous ce point de vue qu'il y a en perfectionnement cbez les poissons. 11 s'est opero dans le rapprocbement de leurs formes et de leur organisme avec les dispositions et la structure qui caracterisent les especes de noire epoque. Ces rapports nouveaux se manifeslent aussi bien cbez les races des bassins immerges , que cbez celles des bassins ( 34 ) emerges. Ces dernieres offrent en general des genres analo- gues a ceux qni vivent mainlenant, quoiqu'il n'en soit pas de meme des especes, touLes diilerenles des races actuelles. II parait en etre ainsi de toutes celles des terrains terliai- res , soil qu'elles appnrlicnncnt aux animanx verlebrcs , soit qu'elles dependent des inverlebres. Des perfeclionnements du nieme genre ont egalcmenl eii lieu chez les reptiles. Ainsi ces aniniaux comprennent tous les ordres qui en font actuellement parlie, et ont , avec les especes vivantes . les plus grandes analogies, L'on decouvre, dans les couches terliaires , des sauriens, des clieloniens , des ophidiens et des balraciens. Ces derniers, caraclerises par des Rana et des Salamandrcs. le sont egalement par la fameuse Salainandre gigantesque ( Andrias Scheuzeri ) , prise par Scheuzer pour un homo' diluvii testis , en raison de la difference de ses formes avec les batraciens actuels. Les sauriens ont ete principalemenl signales a I'epoque terliaire , par les Crocodiles , analogues par leurs caracleres generaux et les principales dispositions de leur squelelte , avec les especes qui vivent maintenant dans nos flcuves. De pareilles conformations n'elaient pas le partage des croco- diliens des formations secondaires , formations oii ces ani- maux ont ete plus nombreux en especes et plus varies en formes, lis ont sans doule diminue a I'epoque tertiaire , mais ils etaient pour lors plus rapproches des types qui vivent de nos jours. Les Teleosaures qui appartenaient egalement a la famille des crocodiliens et qui se nourrissaient de poissons, avaient lolalement disparu de la scene de I'ancien monde a I'epoque terliaire. Tin autre genre de I'ordre des sauriens , YEnmo- don , caraclerisait celte epoque ; ce qui est non moins re- marquable , ses formes etaient intermediaires enlre celles des crocodiliens et des lacerliens. ( 35 ) Les cheloniens ont ete representes , h cette epoque , par qiiatre genres donl les uns habilaient les eaux douces el les autres les eaux snlees on les lerres seches et ticcouverlcs. Les premiers sonl les Emydes ct les Trionyx ; les seconds , les clieloniees ou Torliies de mer , qui ont ele nombreuses et remarquables lors des depots lerliaires. Les Torlnes de terre ne sent signalees dans ces terrains que par un seul genre , celui des Testudo qui comprend pkisieurs especes. Les ophidiens , si rares parmi les vertebres fossiics , ont toutefois pris un certain developpement a la mcme epoque. lis y ont ete signales par un genre qui n'a pas de repre- sentant dans la nature , le Palccophis . compose de deux es- peces dont Tune n'avait pas moins de G a 7 metres de lon- gueur et egalait la taille des Boa ou des I'ljlhon. La der- niere espece avait , au contraire , d'assez petites dmiensions. Les autres ophidiens se rapporlaient a des Couleuvres , genre que Ton decouvre de nouveau dans les depots quater- naires. Un des fails les plus remarquables de cette epoque et qui se rallache a rhisloire des reptiles , est la decouverte qu3 Ton a faite dans ces terrains , non-seulement des coproli- thes de ces animaux , mais encore des urolithes fossiles. II exisle dans les couches tertiaires des feces des deux ordres, les unes urinaires et les autres alimentaires : celles-ci , comme on le presume aisemenl , sont les phis nom- breuses. L'urine des sauriens et des ophidiens est une sortc de pale ductile , qui se durcil promplcment a Fair ct prend la consislance de la craie ; elle est en cela tres-diU'erenle du liquide limpide et tres-peu colore qui constilue l'urine des batraciens anoures et des cheloniens. Toutefois ceux-ci expulsent pendant leur vie de nombreuses pierres vesicales ( 36 ) que I'on distingue malgre I'absence de I'acide urique , en raison de ce que le phosphate de chaux s'y Irouve a I'etat ncutre, different en cela de celui des os. Les feces urinaires sont contournees en spirale , tandis que les alimenlaiivs reslent cylindriques. Les sanriens et les ophidiens sont les seiils reptiles qui rendent separement de lenrs feces alimentaires , une urine non liquide , mais sous forme d'une pate epaisse et ductile. Ainsi les coproli- thes turbinecs ou en spirales sont probablement , du moins en parlie , des urolithes de sauriens et d'opbidiens. 11 y a certitude sur leur origine , lorsqu'a cette forme se joint une composition chimique analogue a celle de I'urinc des reptiles ophidiens ou sauriens vivauts, et lorsque leur subs- tance est homogene. Les coprolilhes alimentaires ont une composition hetero- gene , contenant dans leur interieur des os , des dents , des ecailles de poissons et d'autres substances. Les Trionyx , surtout le Triomjx spiniferus , sont sujets aux concretions pierreuses de la vessie , corame un grand nombre d'especes carnassieres. Ces faits sont interessants , en ce qu'ils prouvent qu'a lous les ages de la terre , les reptiles , comme les animaux des autres classes, ont eu les memes habitudes et ont ete soumis aux memes phenomenes , du moins relativement a ceux de la digestion , des excretions et des autres fonclions. Les reptiles ont eprouve un perfectionnement sensible a I'epoque tertiaire , puisqu'ils y ont presente les quaire prin- cipaux ordres qui caracterisent maintenant les animaux de cette classe. L'un de ces ordres , et ce n'esl pas le plus perfeclionne , puisqu'il est precede par les sauriens et les cheloniens , avail tarde a arriver sur la scene de I'ancien monde. Get ordre est celui des ophidiens , donl une seule ( 57 ) espece, le Paleeophis loliapicus. a acquis une grande taille ; les aiitres especes sont restees dans des proportions me- diocres. Lfs deux Iribiis des batraciens qui ont paru lors des ter- rains tertiaires , les anoures et les urodeles, ont aussi anime la scene de cette epoque. ( La suite au prochain numero ) . ~o — ci^p— o- II. Fragments de Botanique critique; par M. L. A. Chaubard , correspondant. N." 1. Callitriche antumnalfs Lin Sp. G. — Caule capil- lari submerso : Foliis semipellucidis opposilis semi-ample- xicaulibus linearibus uninerviis latitudine vix niillimetralibus basi latioribus apice truncatis bidentatisque : Fructibus qua- dricarinatis , primiim sessilibus raox ad maturitatem pedun- culatis (§). — Gm. Sib. 5. t. 1. f. 2. /3 C. Iruncala Guss. Sic. rar. t 2. f. 2.— Fruciu latitu- dine allitudinem superante. Hub. In aquis slagnantibus Scandinavia? , Siberiae nee non in Barbarise, Siciliseque. (V. S. in Herb. Deless. ex locis diclis ). ( Obs. ) Plusieurs arbres emettent , au mois d'Aoiit , des feuilles autrement conformees que celles du printemps ; il en est de m6me du C verna. Ses feuilles du mois d'Aoiit ou automuales au lieu d'etre ovoides retrecies en petiole , sont lineaires , echancrees et bidentees au sommet. II n'est pas rare de trouver les deux sortes de feuilles sur la mfeme tige. Et lorsque les feuilles de I'autorane persistent , il Tome XIX. 4 ( 38 ) arrive que les feuilles du printemps au lieu d'etre au-dessous, se trouvent au-dessus. Toutes ces variations out recu un iiom specifi- que , onl 6te decrites et Cgurees par les botanistes AlkMuands. Le fruit variant aussi dans sa largeur relativement a la hauteur, ilsont ainsi fait six ou sept especes nouvelles avec les phases ou variations d'une seule. Ses fruits se montrent d'abord presque sessiles , mais le p^doncule rudimentaire qui les porte s'allonge pcu h peu , en sortc qu'i la fin , on a des fruits presque sessiles dans les sommites et pe- doncules dans les fleurs inferieures. Cette autre phase du developpe- nient a suffi au celebrc de Candolle pour creer une autre espfece ima- ginaire : le C. pedunculala. Aucune de ces plantes n'est le C autumnaUs Lin. ; on s'est trom- pe en lui rapporlant celles a feuilles automnales ou lineaires. La plante de la Seandinavie , de la Russie , de la Sicile , de I'Algerie est toute autre chose. Elle difftre de toutes les phases du C. verna par ses feuilles lineaires en forme de coin allonge ou retrecies de la base au somniet et n'oifrant qu'une seule nervure au liei- de trois. II est bien singulier que cette plante qui se trDuve u^-^s tout le Nord , en Sicile et en Algerie , n'ait encore et6 ob .erv^e nulle part dans I'Eu- rope moyenne et ni6ridionale. Sctaoenns monoicusi Sm. Engl. Bot. t. HIO. — Carex hjbrida Schk. Car. I. Rrr , f. 161. — C. mirabilis Host. Gr. 4, t. 78. — Kobresia varicina Willd. — Elyna Schrad. /3 Carex obtusala Lilgeb. — Dimidio minor, spica bre- viore, squamis calycinis inferioribus mncrone deslitutis. 7 Carex Bellardi All, — Kobresia scirpbia Willd. — Spicfe lobis bifloris , squama infcriore foemina superiore mascula. 5 Carex simpliciusrula Wahlenb. — Stigmatibus binis nee ternis. ( Obs. I. ) Ces plantes n'ayant point leur scmence renfermee dans une enveloppe comme les Carex, ne peuvent rester dans ce genre. ( Obs II. ) J'ai sous lesyeux, dans I'herbier Delessert, un ^chao- ( 39 ) tillon du Carex oblusata de I'ile dOEland ainsi Etiquette par le celfe- bre Swartz , dont les fleurs inferieures ofirent toutes deux fruits sous chaqiie (icaille; et comnie d'ailleurs tout le reste de la plante est iden- tique avec le Schosnus monoicus , je ne peux m'enipecher de regar- der cette pretendue espfece comma une variete intermediairc eutre le type et le Carex Bellardi qui pareillement a ses ecailles inferieu- res sans pointe. Scirpns multicaulfs Sm. Brit. 1. p. 48- p S. iiiiiglumis Link., S. tenuis Schrad. — Stigmalilnis binis nee ternis , fructu convexo piano nee Irigono. ( 06s. ) Ainsi que Ta deja fait remarquer M. de Brebisson , il n'est pas trfes-rare de rencontrer des individus qui, sur un memo epi, ofifrent des styles a trois stigmates avec ovaire h. Irois pans et des styles h deux stigmates avec ovaire convexo-plane. Le caractfere prisdunom- bre des stigmates n'est done pas unc difference specifique. SicirptiK pauciflorns Liglilf. — ( S. Bwolhnjon Lin. fll. suppl. 103 ). — Engl. Bot. t. 1122. — S. campes- tris Roth. {Obs.) Cette espece offre la memo particularite que la precedente. J'ai observe sur les bords du Lot , des individus offrant a la fois sur le meme epi des styles a trois stigmates et ovaires trigones , avec des styles a deux stigmates et ovaire convexo-plane. Scippus niaritimus L. Sp. 74. j3 S. tenuifoUus Cand. Fl. Ir. V. p. 500.— Appauvri dans toutes ses parties : Feinlles couites : Braetees reduites h la seule grande foliole par ['avorlement des deux autres : Epil- lels agglomeres sans pedoncule : Style ^ deux stigmates seulenient et ovaire eonvexo-plane. ( Obs. ) L'avortement d'un stigmate entraine toujours I'oblitera- tion des angles de I'ovaire. Or, cet avortement etant frequent dans les Cyperacees , ne saurait constituer une difference specifique lorsque d'ailleurs tout le reste de la plante , comme e'est ici , est identique de forme et d'organisation. ( 40 ) Sclrpns trlqueter Lin. Syst. ed. XII et Mant. 29. i'. tittoralis Sclirad. Gr. 1. p. 142, t. 5. f. 7. ( Obs. ) Le S. IriqueterEng]. Dot t. 1694, qui est celui des au- teurs de nos jours , n'est autre chose que la variete a epillets pe- doncules du S. mucronalus Lin., confornie aux figures de Morisson, de Plucknet, de Scheuchzcr eitee dans le Species. Or, ce n'est point la le S. Iriqueter du Mantissa ; car celui-ci difffcre cssenlielleinent du S. mucronalus par les faces de son chauine planes et non conca- ves ( planis non excavalis). En outre, le prolongement de son chaunie ne depasse pas les epillets ( spicis pcdunculalis mucronem wquanlibus Lin Mant. 29) , tandis que celui du 5. ynucronalus doit les depasser. C'est done le S. UUoralis Schrad. qui est le vrai S. iri- queter de Linn6. D'ailleurs, ce n'est pas les cotes de I'Ocean que le Mantissa lui donne pour station, mais bicn les c6tes de la Mddiler- ranee. Agrostis anstralls Lin. Mant. 30 , non Ilerbar. — Arund'mis tenelke Schrad. affinis : Panicnla contracta sub- spicata ramis brevibus : Calycinis valvulis lanceolatis acu- tiiisculis : CoroUinis valvulis brevioribus in;oqiiaIibus trun- catis , inferiore arista basiliari geniciilata suffulta vix exserta quandoque niulica %■ . — A setacea Curt. Fl. Lon. fasc. (5. t. 12. cxclus. fl. separatim delineala. — Sm. Brit, ot Engl. Bot. 1188. — Hab. in Ilispania auslrali circa Gades. ( Not. ) Culmi rigidi 3-6 decimet. longi. Folia latiUidine 2 miilimet. siccilate convoluta. Panicula rigida. Valvis caly- cinis dorse asperis. Corolla valvula exleriore nervis tribus apice cxsertis : Radix repens : Fruclus tomcntosus. ( Obs. ) Selon Vahl, sym. 2. p. 18, on trouve dans Therbier de Linn6 le Milium lendigerum a la place de VA. auslralis; uiais par la description du Mantissa , il est Evident qu'il y a erreur dans cet herbicr. En cffet , VA. australis a des cLaunies qui s'61fevent jusqu'a un mfetre , des feuilles couvertes de polls courts et une grande res- seniblancc avec VA. arundinacea Lin. Or, le M. lendigerum ne de- passe jamais 33 cent, dc haul ; ses fruits sont toujours glabres et il n'a ( 41 ) pas le moiiiclre rapport de i-esseuiblance avec 1"^. arundinacea Lin. { Arundo sylvalica Schrad ). C'est h notre plante que Ions ces carac- tferes appartiennciit. itgroMlis capillaris Lin. Herb, ex Sm. Icon. ined. herl). Linnei , 5, p. 54. t. 5'(. - A. alba Lin. valde affinis seel tanien iliversa railicc annua nee perenni . calycibus di- raidio brevioribus , Ccliis dimidio anguslioribiis brevioribus- que el peduncidis longioribiis. Affinisqne Airce mimitw et quidem ita ul utraque deflorata nequaqiiam fas sit alteram ab altera distinguere. ( 06s. ) II s'est glisse dans rimprcssion dii Species une faute qui est ensuite passee dans le Systema cd. XII : au lieu de calycibus sub- ovaiis J le lypograpbe a mis siibulalis. Le celfebre Sniitb corrigca cette faute en 1790 dans les Icones cites, oil il est evident que la plante de Iherbier de Linne a des valves calicinales presque ovoides et non en alfene. Tliore n'ayant point eu connaissance de cette rectiflca- tion,'a du regarder cette plante comrae inedite ; de la la denomination d'/i. elegans adoptee par tous ceux qui n'ont point connu les Icones de Smith. Mais alors qu'est-ce que VA. capillaris de Trinius Icon. t. 32? Celle-ci est encore une plante Linneenne : c'est VA. alba Lin., espfece meconnue par la foule des auteurs. Expliquons-nons : Dans I'herbier de Linne , on voit 1'^. marilima Lam., a la place de VA. alba. C'est certainemcnt lii une erreiir; car la plante de Lamarck se fait remarquer par sa panicule resserree et par ses valves calicinales trfes-aigui'S, tandis que la plante du Species a expressement la pani- cule laehe et les valves calicinales sans pointe , ce qui convient par- faitement a la plante do Trinius. .tg;ros{i« alba Lin. Sp 93. non Herb, non Sin. Eng. Fl., etc. — Ciilinis gracilibiis simplicibiis dcbilibus 3-4 deci- met. longis : [»anicula patente ramis capillaribii.s : Flosciilis minutis gracilibiis lUrinque attcnuatis : Calycinis valvulis ellipticis tcqualibns sub obtusis : Corollina valvuia nnica apice dcnliculata ip . A. capillaris Trin. Ic. 1. 1. 32. non Lin. — ^. eailis Lois.? ( 42 ) Hab. In Hispania ( rives tie la Gtiadarana ) , ad Euxini littora , ill Algeria. ( Nol. ) Folia 5 miliimet. lata scabra : Ligiila oblonga araplexans. Pedunculi longiludine tantum flosculi. Ag^rosfiis verlicillata Vill. Dauph. 2. p. 74. — Pa- niciila conlracta in spica oblongo-lanceolata , flosculis scssi- libus coiigestis ranios opeririilibus : Calycinis valviilis ovalo- lanceolatis toinentosis parvis : Corollinis valvuiis brevioribus apice truncatis qiiadridenlalis. if. — Trin. Ic. 1 , t. oG.— Rcbnb. Ic. crit. f. 1425. — A. riviilaris Brot. Lusil. 1. p. 75. — A. densa Bieb. — A. slolonifera KunL — Mut. Fl. Fr. jS A. Jiiressi Sink,— Trin. 3 t. oi. — Forma macilenta floscnUs non ita congestis unde panicula quasi in spiculas divisa. 7 Polypogon inlerruplus Ilunib. el Kunt. n. Gen. I, t. 44. — Valvula infcriore in arislam longiusculam prodncla. — Polygonnn littoralis Mut. FI. fr. 4. p. 38 et f. 575. syn. excKis. IIab. In arenosis bumidis Lusitanise, Occitanis, Grseciae, Africa3 ct America?. (Not.) Cuhnus rigidus crassiusculus 2-3 decimet alius : Folia 4-6 miliimet. lata acuta : Ligula ovoidea oblique Irun- cala rudimenlis pilorum conspersa. ( Obs. ) La variet6 y moatrerait , si cela n'etait d'ailleurs d6montr6 deji , que les genres uniquement caraclcrises par les arfetes sunt illu- soires et peuvent conduire a mculionner la m6me plaiile dans deux genres differents , ce qui est, conime on voit ici , arrive h M. Mutel. La figure 1522 de I'Engl. Bot. qui sans doute a enduit en erreur Kunth et Mutel, ne se rapporte point k VA. verlicillala Vill., mais bien a VA. alba de Smith, c'est-k-dire a l'^. marilima Lam. Ses ( 45 ) valves calicinales , en eU'el, iie sont point duvetees sur toute leur sur- face. Au reste , cette figure est la plus mal dessinee de tout le livre. Agrostls) stolonifcra Lin. Sp. 93. — Panicula post anllicsim conlracta : Ligula dnplo longiore quam lata. /S .-/. marilima Lam — Minor, I'oliis siccitate convohilis. ( Obs. ) Puisque selon les botanistes su&lois Y A. marilima Lam. n'est autre chose que YA. slolonifera Lin., il est evident que notre plante est bien celle de Liune. II est done impossible d'admettre avec Smith que ce soil YA. alba Lin., quoiqu'il ait en sa faveur le temoignage de Tlierbier ; car les mots du caractere essentiel Pani- cula laxa, ne peuvent luietre appliques. Agrostls vulgaris With, ex Smith. Brit. 79.— Pani- cula ptist aniiiesim usque atl mortem patenlissima , ligula brevi longiludine lalitudinem vix superante. ( Obs. ) Les botanistes sucdois confondent cette espfece avec l'^. rubra dejjourvu d'aretes ; mais scs langueltes de moilie plus courtes et scs feuilles radicates , qui ne sont point filiformes , forcent k Ten distinguer. Si Ton essaye de la rapporter a 1'^. alba Lin., on en est empfecbe par cette consideration que, si Linn6 I'eut distinguee de son A. slolonifera, il I'aurait placee a la suite de celle-ci, tandis qu'il en a separe son A. alba par 1'.-!. capillaris [A. elegans Tbor. ) Agrosfis panicea { AlopecuruK paniceus Lin. Sp. 90). — A. moispeliensis iiimis affinis scd diversa culmis semper humilioribus, panicula angusliore , pilis in calycis apice lon- gioribus et prtecipue arista breviore in medio flosculo in- serta nee apice i^. — Pohjpogon marilimum Willd., Mutel. Fl. Ir. f. 574. - P. Uitoralis Sm. Eng. Bot. t. I'iSl ( male ). ( Obs. ) Selon Smith, YA. paniceus de Linn6 ne difffere en rien de VAlopecurus monspeliensis ; mais qu'impopte], lorsqu'il resulte des notes du Species qu'il s'en distingue precisement par les mt'nies diff6- ( 44 ) rences qui ont servi k caracteiiser son pretendii Polypogon littoralis et le P. marilimum de Wildenow ? Le Species prouve contre I'her- bier; raais I'lierbier ne saurait prouver contre le Species. Arundo ( Calamagroslis ) capillata Nem. ( Agioslis setacea Cand. Fl. fr., Diiby, Mutel , etc. nitn Curl. Lond, G, T. 12 (.1. umtralem reprseseiitans ).— Glauca subpe- clalis : Foliis convolutis capillaribus aspeniUs deusissime cespitosis. Panicula deraiim spicalim arcle conlracta : Flos- culis 4 milliraetralibus aciitissimis , valvula corollina interna brevissiraa altera basi stipata arista geniculala exserta pilis- que brevissiinis. if IIab. In arenosis Aquitanise, Armoraciaque locis hyenie inundatis. ( Obs. ) La figure de VA . selacea dans le Floia Londinensis parail avoir 6te faite avee deux plantes differentes qu'il est aise de confon- dre au premier coup-d'oeil. Les details de la fleur, dessines separe- ment , appartiennent bien au Calamagroslis capillata ; mais le corps de la plante represente 1'^. aiistralis Lin. Cette remarque au reste se trouve confirmee par la figure de la m6me plante dans I'Engl. Bot. t. 1188; car les details de la fleur dans celle-ci, n'offrant point des poinceaux de polls a la base des floscules conune celle de Curtis, sont ceux de VA. auslralis Lin. M. Bastard , Fl. de Maine-et-Loire , meconuaissaut f^. setacea de la Fl. frangaise, I'a regarde comme une espfece inedite et I'a doun6 sous le nom A' A. glaucina. Cette meprise a induit en erreur Roenier et Duby , qui mentionnent les deux plantes comme differentes. Get exemple entre une foule d'autres , montre qu'il ne faudrait admettre les espfeces nouvelles qu'autant qu'elles ont et6 differenciees des plantes voisines. <%run(Io calaniag;roi)lis Lin Sp. 121. — ( Calama- groslis lanceolala Rolh. ). — Dans le Sijslema ed. XII , Linne ajoute a la pbrase du Species , corollis taiiiiginosis et ci'pendanl il n'est pas un seul aiUeur qui parle de celle par- Tab. I (AvuTido) CAlamagrostls capillala Ne chaubj. Tab 2 Chunb.f. A^rostusaUS f rails Un . Mm>li . Jo mr> herLari Urn. Tab. 3 ValerianeUa incrassata Ch&uh. Fl. Peiop. n. 45 v.. eriocarpaDesvJ-Bot. Sf-SiiCfi^ctecalouee) .-v^" ''/''■■ -Va r»6Jt. f.i Alra corymbosa. Chaab Fl Pelop ■ n .J2f) f.j. 1.7 Rollboella lolla-cea, ri,ax,M. i6idn 21 3 i.3(maf ( 45 )■ (iciilarite. Comme los valves florales de son Arjroslis calama- rjroxiis { stipa ralamugroxlis Walilcnb. ) offrent ce caractere, il aura sans doute confpndn dans sa mcmoire ces deux plan- tes de meme nom specifique el ajoule a Tune les caraiieres de I'aulre. B'oa laxa liijenck. Sudet. 1 18. ( Obs. ) Nous avons sous les yeux une m6rne louffe sur laquellc on voit des chaumes a ramifications de la panicule geniinees et a six Ueurons qui est le P. minor Gaud., et d'autres J» ramifications sim- ples et k epis de trois ou quatre fleurons qui est le P. laxa Host. Ainsi ces deux pretendues espfeces ne sont pas m6me des varietes ''une de I'autre. II etait au rcste diflicile de rencontrer un nom plus absurde ; car c'est justemeut au plus grand des deux qu'a et6 donue le nom de P. minor. Poa lucdfterranea Nem. — P. maritima Will, nimis al'linis et forte varietas. Diflort ligiila Iriplo longiore , llos- culis dimidio longioribus , foliis angustioribus etculmis rigi- dioribus. ( Dlagn. ) Cnltni rigid! subcubitales : Folia 3 millimet. lata, demuni convolula filiformia : Ligula oblongo-lanceo- lata : I'anicula laxa demuni contracta ramis divisis usque ad medium uudis : Spiculis oblongis : Flosculis numerosis sesquilongioribus : Valvulis corollinis basi pilosis obtusis lenuiter cilialis. '^■ IIab. Ad Littora Mediterraneae circa Telonem , Gades , etc. Aveika SclieuclizcrE All. Ped. '2259. (1785).— Panicula contracta ramis infimis in 2-5 spiculis divisis : Val- vulis calycinis lanceolalis apice seluceis , semipellncidis 5-7 floris : Valvulis corollinis nudis basi pilosis calycem superan- tibus apice bisetulosis : Arista spiculam duplo superante : Culino basi compresso : Foliis planis zona argentea margi- nalis '^ - .4. iilaniculmis Sclirad. Germ. T. 6, fig. 2. — ( 46 ) A. sulcata Gay (Cent. «le Dii Rieii ) — .4. splendens Boiss. Elench. n." 188. p A. cariophjillea Siblh. Gr. t. 80. — Paniciila spicala. Engl. Bot. T. 22.— A. alpina Rclinb Ic. crit. fig. 1703. 7 A. verucolor y'lW. D.Tiiph. 2, t. 4. — Forma alpina (liipio liiimilior : Paniciila breviore : Pilis racheos parum brevioribus.— Scbeudi. Prod. t. 3. IJab In arenosis Aquilani«, in Pyrena?is, in Britannia, in Gi'cccia. y In Alpibus, in MonLibus-Arverniae. ( Obs. ) Lorsqu'il y a plus de Irente ans , nous recueillimes cette belle espfece dansies laudes d'Aquilaine oil elle est commune, nous vouliimes la distinguer de la planle d'Allioni et dc Villars , raais ce nous flit impossible. Sauf les polls de la rape plus longs et la lon- gueur des chaumes , il y a identite de details. Festnca marltima Lin. Sp. 110 el Mant. 325.— Trilicnm (enellum Host.— T. nardusDC, Dub. [Obs.) Linne avait a tort rapporte a son F. marUima\\e Gramen exile duriusculum unilalerale Sclieuch. Agr. 272 , t. 6 , lig. 4 , dont plus tard il a fait son Trilicum unilalerale , Mant . 35. Comme il fallait ensuite exclure ce synonynie du F. marUima , son souvenir oii son ceil a et6 Irompe par la similitude de noni et il a etc faire la correction non au F. marilima, mais au Triticum marilimum, ( T. divaricalum Desf., F. robusla Mut.) ou se trouve un autre syno- nynie de Scheucluer qu'il dit de supprimer et qui cependant appar- tieiit Incontestablement a cette espece. Cette meprise est evidente , car cet autre synonyme de Scheuchzer a sa panicule rameuse conformdment a la phrase du species, tandis que la note du Mantissa dit : excluso synonymo Scheuchzeri cum /lores omnino spicali, ce qui se rapporte evidemment au synonyme du Fesluca marilima. Festuca diimcloruni Lin. Sp. 109. — Fl. dan. t. 700. - Mm. fig. 015. -• F. juncifolia Si-Am. Fl. agen. 40. — F. arenaria Ra'm. el S. — F. sabulicola Duf. ( 47 ) |3 F. rubra Lin. Sp. 109. — Spiculis nudis saepe piirpii- reo-violiiceis. — Engl. Bol. t. 2056. — Rchnb. Ic. crit. fig. 1557. ( Obs. ) Si par leurs fleurons , ces deux plantes semblent se confon- drc avec le F. heterophylla Lam., dies s'eii separent evideninieiit par leurs iiiferieures emoulees joncifonnes a plusieurs nervures ; ct I'on ne peut les reuuir ensemble comme le fait la Fl. fr. de Mutel. F<>stuca pliocnScoldPs Lin. Mant. 33. — F. n." 5 Ger. gall. prov. 95. f. 2. — F. pinitata Mut.. G. el Coss. Fl. par. etc. — T. pinnatum Cand. — Bracfujpodium pinnalum, li. caspitosurn , B. collinum Rchnb. f. 1576, 1577, 1578. p Bromus ramosus Lin. Mant. 54.— Panicula depaupe- rata spiculis 2,5,4 constanle , cuimis gracilliniis , foliis convolutis I'igidis. — Brachyjwdium ramosum et D. Pluck- ne//« Rchnb. f. 1379, 1380. ( Obs. ) Celte plante ayant des cbaumcs ramifies a leur base ne peut (5videmmeul etre rapporlee au Bromus pinnalus Lin. qui ex- presscnienl les a simples ( culmo indiviso ). D'ailleurs, c'esl incon- teslablenient la plante si bien figurce dans la Flore de Gerard citee par Linne , et par consequent , son Fcsluca phcBnicotdes. Entin , le B. pinnalus est une plante qui croit en Suede , tandis que celle de Gerard ne s'y trouve point. M. Mutel nous ayant soumis les eprcuves des Graminees de sa Flore pour lui faire nos observations , nous lui expliquames ce qu'on vient de lire ; mais il paralt d'aprfes son livre , qu'il ne le coniprit qu'a demi. L'erreur comniise par les Anglais sur cette esptce Linneenne et qui a fait tromper tous les auteurs , est snrprenante. Est-ce que dans I'herbier de Linne le F. phwnicoides se ti'ouverait sous I'etiquelte du B. pinnalus ? Fcsfuca pinnata ( Bromus pinnalus Lin. Sp. 115. — Brom. pinnal. Fl. Dan. t. 164. — Wahlenb. Suec. — F. sylcalica Moenck. — B. sijhaliciis Engl. Hot. f. 729. — Braclnjpodium gracile . B. pinnalum , B. rupcslre Rchnb. Ic. crit.f. 1574, 1575, 1576. f 48 ) ( Obs. ) Malgre ravertissement donne h Merat lors de sa troisifeme edition et rappele par Mulel A, p. 127 , TEcole de Paris au lieu de redresser son erreur sur cette espece et la pr^cedente , continue a marcher a la remorque des botanistes allemands, ne tenant aucun compte de la ie^on du Species, de I'excellente figure donn^e par Gerard, de la legon du Flora Suecica , du Flora Lapponica de Linne et des botanistes suedois. Ilordeum nodosum Lin. Syst. cd. XII. — H.bulho- sum Host. Gr. 4, t. lo. — Siht. Gr. t. 98. — Rclinb. f. 1265 non Lin — B. slriclum Desf. ( Obs. ) C'est unc faute typographique du Species qui a induit en erreur tous les auteiu-s. On y lit, en effet, dans la caractoristique de VH. nodosum, involucella minime arislala, ce qui s'applique a YH. nodosum. Mais dans le Systema, ed. XII , Linne averlit que le mot minime est la une faute , et qu'il I'aut le supprimer. D'ailleurs, VH. bidbosum doit avoir les trois tleurons fertiles et aristes, tandis que YH, nodositm a les deux latdraux steriles. Linne indique son H. bulbosum en Sicile oil il ne parait pas qu'il se trouve, et en Orient d'oii il a ete rapporte par Aucher et distribu6 sous le n." 5410. (v. s. dans Therb. Delessert ). ^^g^ilops candata Lin. Sp. 1489. — Gr. creticum >nfrA>!fl-s.itiiv^!( pulmones terreslres. ' De meme que les terrestres passent 24 heures dans I'eau sans perir , les pulmones aquatiques peuvent habiter h I'air libre durant 24 heures et davantage. lis se conduisent alors comme de veritables terrestres, promencnt, laissent derriere eux un rnucu.? brillant (1). Quelques especes sont amphibies, telles sont la Limnea tntncatula Muller, le Pla- norbis leucostoma Millet ; car elles passent leur jeunesse et les trois quarts de leur vie adulte a I'air, ou enfoncees dans le sol de marais qui ne sont humides que pendant cinq ou six mois de I'annee. Le Planorbis leucostoma se construit meme un epiphragme. 2."' PARTIE. J'arrive maintenant a d'autres fails que j'ai observes dans ces experiences , et qui je crois , n'ont pas encore ete si- gnales. 1.0 Les gasteropodes terrestres quadritentacules ne font jamais saillir dans I'eau le bouton oculaire. Les Ambrettes , les Helices et les Limaces developpaient seulement les trois-quarts environ de leurs tentacules , qui ressemblaient alors h ceux des Cyclostomes ou des Palu- dines. Si les raoUusques etaient jetes dans le liquide lorsque le derouleraent paraissait complet , le contact de I'eau ame- nait une retraction subite. (1) Cf. P. Fischer, loc. cU. (GO ) Les Bulimes ne laisserent passer aucune partie de leiirs tentacules. La retraction du bouton oculaire subsistait apres 6,12, 24 heures d'immersion , alors meme que des organes in- ternes ( la machoire , la verge ) . faisaient saillie. Si Ton plafait a la surface de I'eau une Ambrette immer- gee depuis quelques heures , de sorte que la tete surpassat la couche liquide, les quatre boutons se montraient ; qu'on abaissat le molkisque , ils rentraient aussitot. Je fis prendre aux Helices une position telle qu'un tenta- cule imtnergeait tandis que I'autre emergeait. Le premier resta immobile ; le second s'allongea beaucoup et son bou- ton oculaire parut. La meme experience fut repetee avec les Ambrettes et les Bulimes , de maniere a ne laisser aucun doute. Je m'assurai que dans I'eau , la vision etait nulle pour ces mollusques. Du reste , il ne pouvait en etre autrement : I'oeil se trouvant au rebours. Les tentacules n'agissaient plus que comme organes du tact ; ils se repliaient de meme que ceux des Limneens a chaque oscillation un peu forte du liquide , et palpaient le I'ond ou les parois du bocal. Si I'ani- mal etait raaintenu dans le centre du vase, les tentacules s'allongeaient sans cesse de tous cotes , puis se repliaient brusquement. Ils cherchaient sans doute un corps tangible autre que I'eau. En rapprochant cette observation d'une autre que je si- gnalai I'annee derniere (1) : « ce n'esl que dans I'eau que w les mollusques fluviatiles ( Limneens ) peuvent tenir leurs » tentacules leves : des qu'ils sortent de cet element , les » tentacules s'afTaissent »; on est conduit a se demander s'il n'existe pas entre ces deux faits une analogic particuliere. (1) Cf. P. Fischer, loc. cit. Notes, ( i On nous assure qu'il fait les plus grands ravages dans plusieurs de nos meilleurs crus du Medoc ; ce qii'on nous rapporie a cat egard est d'une telle gravile, qu'il y a tout lieu de croire a beaucoup d'exagcralion. Mais nous esperons pouvoir donner lres-procI)aincnienl de plus exacts rcnsei- gnements sur la rcalilc du nial , dont on dit alleinls ou menaces les principaux vignoMes de la Gironde. » Ce que nous pouvons assurer , c'est que ro'idium s'est manifeste en beaucoup d'cndroils fort dislants les uns des autres , notamment a Margaux , a Sainl-Medard-d'Eyrans, a Marlillac, a Merignac , a Bourg , a St-Andre-de-Cubzac, etc., oil il n'avait pas encore paru. Nous connaissons tel vignoble assez considerable de I'Entre-deux-Mers qui en est complelement infecle , ot qui ne donnera pas a son pro- prietaire uue seule barrique de vin. » Les savants s'ingenient a chercber la cause de ce fleau et le remede a y apporler ; mais il ne parait pas qu'ils les aient encore trouves. Cependant , ce n'est point unc raison pour qu'ils se decouragent et qu'ils desesperent d'atteindre au but de leurs efforts. Un agriculteur de beaucoup d'inlelli- gence et de zele , qui poursuit dans son propre vignoble I'etude de I'o'idium , pense qu'il sera possible d'arriver a etablir la cause et la nature de raffcclion dont la vigne est atleinte , et qu'il fant pour cela ne negliger aucun des ren- seignements propres a conduire a ce resultai. » II donne lui nieme I'exemple en cbercbant, avec la plus louable aclivile , a rccucillir anpres des hommes les plus competenis les observations qu'ils ont pu faire sur I'oidiuni. C'est ainsi qu'il nous cnvoie aujourd'bui la traduction d'un travail du a un agriculteur celebre de I'Angleterre , qui , le premier, a decouvert snr la vigne les symploines de cette affection. (68 ) p Beaucoup de choses contradicloircs avaienl ete dites et ecriles a I'endroit de la maladie de la vigne. Les iins pen- chaient a croire qu'elle elait morlelle , soil par son action propre en la supposant organique , soil par TcfTet direct de Toidium , que cetle maladie ful interne ou exlerne. D'aulres, au conlraire , supposaient qu'apres une periode de Irois annees d'activite , roidium s'effacait et abandonnait la vigne a la vegetation normale. » Cette derniere opinion semblait prendre racine en Fran- ce, en Italic , etc., etc., et cependant il cut ete bien difficile d'apporter des faits a I'appui. M. le comte Fernando Barto- lommci, de Florence, qui, le premier, avail annonce la bonne nouvelle a nos contrees , etait, en effel , en debors des conditions propres a une experimentation suffisante , puisque nous voyons dans le remarquable memoire de M. Beudu , si rempli de faits interessants , el dans le rapport de M. L. Leclerc , qu'en Italic, en France, en Ilongrie, etc., roidium ne fit son apparition qu'en 1851 , sauf dans les Etats Sardes el le bassin nord de la Seine, ou il se mani- festa des 1850. »> Or, comment pouvait-on constater a la fin de 1852 ou au commencement de 1853, qu'apres une periode de trois annees d'activite croissante, le mal declinait el abandonnait enfin la vigne, alors qu'il n'a ete reconnu qu'en 1851 ou tout an plus en 1850 ? Ce rapprochement de dates reduisait a une valeur bien bypotbetique des affirmations sedui- sanles. » Dans cetle occurrence, I'agriculteur girondin dont nous venous de parler, a cru devoir s'adrosser a I'liomme qui, le premier, des 1845, avail vu poindre I'oidium sur la vigne, a M. Edouard Tucker, Pcrsonne raieux que lui n'etait en position de fournir des renseignements precis et mar- ( G9 ) qiies au coin de I'observation la plus patiente et la plus sagace. » Ces renseignements, M. Tucker les a fournis avec une extreme obligeance. » M. Tucker affirme que jamais et dans aucun cas la vigne ne meurt sous ririfluence de I'oidium qui , selon lui, est la manifestation exterieure d'un vice organique. » II sembie en outre ressorlir de sa lettre (qui , il ne faut pas I'oublier , repond aux questions precises qui lui elaient soumises), que la maladie de la vigne ne pent etre limitee a aucun laps de temps ; qu'elle peut abandonner certains ceps pour les ressaisir plus tard , comme elle peut envahir ceux qui , jusq»e-la, etaient restes sains ; que roidiura , en un mot, n'a rien de regulier dans ses altaques. » Mais a ces faits ne s'arretent point les communications de M. Tucker; — il y joint un article public par lui le 26 Juin 185'i dans la Chroniqiie des Jardiniers. — C'est un re- sume de ses travaux et de ses observations sur la vie orga- nique des vegetaux et les habitudes , les conditions d'etre de certains cryptogames, » Get ecrit n'a rien de special a la msladie de la vigne, sauf I'application que M. Tucker fait, dans la derniere partie, du systeine qu'il elablit au cas particulier de I'oidium qui porte son nom. Get ecrit pourra cependant interesser les proprietaires vinicoles , et c'est la le motif qui nous fait lui donner place dans nos colonnes. Justin Ddpuy. ( 70 ) Traduction de I'article insure par M. Tucker dans le Tlie Ciardener Clironlcle du 26 Juin 1852. CHAMPIGNONS {Fungi). Le deperissement des arbres fruiliers , malgre beoucoup de soins et de depenses, a etc line source de grands dom- niages pour I'agricuUeiir qui, n'en apercevant point la vraie cause , altribue sa perte a un manque de soins dans leur direction. Apres deux ou trois annees d'existence , souvent ils meurcnt ou deviennent chelifs et rabougris. Le cultivateur intelligent et experimenle doit , il est vrai , porter une grande assiduile et un grand savoir a se procu- rer et a composer ses engrais, agents cbimiques qui doivent former les parlies conslilutives de la plante , — organiques ou inorganiques. — 11 doll aussi connaitre les elements qui doivent exister dans le sol ou les vegetaux sont plantes , afin de leur procurer une active nourriture : — il doit pou- voir dire qu'une large part de silice est necessaire aux ce- reales; — la potasse aux feves et aux pois ; — la chaux au trefle , au sainfoin, au lin, etc., etc.; — qu'avcc la soude la bette fructifiera beaucoup mieux. Toutes ces substances , le cultivateur peut les adminis- trer, ni;iis ce ne sont pas les seules qui soient inuispensa- b!es. II est des circonstanccs sur lesquelies il a peu de prise, comme. par exemple , I'acliou combinee de I'eau el dn sol, et I'equilibre dans le nuuivcmenl de la seve , dependant de la temperature et de Tetal bygrouietrique de I'atmospbere. L'evaporation s'operera en proportion de Icudensite de Tatmosphere , et par la force combinee de la pesanteur at- ( 71 ) mospherique et de I'evaporation la nourriiiire est fournie k la plante , et le mouvement de la seve s'effectue. Lorsque I'air est sec , I'evaporation est si rapide, que les racines sont incapables de foiirnir a la demande qui leur est faite : le bois se desseclie , I'cnergie de la plante s'epui- se , et alors elle meurt ou tonibe dans un elat maladif. Afin de lui rendre sa vigueur et son aclivile, on a dans ce cas recours a la judicieuse pratique d'une taille nouvelle. Au contraire , dans les situations tres-humides. oil I'air par consequent est epais, un effet tout oppose se manifeste dans les pousses vigoureuses et luxuriantes : alors les vege- taux sont tout-a-coup frappes d'une rouille qui leur devient parfois falale. Lorsque ce cas se presente , le remede pour les planles ligneuses est de raccourcir toutcs les racines , de maniere a les rendre disproportionnees aux branches, c'est-a-dire root prune ( litleralement elagage des raci- nes ). Sous I'influence des causes que nous venons d'indiquer , les plantes deviennent souffreteuses et apportent les ele- ments de vie aux cryptogames et aux insectes Bien qu'il soit soutenu par q\ieli|iics liaules autorites, que I'espece la plus simple des cryptogames puissc allaqiier des vegetaux vivant eu bonne sante, il cu est d'autres, a« contraire, qui se (li'mandent si les champignons peuvent nieine jamais s'y developper, a nioins de quehpie lroiil)le dans I'organisme du siijet attaque. Mais, du moins, ce dont nous sommes bien certain , c'est qu'aussitot le premier pas fait et que le fatal vegetal, dont le diamelre n'est pas de plus de l/lOOO de pouce ( mesiu'e anglaise). a germe, la maladie redouble et jelle le sujot dans un etat de deperissement. II est digne de remar(|ne, (pi'il cxisle denx especes de cryptogames, chacune particuliere a I'une des deux classes (72) de plantes que j'ai decriles , c'est-a-dire , Tune speciaic aiix tissus epuises , et I'autre speciale a la vegetation exu- berante et pour ainsi dire hydropique , resultant de i'hu- midlle, et par mes experiences , j'ai acquis la certitude que Tune ne pent co-exister avec I'aulre. Je n'ai jamais rencontre roi'diuni sur le chrysantlieme vivant en plein air : mais en le placant dans une serre cliau- de , I'oidium se manifeste immcdiatement. Prenex un plant de pommes de terre recouvert du Botnjih infesians, trailez- le de la ineme maniere , et immediatement le raal cesse de croitre. Durant plusieurs annees , j'ai eu mescineraires infectees d'une espece d'oulium : — cette annee , je les ai mises sous un chassis non chaulTe au pied d'un mur situe au nord , jusqu'a riieure ou la menace des gelees m'obligeat a les transporter dans un endroit plus cliaud , et le mal ne s'est pas manifeste. Les dix figures ci-joinles (PI. II , fig. 2 , 3 , 4 , 5 , 6 , 7 et PI. Ill, fig. 8 , 9, 10, 11 de la presente publication de la Sociele Linneenne ) , et qui sont le resultat de mes pro- pres observations , indiquent les differentes structures des deux classes de champignons dont je viens de parler. Le champignon qui a de simples tiges arliculees ou monilifor- mes est appele Oidlum. L'aiitre avec ses tiges non articu- laires mais branchues, est appele Botrytis. Nous avons la un exemple du soin avec lequel la nature pourvoit a chaque necessite : les cryptogames qui attaquent les plantes dont les cellules ont ele distendues par la sup- pression de I'evaporation . sont pourvus d'une large surface au moyen de laquelle I'evaporation a plus d'aisance,— leurs tiges branchues et tres-divisees les rendant aptes a produire cet eCfet avec facilite. PLI. PL. II OidiumTuckeri suruiilTaQmenldefeuilledeVibe ^i 2. idiumTucicen (duraism) 3. Oidium Au Navel 4. 0. du CKrysanlheme S.O.daRosxer deDamas GO, duConcombTe J.O.delaPeehe FL.llL ^Y 9 k 8 . "Bolxytis de TEpmaTd. 3 . B. AelaLaitue 10. E. lelaPommede Terte ( Spore jylusarossu- I 11 . B . du cliou ( / Spores' plus qrossusj Leurs durienstons reelits son/ : ijran/iL diMjmtre.ujv mcl{(t/)ie depoucc 1 elil dutmelrc, utvowi^ ■ ctnZume tie potue^anyUUs. Ym^ X -tfii . ^.V!U^mm\V^^' .VA ( 73 ) Dans mes cultures , au conlraire , oii I'evaporalion permet a peine aux plantes de vegetcr, la nioisissure qui les alta- que est evidcmment appelee a remplir une autre mission. La nioisissure dti raisin olTre un exemple de la classe des champignons a laquelle jc fais actuelicment allusion , et je pense que cette maladie est rarement remarquee dans les situations fraiches et lunnides. Ces faits ne suggereraient-ils pas un prescrvatif a la ma- ladie de la vigne ? — Ce vegetal est Lien connu pour etre une plante gourmande , et la conslilulion capillaire de ses vaisseaux permettant a Tabsorplion de s'operer rapidement, il en resulterait qu'une grande qiiantite d'eau (on mioux encore d'cau de fumi"{>) rcpandue sur ses racines et, si c'etait possible, dans lair ambiant, pourrait, je pense, ar- reter la marche de la maladie : — aussi bien qu'il m'n ete permis d'en jiiger, j'ai remarque que ce precede etait in- faillible. — Je crois avoir observe la maladie de la vigne avnnl tout autre, et je n'ai jamais depuis lors manque de realiser une recolte quelconque. Edouard Tucker , jardinier de 31. J. Slater, a Margate. Traduction de la Lettre de M. Tucker a M. Gaschet. aiargate, 1" Juillet 1853. Monsieur , En reponse aux demandes que vous me faites relativement a la maladie de la vigne . jc m'empresse de vous soumettre les faits suivants resultant de mes observations. ( 74 1 En 1845 , lorsqiie la maladie flt sa premiere apparition , apres I'avoir examinee an microscope , el m'etre assure qu'il s'agissail d'lin crvplogame , j'appliqiiai du soiifre et de I'ean de chaux vivo a mes vigncs deja aUaqiiees. — Le resnltat fut que je preservai mes raisins, landis que ceux des serres et des jardins voisins ou aucune precaution n'avait ete prise, eurent leurs raisins completement alteres. La maladie , sur mes vignes , sevit avec la meme intensite jusqn'en 1850. — Je continuai a employer le meme remede el'le mal n'empecha pas qu'elles ne produisissent et muris- sent leurs fruits pendant cette pcriode. Mais j'ai remarque un ou deux ccps qui panirent presque detruits par le cham- pignon, et qui cependant furent, I'anrie suivante, a pen pros delivres du fleau et produisirent et murircnt leurs fruits , Lien qu'aucnn remede ne leur ail ete applique. — Jamais je n'ai entendu parler d'un ccp enlierement mort sous I'in- fluence du cryplogame. Quelques personnes onl voulu essayer d'arracher leurs vignes et de les remplaccr par de jeunes plants : mais le mal continua. — Pendant les deux ou Irois dernieres an- nces, quoiqne la maladie n'ait pas abandonne les vignes. elle est devenue plus locale el dccroit positivement. Les ceps , dans le voisinage , n'ont pas universellement ete atlaqnes comme dans mon propre jardin : d'antres dans la localile onl ete preserves, quoiqu'ils fussent comparative- ment pen nombreux. Afin de decouvrir la nature de cette epidemic destructive, aussi bien que son mode d'invasion , je I'ai a plusieurs re- prises poumise a Tcxamen du microscope, el je siiis convaincu qti'il y a qnebjue principe morbide dans le cep , causant la perturbation des fluidcs , ( quelques-uns des plus imporlants vaisseaux tels que le pitted-tissue , tissu vasculaire(Botliren- ( 75 ) chyme), rendrocliome et le parenchyme prenant une leinle de rouge brun) . et que le champignon en est le resultat. Bien phis, je suis lout-a-fait certain que Voidium n'entre pas et ne se ramifie pas dans le tissu de la plante , comme cela a ete avance par quelques-uns dcs plus eminenls mi- crographes de ce pays. — J'ai , en effet, reconnu qu'une simple friction sur les parties entachees de moisissure, de- truisait enlierement celte moisissure. Monsieur, j'ai le regret de ne pouvoir vous designer aucun rcmede applicable en grand, celui que j'ai moi-meme ex- perinienle , el qui n'a reussi qu'en parlie , ne I'ayant ete que sur une tres-pelite echelle. II me reste a vous temoigner mon regret d'avoir tarde a repondre aux demandes que vous m'avez faites ; mais etant nn homme de labeur et mes occupations reclamant une grande partie de mon temps , je n'ai pu me livrer autant que je I'aurais desire, a des observations scienlifiques aux- quelles, du reste. j'eusse pris un vifinteret. — Je serais en- chante d'apprendre que vous eussiez essaye quelque chose et decouvert quelque remede efflcace. Vous trouverez ci-joint un croquis de VOidium . execute a I'aide du microscope, et dont voici la legcnde : ( PI. II de la presente publication de la Societe Linne- cnne, fig. 1. — a spore; b spore en germination; c, la plante entierc ; d, le mycelium; c, un groupe d'Oidium sur un fragment de feuille de vigne. Les dimensions reelles du champignon sont les sui- vantes : Grand diametre de la spore a . y. de millimetre ; Petit diametre — — . 7^. de millimetre ; Diametre d'un filament de mycelium d . y,^ de niillim. ( 76 ) Je voijs envoie aussi un article imprime , avec figures , que j'ai fait inserer dans le Gardener Chronicle du 26 Juin 1852. Je suis , etc. Edouaud Tucker. Vu par le PrSsident de la SociiU Linnhnne : CHARLES DES MOULIWS. VI. Note sur une gigantesque racinc de Bryonc; -par M. Mauduyt , correspondant. En Avril dernier ( 1853 ) , un jardinier me presenta une racine de Bryonia dioica Jacq., qu'ii avait trouvee dans le tronc creux d'un Saule. Cette racine , quoiqiie remarquable par sa grosseur , n'offrail pourtant rien de vraiment extra- ordinaire sous ce rapport ; niais sa longueur , de deux METRES TREisTE-sEPT CENTIMETRES m'a paru digne d'etre signalee a la Societe et meme d'etre mentionnee dans ses Acte . La racine dont il s'agit est bifurquee , presque a partir du collet. Mauduyt , ConscrvalexiT du Cabinet d'histoire nalurelle de Poitiers. ( 77 VII. Du perfecdonnement graduel des etres organish ; par M. Marcel de Serues , professeur d, la Faculti des Sciences de MontpeUier , correspondant. ( Suite et fin 1. Les plus anciens debris d'oiseaux des terrains tertiaires se rapporlcnt a des genres perdus de palmipedes , et a des ra- paces analogues aus Vautours de la taille du Calhartes au~ rea. La merae famille a fourni un genre nouveau nomme Lilhormis, et d'autres especes rapprochees du genre Strix , au nombre de six a sept environ Les echassiers , les gallinaces et les palmipedes ont laisse de nombreux representants dans ces terrains; generalement, les genres de ces families se rencontrent en meme temps dans la nature actuelle. Les oiseaux ont ete reconnus dans les formations tertiaires , non-seulement par des ossements, mais par des plumes et des oeufs. Les plumes decrites et figurees par nous , paraissent avoir appartenu a diflerentes parlies du corps des oiseaux dont elles rappellent I'ancienne existence. Depuis lors , on en a decouvert d'autres assez bien conservees et assez caracterisees , pour etre rapportees avec quelque certitude a des echassiers du genre des Herons. Des debris osseux ont indique des oiseaux de cet ordre , du genre des Chevaliers ou des Gralles , cnfin des passe- reaux et des gallinaces assez voisins de la Perdrix , et d'au- tres des Francolins ou des Tetras. On a ^egaleraent observe d'autres vestiges d'oiseaux, plus analogues d'apres leurs dimensions , du Coq que du Paon. Quoique les oeufs soient generalement briscs , on est par- venu cependant a en decouvrir d'assez entiers pour les ToHE XIX. 7 { 78 ) rapporter h des echassiers de la taille des Flamands. Ceci est d'autant plus probable , que des debris osseux ont indi- que des cspeces de la meiiie famille et de la meme stature , ainsi que de celle du Heron gris ( Ardea cinerea ) , et d'au- tros de plus petites dimensions. Ces fails prouvent que les oiseaux ont ete en progres a cette epoque, comparativement a ce qu'ils elaient aux epo- ques anterieures. Les mammiferes ont ete , k I'epoqiie tertiaire , le point principal du pcrfectionnement dans I'organisation. Au lieu d'etre bornes , comme lors des terrains jurassiques, a quel- ques individus isoles de didelplies, les monodelphes et meme les didelplies ont apparu en grand nombre ; leurs es- peces ont ete si varices , qu'elles y ont represenle la plupart des ordres que nous observons maintenant. II y a plus : pour que le perfectionnement fill des plus marques , les qua- drumanes , I'ordre le plus avance en organisation , et qui ne le cede sous ce point de vne qu'a I'homme , ont laisse de leurs debris des le commencement de I'epoque tertiaire. On a deconvert des ossements de singes en Angleterre , h la partie inferieure de I'argile de Londres, dans le terrain de Void eocene. Ces osscmcnts ont appartenu a une espece du genre Macaque , qui ne parait pas avoir de represenlant dans la nature. Les quadrumanes se Ironvent dans les ter- rains tertiaires des diverses parties de I'Europe et notam- ment en France et en Angleterre. On les decouvre en Asie dans les memes formations . parliculierement dans I'lnde, ainsi que dans les depots diluviens qui encombrent les ca- vernes du Bresil. Les singes sont deja connus dans plusieurs localites de la France ; les plus ancicnnement decouverts ont ete observes dans les depots tertiaires de Sansans , dans le departement ( 79 ) du Gers , et les plus nouveaux dans les terrains tertiaires recents des environs de Montpellier. Les mammiferes monodelphes sont loin d'avoir ete bor- nes aiix singes que nous venons de signaler; la plupart des families de cet ordre le plus nombreux et Ic plus varie en especes , s'y trouvent egalemeiit. Ainsi , Ton decouvre dans les terrains tertiaires des mammiferes niarins ampbihies, ordinaires et carnivores ; et parmi les didelpbes , des mar- supiaux. Les mammiferes de I'ordre le plus eleve ou les monodelpbes y sont representes par les edentes , les pacby- dermes, les soiipedes , les ruminants, les rongeurs, les ampbibies , les cbeiropleres , les carnassiers , enfin les qua- drumanes. Ces faits prouvent que les mammiferes marins et monodelpbes composent une parlie importante de la population des terrains tertiaires , quoiqu'ils soient loin d'etre aussi nombreux et aussi varies qu'a I'epoque ac- tuelle. Les mammiferes marins ont signale I'epoque tertiaire ; leurs debris se rapportent a plusieurs families , aux berbi- vores et aux souffleurs. Les premiers y sont representes par des Lamantins et deux genres dont I'un , assez rapprocbe des Dugongs, a recu le nom de Metaxyiherium. Le second , considere par M. Harlan comme un reptile et nomme par lui Basilosaurus , est cependant un mammifere marin. Aussi M. Owen a-t-il cree pour cette espece le nom de Zeuglodon celoides. Les Daupbins, qui appartiennent a I'ordre des souffleurs, ont ete assez repandus dans les mers de I'epoque tertiaire. Cuvier en avait signale plusieurs especes, mais depuis lors, leur nombre a ete porte a cinq. II y a plus de doutes sur rancienue existence des Narvais. Un autre genre. IoXZ/i^/ms, considere par Cuvier comme perdu et qui appartenait a la meme famille. a ete retrouve dans les mers des Indes. Seule- ( 80 ) ment, les trois especes fossiles ne sont nuUement semblables h celle qui vit encore. Les Cachalots et les Baleines ont egalement caracterise les celaces souffleurs de I'epoque lerliaire ; ils paraissenl y avoir acquis des dimensions lout aussi considerables que celles qui distinguenl les especes actuelles. Deux genres de marsupiaux ont signale la periode secon- dairc , et deux genres ont egalement caracterise I'epoque lertiaire. L'un de ces genres est encore incertain et I'autre se rapporle aux Didelphis dont les analogues font parlie des marsupiaux herbivores. Ce genre vit aujourd'hui en Ame- rique depuis la riviere de la Plata jusqu'en Virginie ; il a cependant fait partie, dans les temps geologiques , de la population de I'Europe. II elait pour lors compose de plu- sieurs especes comme maintenant. 11 en etait de meme du genre indetermine dont il elait le contemporain. Ces genres etaient , du resle , les uniques representants des mammifercs didelphes a I'epoque lerliaire, landis que les monodelphes offraient alors de 90 a 100 types generi- ques particuliers. Ce rapport prouve le progres des mam- miferes les plus perfectionnes et dont les didelphiens ne sont que des formes incompletes ou des series d'embryons. Ce progres est d'aulant plus remarquable , que I'ordre en- tier des monodelphes n'avait point paru avant I'epoque ler- liaire. Les deux tribus des monodelphes qui ont laisse les de- bris les plus abondants dans les terrains tertiaires . sont les pachydermes et les rongeurs. Les premiers ont ete Tes plus nombreux pendant I'epoque eocene , landis que les ron- geurs y etaient a peine represenles par deux ou trois genres. La meme proportion s'est conlinuee lors du depot des ter- rains d'cau douce moyens ; mais les rongeurs ont acquis a celle epoque un grand developpement. Leurs genres s'y sont ( 81 ) eleves jusqu'a une viDgtaine , tandis que celui des pachy- dermes depassait ce nombre. Les ruminants ne paraissent avoir apparu que lors des depots des terrains d'eau douce inoyens ( mioceue ) , quoique les carnassiers eussenl ete representes a I'epoque eocene par plusieurs genres au raoins au nombre de cinq. Ces animaiix ont eu pour but de maintenir les herbivores dans une juste proportion; aussi ont-ils considerablement augmenle, a mesure que les ruminants et les rongeurs se developpaient. Ce fait deja sensible a I'epoque mioceue et pliocene, devient surtout manifests a I'epoque quaternaire ou les trois families des carnassiers , des solipedes et des ruminants ont acquis des proportions superieures a celles qu'elles avaient ante- rieurement , du moins quant au nombre des especes et des individus qui en fesaient partie. La nature maintient dans un admirable equilibre , la pro- portion des herbivores et des carnassiers destines a en arre- ter la trop grande multiplicite qui , en definitive , les redui- rait a mourir de faim. Par des raisons du meme genre , les crocodiliens a museau court et elargi , ne soiit arrives que tres-tard sur la scene de I'ancien monde ; car leur existence etait pour ainsi dire liee a celle des mammiferes. Aussi ces progres ont eu lieu en meme temps , en vue des desseins de la nature , dent nous sommes loin de comprendre toute la sagesse. La population des terrains les plus anciens de I'epoque tertiaire. n'etait pas aussi analogue a celle des ages poste- rieurs qu'on serait tenle de le supposer. Les mammiferes les plus nombreux de cette epoque , les pachyderraes , etaient caracterises par des genres qui n'ont plus de repre- sentanls a la surface du globe. Ces animaux etaient alors accompagnes par des rongeurs de petite taille et des car- nassiers encore peu abondants , apparlenant a des types ( 82 ) plus faibles et moins agiles que ceux des epoques subse- quentes. Des quadrumanes , des cheiropteres, des cetaces ont ete les conlemporains des premieres families; deux d'entr'elles presentaient cette particiilarite, de se trouver dans le milieu et le nord de I'Europe , ou Ton n'en decouvre plus maintenant la moindre trace. Quant aiix mammiferes didelphes de la famille des marsupiaux , on ne les rencontre plus aujourd'hui que dans un autre hemisphere. Get apercu suffit pour se former une idee exacte de la population des etages inferieurs tertiaires , et comprendre le progres qu'elle a eprouve en comparaison des especes des terrains secondaires. II permet de saisir le perfectionne- ment que les mammiferes ont acquis lors du depot des ter- rains tertiaires moyens et snperieurs ( miocene et pliocene ). Si Ton considere I'ensemble des depots des deux epoques, on reconnait que les carnassiers ont singulierement aug- raente en nombre et en taille de la plus ancienne a la plus recente. Un pareil accroissement est un indice certain qu'il doit avoir ete accompagne par un plus grand developpement des herbivores. En effet, les ruminants , les solipedes et les edentes qui n'avaient point encore paru , sont venus auimer la scene de la vie ; les premiers , par la variete de leurs genres et celle de leurs especes , et les seconds par la grande quantile et les hautes proportions de leurs individus. Les edentes ont ete representes aux epoques tertiaires recentes, par des especes dont les formes et les caracteres n'ont rien di; comparable dans le mondc actuel. De nos jours, les edentes sont speciaux aux pays chauds. Abondants et varies dans I'Amerique meridionale , ils prcsenlent piu- sieurs types en Afrique et en Asie. lis ont neanmoins ha- bile I'Europe pendant I'epoque tertiaire. Les edentes ont ete encore plus abondants lorsque les mers etant rentrees (83) dans leurs bassins respectifs , il ne s'est precipite que des de- pots des eaux douces , stratifies ou piilverulents. Ces depots, les plus recenls des temps geologiques , ont ete nommes a raison de cette circonslance , qualernaires ou pleistocenes. Lc genre Macrolherium compose d'une seule espece , le giganleum , est le plus singulier des edentes qui ait vecu vers la fin de I'epoque terliaire en France et en Allemagne. II appartient seul a cette epoque , tandis que quatorze ou quinze caracterisent les temps geologiques les plus recents. Ces animaux n'ont complete leur developpement que lors de I'epoque quaternaire. II en a ete de meme des pacliydermes ; toutefois I'un des genres les plus remarquables de I'epoque actuelle ne parait pas avoir paru avant les depots tertiaires recents ( new-pleis- tocene ) , et n'etre devenu abondant qu'a I'epoque diluvicnne. Ce genre est celui des Elepliants. II n'en a pas ete ainsi des Mastodontes , generalement plus abondanls dans les terrains tertiaires que dans le diluvium. lis ne paraissenl pas du moins avoir ete rencontres dans ce dernier gissement en Europe , mais seulement dans le continent asialique , et peut-etre en Afrique. Les meraes depots diluviens de la Nouvelle-IIollande renferment un troisieme genre de la famille des proboscidiens, encore si imparfaitement connus, que sa veritable place n'est pas fixee avec certitude. Le nombre des genres des pacbydermes ordinaires est plus considerable que celui des proboscidiens ; il s'eleve a environ 24 ou 25 , tandis que celui des solipedes ne depasse pas le nombre deux, Du reste , il n'est pas d'ordre de mammiferes qui presente un aussi grand nombre de types fossiles que les pacbyder- mes. Get ordre est cependant imparfaitement represente dans notre monde. II existe entre les especes qui en font parlie , de nombreuses lacunes. Les nuances , les formes ( 84 ) transitoires qui lieiit les genres entr'eux , les passages d'une forme a une autre , se rencontrent ponrtant. d'une maniere assez manifeste comme chez les autres tribus , lorsqu'on considere dans leur ensemble , les especes vivantes et fos- siles. On trouve meme des anneaux intermediaires dans la na- ture detruile entre des genres tres-rapproches , tels que les Anoplotberium el les Palceotherium. Ainsi M. Owen a de- couvcrt une espece de ce dernier genre , qu'il a nommee connectens et qui forme une liaison naturelle entre les deux genres perdus. Cette espece a une molaire de moins de chaque cote que chez les autres Palfeotherium ; elle est separee des dents anterieures par un espace vide , ce qui I'eloigne des Jno- plotherium. Elle s'en rapproche toutefois par la forme de la couronne de ses raolaires. On ne connaissait jusqu'a present qu'un seul pachyderme qui ofTrit ses dents en serie continue. Cette condition uni- que dans les herbivores vient de se trouver dans une espece a laquelle M. Owen a donnc le nom de Dichodon cuspida- ius. Cette circonstance qui fait que les dents se succcdent les unes aux autres, sans intervalle, ne se retrouve main- tenant chez aucun herbivore. 11 y a la une lacune entre la nature actuelle et les anciennes generations ; raais il n'est pas impossible qu'elle se comble un jour. Les ruminants n'ont apparu qu'avec les depots miocene et pliocene; on n'en decouvre pas du moins de vestiges dans les terrains tertiaires anciens , ce qui coincide avec le pen de developpement des carnassiers a cette epoque. Ces animaux n'ont ete Ires-multiplies qu'apres I'apparition des ruminants, lors du depot des terrains tertiaires moyens et marins su- perieurs , enfln, lors de la dispersion du diluvium. Les ruminants, animaux generalemenl limides et feconds. (85) ont tellement augmente , surtout en individus , aiix epoques geologiques recentes, qu'ils semblenl avoir ete destines a remplacer presque totalement les pachydermes en Europe. Du moment que ceux-ci s'effacent , les ruminants grandis- sent en nombre, en taille , en meme temps qu'ils se distin- guent par la variete de leurs genres et de leurs especes. Leurs types generiques s'elevent alors a quinze ou seize , parmi iesquels plusieurs sent riches en especes et parfois en individus , ce qui est frappant pour les genres contempo- rains des depots diluviens. Les cetaces appartiennent essentiellement a I'epoque ter- tiaire, parliculierement aux etages moyens et superieurs. Les esjieces herbivores ont les plus grundes analogies avec les pachydermes par leur systeme de dentition et d'autres caracteres qui ne sont plus sensibles chez les especes fos- siles. En effet, les molaires du Metaxytherium ont eterap- portees par Cuviera deux especes differentesd'Hippopotame, et il a regarde les dents du Dinotherium, comnie apparte- nant a un Tapir qu'il a nomme Tapir gigantesque. Ainsi probablement, lorsque les types des pachydermes et des rmninanls fossiles seront mieux connus, on rap- prochera les Dugongs , les Metaxytheriums et les Lamanlins, des Hippopotames et des Tapirs , a peu pres comme Ton reunit les Phoques et les Morses aux carnassiers ordinaires. Le nombre des mamraiferes marins , herbivores ou souf- fleurs , ne s'eleve pas au-dela de dix dans les terrains Icr- tiaires, ou lis ont commence a apparaitre. Les rongeurs ont laisse egalement de leurs debris dans les couches terliaires les plus anciennes et des I'apparition des mammiferes monodelphes. Leurs genres sont les uns semblables aux types generiques actuels , et d'autres a ceux des anciens ages tertiaires. Ainsi Ton a rencontre des Loirs et des Ecureuils dans les couches gypseuses de Montmartre, (86) tandis que les terrains de la meme epoque , en Anvergne , renferment dos genres que Ton ne pout assimiler a aucun de ceux qui vivent mainlena.it. Le plus grand developpenient que les rongeurs aient ac- quis a eu lieu lors des terrains nioyens et superieurs. Le nonibre des genres qui ont laisse des traces de leur ancienne existence dans ces terrains, ne s'eleve pas a nioins de 17 a 18 ; quelque considerable qu'il puisse parailre , il a ele de- passe a I'epoque diluvienne , ou il a atleint celui de 20. Les rongeurs ont ele en si faible proportion a leur origine . qu'ils ne sont representes dans les terrains terliaires anciens que par deux genres. Ce rapport prouve le perfectionnement opere dans cette famille depuis les plus anciens ages tertiaires jusqu'aux plus recents , ainsi que celui qui a eu lieu de ceux-ci a I'e- poqne diluvienne. Ce rapport exprime par les chifTres 2 . iS et 20 , prouve que le develo])pement de ces aniniaux a ete sans cesse en augnientant et qu'il a ele surlout mani- feste , de la premiere a la seconde epoque. Les carnassiers n'ont pas ete nonibreux aux premiers ages tertiaires , par la raison toute simple qu'il en elait de meme des herbivores. Les populations conlemporaines des PalcEotheriiim. des Ancplolherium et des Lopluodons , ont ete beaucoup moins inquietees par les races carnivores que les genres qui leur ont succede. Le nombre et la taille des carnassiers va du reste en aug- mentant depuis les terrains tertiaires moyens jusqu'aux supe- rieurs, comme de ceux-ci aux depots diluviens. Les formes de certains types propres a cette epoque , sont teliement particulieres , qu'elles ont necessite I'elablissement de plu- sieurs genres nouveaux. Ces genres offrent souvent des tran- sitions remarquables entre leurs tribus et les genres actuels ; lis presentent en general des formes lourdes et un regime moins exclusivement carnivore que les carnassiers actuels. ( 87 ) Les carnassiers les plus redoutables n'ont commence a paraitre sur la scene de I'ancien monde que vers la fin de Tepoque terliaire. II parait qu'a celte epoque , le genre des chats ( Felis ) a pris plus d'importance et le plus grand de- veloppement. lis ne sont arrives cependant a leur siimmum de developpement , qu'a I'epoque diluvienne oil leurs di- mensions ont depasse celles de leurs analogues acluels. Les Hyenes, les Ours, les grands Chats analogues aux Tigres et aux Lions, enfln les Amphycions etaient bien autre- ment redoutables que ne le sont maintenant les plus grands carnassiers. Leurs especes ont toutefois habite I'Europe , contree qui n'est plus frequentee, maintenant, que par les Ours el les Loups , depuis que la civilisation en a chasse les Lions. Les genres des carnassiers de I'epoque tertiaire ont ete assez nombreux , surtout quand on fait attention an petit nombre d'individus de leurs differentes especes. II s'est eleve en effet a 25 ou 26 , nombre fort considerable lors- qu'on le compare a celui des terrains tertiaires anciens , ou il est reduit a cinq. Les amphibies de la meme epoque sont encore plus restreinis ; ils ne depassent pas le nombre deux, etant bornes aux Phoques et aux Morses. Les seuls Vespertilions y representent I'ordre entier des cheiropteres qui a ete plus etendu a I'epoque diluvienne. L'on y decouvre jusqu'a qualre genres, les Molosses, les Phyllostomes, les Rhinolophes et les Vespertilions. Les memes terrains ne paraissent receler que deux genres de quadrumanes , les Macaques et un autre de la famille des lemuriens , decouvert par M. Lartet dans les formations d'eau douce de Sansans. Tel est I'ensemble des mammiferes monodelphes et di- delphes de I'epoque tertiaire. Les premiers n'exislaient pas avant cette epoque et les seconds ont ete represenies par ( 88 ) des genres dift'erents do ceux dont les debris ont ete ren- contres dans les terrains jiirassiques. Les mammiferes des formations tcrtiaires appartiennent a une creation particu- liere, sans analogie avec celle qui la precede, et presque pas avec celle des ages posterieurs. Cette population cssentieliement nouvelle , surlout en ce qui concerne les mammiferes monodelphes, offre tout-a- coup les animaux les plus avances en organisation. Les quadrumanes ont vecu des I'epoque eocene la plus ancienne des formations tertiaires. lis s'y rencontrent meme dans les couches les plus profondes de ces formations. Quoiqu'un pareil progres ait eu lieu dans I'ordre supe- rieur des mammiferes , il ne s'est cependant pas etendu a I'universalite des monodelphes. Les faits que nous avons rapportes prouvent d'une maniere inconteslable , que [le perfectionnement de ces animaux a eu lieu par degres , d'abord des terrains eocenes aux formations miocene et pliocene , comme de celles-ci aux depots pleistocenes et k I'epoque diluvienne. Cette epoque a ete le dernier terme du perfectionnement des races animales. Ce perfectionnement s'est continue lors des temps historiques, et les especes y ont pris des caracteres durables en acquerant toutefois le maximum de la compH- cation , du nombre et de la variete. Le progres chez les etres vivants ne consiste pas seule- ment dans une plus grande perfection de I'organisation , mais dans la quantite et la variation des organismes parti- ticuliers. Ainsi tout le travail opere dans I'ensemble des fitres d'une epoque a une autre, a eu pour but et pour terme, de les amener au point on ils sont arrives aujour- d'luii. Ces progres ont ete faits en vue de I'homme qui ne pouvait se contenler d'une nature muelte et silencieuse . comme celle qui a anime les premiers ages geologiques. (89) 2.» DES AMINAUX DE L\ SECONDE fiPOQUE DE LA TROISlfiME P^RIODE. Animaux de I'epoque quatemaire. L'epoqiie quaternaire se compose de Tensemble des ter- rains deposes depuis les formalions lerliaires , jiisqu'aux graviers diliiviens. Elle coinprend les couches stralifiees supeiieures a ces formalions, ainsi que les depots meubles auxquels on a donne le nom de diluvium. Celte epoque , la pins recente des temps geologiques , est la phis perfectionnee sous le rapport des animaux qui en ont fait partie. C'est dans les terrains diluviens que Ton decouvre les plus grands mammiferes tcrreslres de I'ancien monde , tels que les Mastodontes , les Elephants, les Elas- motherium , les Megatherium et les Meijalomjx. On y ren- contre egalement les Sivallierium. ruminants de la taille des Elephants , et la gigantesque Tortue dont la longueur n'est pas nioindre de 6 a 7 metres, la hauteur, de 3 metres; ses caracteres particuliers ont donne lieu a I'etablissement d'un genre nouveau nomme Mei^alochelijs par MM. Caulley et Falconner qui I'ont dccouvert dans les terrains subhiraa- layens. Ce genre appartient a la tribu des cheloniens. Avec la pluparl de ces genres eteints on decouvre des Rhinoceros, des Hippopotames , des Chevaux , des Boeufs , des Chameaux , des Girafes et de grands Cerfs. La plupart de ces genres et surtout les especes qui en font partie , an- noncent un climat plus chaud que celui des lieux ou ils sont ensevelis. On a observe dans les memes depots et dans les cavernes du Bresil, le Felis smilodon, carnassier d'une grande dimension , remarquable par les enormes canines dont il etait arme. Ce Felis etait , par rapport aux autres carnassicrs, ce que les proboscidiens sont aux pachydermes ordinaires. ( 90 ) Ce premier apercu annonce le progres qui s'est opere dans la classe des mammiferes ; s'il n'est pas aussi sensible cliez Ics aiilrcs classes , c'est qu'elles ont laisse pen de leurs debris a cetle epoqiic. Ainsi pour n'en oiler qu'un seul esemple . nous rappellerons que Ton n'a encore determine qu'un seul poisson qui apparlienne k I'epoque diluvienne ; celle espcce est un brochet nommc par M. Agassiz Esox otto. Qnoique les reptiles determines du meme age soient un pen plus nombreux, on ne peuf guere signaler que sept a buit especes , comprises dans environ G genres , nombre bien inferieur a celui des terrains jurassiques et meme ler- tiaires, surtout a la variete des reptiles de notre monde. On ne rencontre pas dans les terrains quaternaires , la moindre trace d'animaux marins ; ces terrains ayant ele de- poses lorsque les mers etaient rentrees dans leurs bassins respectifs. Aussi n'y voit-on plus de traces de limons el de produils marins , a I'exception des lieux reconverts momen- tanement par des irruptions marines , on dans les localites qui ont conserve quelques relaissees des eaux de I'ancienne mer. On concoit des-lors pourquoi I'epoque diluvienne n'offre que des depots des eaux douces et pourquoi elle presente un plus grand nombre d'especes terrestres , surtout de mammiferes , que les depots anlerieurs. l.es eaux marines, en rentrant dans leurs limiles actucUes, avaient necessaire- ment laisse un plus grand espace aux continents , apres les avoir longtemps reconverts de leurs masses liquides. Quoiqu'il en soil , la faune diluvienne est la premiere ou Ton rencontre des especes semblables aux races acluel- les; celle des terrains tertiaires montre bien certains genres idenliques avec les notres , mais les especes qu'ils renfer- mcnt sont lout-a-fait perdues. L'epoque diluvienne est la ( 91 ) seule caracterisee par des races analogues a celles qui vivent encore : ce qui la lie d'une maniere manifeste avec la periode acluelle. Les races des terrains quaternaires n'ont point ete de- truites enliereiiient vers la fin de leiirs depots ; aussi n'y a- t-il pas eu d'apparilion subite d'une faune toiite nouvclle au commencement de la periode hislorique. On ne saurait as- signer entre i'epoque diluvienne et Tepoque moderne , au- cune circonslance qui ail agi sur I'organisalion de la meme maniere que celles qui ont separe la periode terliaire de la periode diluvienne , ou la periode cretacee de la periode terliaire. Un des fails les plus imporlants de riiisloire des mammi- feres de cette epoque , est le grand nombre des edentes et des rongeurs qui s'y trouvent. Sans doute , les genres de ces families etaient deja dans une proportion considerable a I'epoque terliaire ; mais ils cnt augmente lors des depots quaternaires. II en a ete de nienie de plusieurs autres fa- milies d'lierbivores et notamment des ruminants. Les pachydermes n'ont doraine sur la scene de I'ancien monde qu'a I'epoque terliaire ; aussi ont-ils apparu les pre- miers, avant les ruminants. Un pared accroissement dans la Iribu des herbivores , en a entraine un non moins marque dans celle des carnassiers, dont les types generiques ont ete assez generalement les memes que ceux des temps his- toriques. L'une des tribus de cet ordre de mammiferes a presente a I'epoque diluvienne qualre races de solipedes. L'une d'elles recemment decouverte dans les cavernes du Bresil , se rap- porte au genre Clieval. L'espece de Cheval des grottes ossi- feres de I'Amerique n'est point la meme que celle repandue a pen pres universcllemcnt dans lancien continent. Ainsi , lors des temps geologiques les plus recents , le Nouveau- ( 92 ) Monde possedait des chevaux d'une race particuliere , com- me elle avail differentes races de Maslodontes qui ont dis- parii a jamais, avec tant d'aulres, de la surface du globe qu'elles avaicnt anime pendant des temps plus ou moins longs. Les mammiferes de I'epoque quaternaire ont presente souvent des genres semblables a ceux des races acluelles. Ces genres ont ete composes d'especes identiques avec les generations donl nous sommes lemoins. Au milieu de cette population analogue , on decouvre un grand nombre d'es- peces qui different par leurs dimensions et par leurs formes particulieres et distinctes de celles des temps historiques. Les families des edentes et des rongeurs sont principalement celles qui offrent le plus grand nombre de races perdues et de types generiques eteints. Les mammiferes monodelpbes n'ont pas seuls eprouve un progres mauifeste a I'epoque quaternaire ; il en a ete de meme des didelphcs. lis y ont ete representes par une dixai- ne de genres, les uns qui ont encore leurs analogues et les autres eteinls. Du reste , les families ou les genres perdus les plus nombreux , ne sont pas ceux ou les especes , qui n'ont rien de comraun avec les races actuelles , sont en moindre quanlite. Cette epoque , surtout celle des depots diluviens , a cela de particulier dans certains continents et par exemple dans la Nouvelle-Hollande , de receler des especes animales qui , quoique differentes de celles qui existent maintenanl , leur sont analogues par leurs genres et leurs families. Ainsi les marstipiaux abondent dans les cavernes de la Nouvelle- Hollande , et cet ordre d'animaux s'y trouve a peu pres uni- quement aujourd'hui. De meme , le continent d'Araerique a presente un grand nombre d'ossements de Sarigues , qui se rapportent a sept ( 93 ) ou hiiit especes ; dans ce moment , cello tribii caracterise le Nouveau-Montle. Mais le genre des Sarigiies ou des Di- delphis a vecii en Europe pendant I'epoque terliaire; il n'y a plus paru depuis lors. D'un autre cole . les Civeltes ( P'i- verra), aujourd'hui speciales a I'ancien monde , ont habile la Nouvelle-Hollande a I'epoque diluvienne. L'une des iles voisines de ce continent, la Nouvelle- Zelande , a excite I'altention des naturalistos , par des oi- seaux dont les dimensions depassaient de beaucoup celles des Autruches. L'on avail cru , a I'epoque dc Icur decouverte , que ces animaux appartenaient a I'epoque geologique la plus recente. D'apres des observations nouvelles, ces ani- maux nommes Dinornis, se rapportent aux temps hislori- ques , et n'ont ele detruits que depuis une cpoque peu reculee. Ainsi les especes de I'ancien monde n'avaient jamais at- teint des proportions comparables a celles des Autruches et des Casoars ; elles sont constarament restees dans de petites dimensions. II en serait differemment si les empreintes ob- servees sur les gres rouges de I'etage peneen du Massachu- sett, et que l'on a rapportees a des pas d'oiseaux, avaient ele produites par ces animaux. D'apres la distance qui se- pare ces empreintes les unes des autres , ces animaux au- raient du faire des enjambees de 1 metre 40 a 2 metres. On devrait alors leur supposer une taille superieure a celle des Autruches, des Casoars et meme des Dinornis. Si le progres des vertebres superieurs a ele si manifesle des le commencement de Tepoque terliaire , celle circons- tance lient aux influences des laliUulos et h la formation des climals divers qui sc sont pour lors elablis. Ces diver- ses influences ont complique le morcellement des especes par bassins , multiplie les faunes locales et defruit I'unifor- ToME XIX. 8 { 94 ) mite de repartition des etres organises, caractere essentiel des formations anciennes. Ces efTets ont ete aussi sensibles dans le Nouveau-Monde que dans I'ancien continent. Du moins , les especes qui ont vecu en Amerique , comme en Europe , se sont succede du simple au compose ou en raison directe de la complication de I'organisation. En suivant Tliistoire des etres qui ont paru lour a tour a la surface du globe , on voit la vie osciller, pour ainsi dire , selon que les milieux en changcant plus ou moins brusque- ment , modifiaient les organismes qui en etaient I'expres- sion. EUe n'a pas subi pour cela d'extinction ni de revivifi- cation ; elle s'est au contraire constamment continuee , mais pour des etres differents , dont la diversile a ete d'autant plus grande , que les conditions des milieux exterieurs etaient plus differentes. Ainsi la vie a toujours ete representee ici-bas , depuis les premieres apparitions organiques jusqu'a celles dont nous sommes les temoins. Seulement, une diversite complete semble exister entre les especesdes anciennes creations et les races nouvelles, quoique les types generiques des premieres aient souvent persiste lors de I'apparition des secondes. L'uniformite dans la dispersion des types speciflques a ete d'autant plus grande qu'on rexamine cbez les formations des ages les plus anciens , par suite de celle qui regnait pour lors dans la temperature et les autres conditions des milieux ambianls. La variete des climats de I'epoque ac- luelle a ete la cause des centres nombreux de creations qui out rendu necessaire la loi dc la localisation dominanle maintenant a la surface de la terre et dont I'liomme tend par sa puissanle influence a effacer les trails primitifs et originels ( 95 ) Telles ont ete les principales conditions qui ont soiimis tons les etres a un perfect ionnement successif , perfection- nennent vers lequel ils ont tendu constaniment des leur ori- gine et dont nous venons de suivre les effets et d'indiquer la marche. Resume. Le plus simple examen des anciennes generations prouve qu'elles different essentiellernent des creations actuelles , et d'autant plus qu'elles appartiennent aux premieres epo- ques ou la vie a apparu sur la tcrre. La difference enlre les deux generations s'accroit d'une maniere sensible de la circonference au centre. Les especes de I'ancien monde sont divisees par groupes qui correspondent a des depots particuliers , que peu d'en- tr'elles franchissent. Les plus rnbustes passent bien d'un groupe a celui qui lui est immediatement superieur ; mais elles n'arrivent presque jamais au-dela. II n'en est pas ainsi du type generique ; ce type traverse souvent I'ensemble des formations geologiques et parvient meme jusqu'a I'epoque actuelle. La plupart des especes fossiles different des races vivan- tes ; les infusoires feraient seuls exception a cette loi , si reellement ceux des terrains geologiques elaient idenliques avec les infusoires vivants ainsi que le presume M. Ehren- berg. A part ces animaux , il n'y a d'analogie enlre les deux populations qu'a I'epoque diluvienne; les especes humaliles les plus recenles ont de si grandes affinites avec les races actuelles, qu'elles leur paraissent identiques. II y a done eu succession dans I'apparition des etres de I'ancien monde , puisque ces etres , loin d'etre semblables d'une formation a une autre, sont au contraire differents. et d'autant plus (lu'ils sont separes par un intervalle plus ( 96 ) considerable . Celts succession s'est-elle operee tin simple an compose ou en raison directe de la complication de I'or- ganisation , ou suivant tout autre loi ? c'esl ce que les fails nous ont appris. En considerant les anciennes generations dans leur en- semble , on reconnait qu'elles ont ete creees en vue d'un perfectionnement ulterieur, dont Thomme a ete le terme et la fin. Ce perfectionnement a ete des plus lents a se pro- duire avant d'arriver jusqu'a I'etre le plus parfait qui est aussi le dernier de la creation. 11 n'a jamais cu lieu dans les cspcces elles-memes , restees conslammcnt fixes et immua- bles, mais uniquement dans les genres, les families, les ordres et les classes. Le progres des anciennes generations s'est fait de deux manieres , soil du simple au compose ou en raison directe de la complication de I'organisalion , soil par Taugmenta- tion en nombre des genres et des especes. jusqu'a ce qu'elles aient acquis celte variele presque infinie qui caracterise k un degre si eminent Tepoque a laquelle nous appartenons. Le perfectionnement le plus marque des anciennes crea- tions s'est effectue dans les classes. Parmi les six du regne vegetal, quatre seulement ont paru lors de la premiere periode. Ces classes sont pour I'embranchement le plus simple , ou les cryplogames , les agamcs et les cetheoga- mes, et pour le plus complique , les phanerogames , les mo- nocolyledones et les gymuospermes. La seconde periode n'en a eu egalement que quatre dans son principe ; elle en a acquis une cinquieme vers sa partie moyenne , les amphigames ; enfin , vers la fm de cette pe- riode , lors des terrains cretaces moyens et superieurs , la classe la plus compliquee du regne vegetal , les dicotyle- doncs , est apparue et a complete la llore de cette periode , Seulement la proportion des dicotyledones a ete iuferieure a ( 97 ) celle que ces vegetaux out acquise lors de la troisi^mc epo- que , et surtout a leiir nombre actuel. Les especes de la seconde periode , comme celle de la premiere , difTerent plus des plantes de notre epoque que de cellos de la plus recentc periode geologiqiie. Les dernieres finissent pourtonipar lenr devenir analogues et memo iden- tiques. Aiusi , sous ces differcnts points de vue , il y a eu evidemment progres non-seulement dans les classes vege- tales, mais encore dans les genres et les espeees. Celles-ci sent devenues semblables aux races vivantes , a mesure qu'elles se rapprocbaient des temps bistoriques. La troisieme periode a eu , a toules ses epoques , la to- talite des classes qui composent notre vegelalion. Seule- ment , la proportion des dicotyledones a sensiblement aug- mente , et a fini par avoir avec les autres classes des rap- ports a peu pres egaux a ceux de la vegetation de I'cpoque bislorique. Les progres que les dicotyledones ont fails pen- dant la troisieme periode , ont ete manifestes lors du de- pot des terrains d'eau douce moyens , et des terrains qua- ternaires. Ces vegetaux , les plus avances de la creation , devaient presenter de tres-grands arbres, a en juger par les dimensions de leurs feuilles. La classe vegetale la plus per- fectionnee s'est continuee depuis lors jusqu'aux temps bis- toriques oii elle a pris una predominance marquee sur les plantes des autres classes. La vegetation de la population de I'ancien monde est cir- conscrite dans trois grandes periodes, ainsi que nous I'avons fait observer. La classe la plus simple de la vegetation de la premiere periode on les Agames , n'olTre qu'un ou deux genres au lieu du grand nombre que prescnte la florc de nos jours ; ce qui pent faire juger du progres qu'elle aurait eu a faire , si les deux vegetations avaient ete jamais comparables. La ( 98 ) seconde de ces classes , ou les oetheogames , a ete composee pendant celte periode de quatre families : des eqiiisetacees. des fongeres, des marsileacees et des lycopodiacees. La premiere a ete bornee a deux genres et la seconde a tronte-trois ou trente-qnatre , en confondant dans le meme type generique les Sigillaria et Sligmaria qui ne sontqu'une meme espece et qui appartiennent peut-e(re plulot aux coniferes qu'aux equisetacees ou aux fougeres. La troisieme ou les marsileacees , n'a qu'un seul genre , tandis que les lycopodiacees en ont jusqu'a sept ou liuit. La plupart de ceux de ces families sont perdus; ceci s'appliqne surtout aux especes , dont aucune n'a de; representant dans la na- ture et bien peu dans les autres periodes. Sans doute, ces vcgetaux ainsi que les phanerogames qui composent le restanl de la vegetation de celte periode, sont aussi compliques que leurs analogues actucls ; mais ils com- posaient la panic essentielle des plantes de cetle periode , avec quelques monocolyledoncs et un pelit nombre de gym- nospcrmes de la famille des coniferes. Des-lors il n'est pas etonnant que les plantes de la premiere periode presenlent a une epoque aussi reculee une pareille complication. Si cette vegetation avait atteint le perfeclionnement qu'olle aurait pu presenter, elle aurait acquis des types ge- neriques et specifiques plus en barmonie avec les formes de nos especes. C'est a ce progres qu'ellc a tendu conslam- ment, sans jamais arriver a celiii que les plantes de ces di- verses families ont obtenu de nos jours. II restait encore a cette vegetation un perfeclionnement a atteindre pour le nombre des genres el des especes en rapport avec la noire ; mais ceux de la derniere periode sont resles au-dessous de la varielc des types generiques et specifiques qui lleurissenl mainlenant , qiioique conside- res en eux-memes , ;ils etaient tres-developpes et meme f 99 ) assez perfectionnes a I'epoquc ou ils onl vecii. Seulemcnt pliisieurs vegetaux de cetle periode , observes avec beau- coup de soin , ont paru so rapporler a des organisations plus avancecs que cellcs auxquelles on les avail rallachees lors de leurs decouverte. Ainsi les Siglllaria et les Stigma- ria consideres comme des equisetacees , ont ete reconnus appartenir aux phanerogames gymnospermes de I'ordre des conifercs , et suivant d'autres aux cycadees. De meme , un genre , les Nceggerathia , examine avec une attention scrupuleuse , n'a plus ete envisage ni comme une fougere, ni comme un palmier; mais comme une cyca- dee. Si I'observalion de M. Gceppert se confirmait , la premiere periode aurait ete caracterisee par cinq classes an lieu des quatre que nous avons admises. Mais I'cxistence des cham- pignons , et leur conservation depuis une epoque aussi re- culce est un Hiit si extraordinaire , que Ton pent se former quelqucs doiites sur sa realite. La classe des amphigames, a laquelle appartiennent les champignons, n'a pas acquis un grand developpement pen- dant les epoques geologiques. Aussi n'a-t-elle jamais ete en progres ; les piantes qui la composent ont ete souvent inter- rompuos et manquentdans un grand nombre de formations. Si les cliarbons des terrains liouillers ont ete formes par les hois des coniferes et non par les cclheogames des fa- milies des equisetacees et des fougeres , la vegetation de la premiere periode aurait ete plus avancee qu'on no I'avait admis, les coniferes ayant ossentiellement predomine sur les autres vegetaux de celte periode. La seconde periode comprend un plus grand nombre de depots , et a petit-e(re embrasse un plus long espace de temps; die a ele cmbcllio par les six classes qui composent noire vegetation. Toutefois, la plus perfectionnee ou les di- ( 100 ) colyledones n'a paru que vers la fin de cctlc periode des ler- rains cretaces. Dc meme], les ampliigames , la seconde classe des cryptogames sous le rapport de la complication de son organisation , n'a paru qu'a I'epoque du lias ct ne conipre- nait que les deux families des lichens et des champignons. Ces families de cryptogames n'ont pris xin certain deve- loppemenl qu'^ I'epoque des terrains d'eau douce moyens. Avant cette epoque , la terre n'avait jamais ete tapissee de mousses , pas plus que les eaux des premiers ages n'avaient ete peuplees de characees. Les graminees elles-memes , au- jourd'hui si repandnes , comme toutcs les plantes utiles , n'avaient point emhelli la surface du glohe avant le depot du lias. Ces deux families n'ont jamais acquis a aucune epoque de cette periode une predominance sur les autres tribus. II n'en a pas ^te tout-a-fait ainsi des cycadees; celles-ci ont compose la plus grande partie de la vegetation de certaines formations de cette periode , et par exemple celle du cal- caire conchylien. Cette famille nombreuse et variee a tous les etages du trias, eprouve une grande interruption a partir des terrains cretaces inferieurs, et ne reparalt plus qu'ci I'e- poque historique. Le progres le plus marque de cette vegetation a ete I'ap- parition des dicotyledones ; ces plantes ont offert une dixaine de families , parrai lesquelles se trouvnienl les graminees. L'epoque cretacee , caracterisee par la presence des dicoty- ledones , n'a pas cependant ete embellie par les amphigamea, quoique ces vegetaux eussent deja paru. Cette ancienne vegetation avait bien des progres a faire pour atteindre celle des temps actuels ; aussi a-t-elle ete surpassee sous ce point de vue , par la flore de la troisieme periode. Cette flore s'est naontree plus en rapport avec les ( 101 ) plajites qui coiivrent maintenant la surface du globe ; et ce n'a pas ete le nioindre de ses progres. La Iroisieme ct derniere periode geologiqiie a etc mar- quee par un progres sensible dans toutes les classes v6ge- tales. Les dico(yledones ont acquis pour lors, relativemcnt aux autres classes , des proporlions analogues a celles qui caracterisent les vegelaux acUicls. Pour la premiere fois, ces plantes ont ete en exces sur les autres plantes , meme rela- tivement aux phanerogames qui dominaient alors sur les cryptogames ainsi que cela a eu lieu dans la flore actuelle. Ces rapports sont devenus surtout scnsibles aux epoques miocene et pliocene. S'ils sont moins evidents lors des terrains tertiaires ma- rins superieurs qui appartiennent cependant a I'etage le plus recent de la derniere epoque , c'est que ceux-ci depo- ses dans le bassin de I'ancienne mer , ne renferraent qu'nn petit nombre de debris de plantes terrestres. lis deviennent nianifestes un peu plus tard , a I'epoque quaternaire , dont les depols appartiennent aux eaux donees. La vegetation de la troisieme periode a beaucoup plus d'analogie avec la flore actuelle que celles qui I'ont prece- dee. 11 ne lui a manque, pour rivaliser avec elle, que le nom- bre et la variete des especes. Du resle , les diverses flores de I'ancien monde , meme les plus recentes , ont ete sous ce rapport tres au-dessous de la flore de nos jours. Aussi on pent evaluer au plus a 1800 especes, le nombre des plan- tes fossiles qui nous sont connues , tandis que les vegetaux de notre monde s'elevent a environ 80,000 especes. II va meme bien au-dela et depasse cclui de 100,000 suivant toutes les probabilites. Ce nombre et la variete dans les formes specifiques est un veritable progres ; mais C2 progres, vers lequel ont tendu ( 102 ) les anciennes creations, n'a ete cependant atlcinl que depuis les temps liistoriques auxquels nous apparlenons. Les flores des diverses periodes geologiqiies ont presentc un fait assez remarqnablo , qui prouve que le perfeclionne- ment des anciennes generations n'a pas toujours porte sur les memes classes el ne s'est pas exerce d'une maniere uni- forme. Ainsi les plantes terrestres ont ete abondantes aux deux epoques les plus opposees de I'liistoires des flores des temps geologiqiies et de I'epoque actuelle. Les premieres ont appartenu a J'embrancliement ie plus simple du regno vegetal , aux cryptogames , et leur developpcment date de I'apparition de la vie. Les secondes , au contraire , se rap- portent principalement aux vegetaux les pins compliques , aux dicotyledones , et en meme temps , a la periode geologi- que la plus recente. Ces faits rendent sensible le progres de I'enscmble du regne vegetal et le developpcment de la flore de I'ancien monde , a mesure qu'elie sc succedait. En elTet, I'ancienne vegetation est arrivee par degres a etre composee des me- mes classes qui embellissent et animent maintenant la sur- face du globe ; elle a presente en meme temps ces difleren- tes classes avec des proportions a peu pres semblables a celles des vegetaux actuels. La floro des derniers temps geologiqiies est en petit ce qu'est la flore de notre epoqiie. La difference qui existe entr'elles , tient au nombre et a la varicle des plantes vivantes, compare a celui des especes de la troisieme periode. Comme un pareil parallele ne pent pas s'etablir enlre notre vegetation et celle de la premiere periode , il y a eu progres depuis cette periode jiisqu'ii celle qui a precede les temps liistoriques. De pareils progres et de plus manifestes encore ont eu lieu dans le regne animal. La vegetation de Tancien monde a done commence par ( 103 ) I'ordre le plus complique de la classe la phis simple : cet ordre , represente par les cryptogames semi-vasciilaires ou les oelheogames , y esl arrive avec tons ses perfeclionne- ments. Les dicotylcdones , la cla?se la plus avancee du regne vegetal , out vu bien des flores se succeder sans apparaiire sur la scene de la vie ; ce n'a ele que vers la fin des temps geologiques que ces planles sont venues completer la vege- tation et animer de leurs formes elegantes et varices une nature jusqu'alors imparfaite. Elles n'ont cependant pris leur essor et n'ont acquis des proportions numeriques supe- rieures aux aulres classes que lors de la venue de I'liomme, cause et terme de tons les progres qui ont eu lieu ici-bas. Le progres dans I'organisation est plus manifeste chez les animaux que chez les vegetaux. En effet , les tissus peu ho- mogenes des premiers , leurs formes plus varices en raison de la diversite du but qu'ils ont a remplir, les relations des OS entr'eiix , relations necessaires puisqu'elles sont fondees sur un plan unique , n'ont pu que rendre plus evideiits tons les genres de progres qui ont pu s'y produire, snrtout en comparaison d'etres essentiellement passifs et immobiles comme les vegetaux. Par des raisons du meme genre, les perfectionnements ont ete plus prononces chez les especes animales les plus avancees en organisation que chez celles qui le sont le moins. Ainsi les cephalopodes, Ics plus compliques des mollusques , ont paru tout d'abord et des les premiers ages avec une or- ganisation aussi compliquee que les especes qui onl persisle jusqu'a nos jours. Us n'ont eu a atlendre du temps qu'une phis grande variele; c'est le seul perfeclionnement qu'ils aient eprouve depuis leur apparition jusqu'a I'epoque liis- torique , ou leur nombre s'est considerablement accru. Toutefois, phisieurs genres de celte faniille a cloisons sim- ples , ne se representent plus apres la periode primaire, II ( 104 ) en est tie raeme d'lin grand nombrc de l)rachiopodes que Ton ne revoit phis dans la scric geologique , ou dont il n'existe que des especes'rares et isolees. La premiere periode animale est caracterisee par la pre- sence de cerlaines families dont la duree a ete extremement diflerente. La plus remarqiiable des crustaces , celle des tri- lobiles , a commence avec rapparilion de la vie et ne s'est pas perpetuee au-dela des terrains liouillers. L'aulre, ou celle des crinoides , I'une des families des echinodermes , s'est fait reraarquer a I'epoque primaire par un grand nom- bre de formes generiques et speciliques particulieres. Ces formes ont ete remplacees plus tard par peu de genres diffe- rents ; un seul existe dans la naturelle actuelle , oti il est compose au plus de deux ou trois especes. Les trilobites n'ont pu progresser depuis leur apparition, puisqne leur duree a ete des plus courtes. II en a ete a peu pres de meme des ecbinodermes dont la faune s'est singu- lierement appauvrie vers la fin des depots houillers. On en decouvre a la verite dans la partie inferieure des terrains secondaires , niais avec des formes speciQques moins diver- ses et des genres moins varies. II en existe enfm quelques vestiges dans les depots crelaces, mais a peine en voit-on des traces a I'epoque tertiaire et senlement une ou deux es- peces a I'epoque actuelle. Malgre le long espace de temps ecoule depuis la periode primaire jusqu'a I'epoque bistorique , bien des types gene- riques ont constamment persiste depuis lors ; le seul progres qu'ils aient eprouve dans ce long intervalle s'est borne au nombre des especes qui en ont fait partie. Les zoophytes et les mollusques sont pcut-etre les classes qui renferment le plus de genres communs aux deux grandes periodes. Parmi ccux des zoophytes , nous citerons specialement les Eschara , les Fluslra , les Cellepora , les Cyllaria , ( 105 ) Discopora , les Inlricaria . les Relepora, les Ceriopora, les Clirysopora , les Fungia , les Turbinolia , les Pelraia , les ^/ci/o?i , les 4s/rea, les Porites, les Monticularia, les Heterojwra , les Catenlpora. les MiUepora et uiie foule d'autres; niais aiicune tie leurs especes n'est semblable a celles qui vivent encore , ce qui prouve combien ie type specilique est flxe et imiiiuable. Les genres ties moUusques comrauns aus deux grandes periodes sont egalement nombreux ; parmi les acephales , les Terebralula , les Pecten , les Trigonia , les Cardita , les Isocardia , les Cijpricardia , les Ungulina , les Orbicula, les Ostrea, les Lingula . les Nucuta , les Crania, les /7m- miles , les Modiola, les Chama, les Tellina et pkisieurs autres. Les mollusques cephales out egalement presente des I'ap- parilion de la vie plusieurs genres identitjues dans les deux periodes. Telles sont les Patella, les Pileopsis . les Mela- nopxis , les Melania , les Nalica , les Nerila , les Solarium, les Delphinitla , les Trochus , les Turrilella . les Tcrebra , les Pleurotoma . les Murex , les Buccinum . {^sCerilhium, les Pyramidella. Enfln on a signale, parmi les cephalopo- des , les genres NauUlus et Spirula qui ont joui du privilege d'exister des I'origine de la vie , et de prolonger leur exis- tence pendant les temps auxquels nous appartenons. Probablement , toules ces determinations generiques ne sont pas completement exactes ; mais ce qu'il importe de faire rcmarquer , c'est que rien de semblable ne s'observe chez les animaux vertebres de la premiere periotle dont au- cun des genres n'est parvenu jusqu'a nous. La raison de cette difference tient au progres plus grand qui a ete le par- tage de cet embrancbement. Les poissons , les tloiiiinateurs de cette periode , ont tenu lieu de tonles les classes des vertebres ; aussi I'un de Icurs ordres principaux a-t-il parti- ( 106 ) cipe des caracleres des reptiles qu'ils etaient charges de reinplacer. Du reste , on ne decouvre a celte epoque qu'un seul reptile de I'ordre des sauriens. II s'est eleve., siir sa determination , des doutes assez graves pour ne I'admettre qu'avec reserve. line remarque non moins ciirieuse proiive a quel point les especes animales de I'ordre le plus eleve ont tendu vers un perfectionnement graduel. Les premiers poissons ont appartenu seulement a deux ordres , tandis que ceux de la periode cretacee el de la population actuelle sontau nombre de quatre. Parmi ceux de la premiere periode, les sauroi- des ont tenu un rang distingue, lis avaient de grandes ana- logies avec I'une des principales families des reptiles, les sauriens. Les poissons sauroides que Ton decouvre dans toutes les formations secondaires , et qui avaient domine dans les depots anterieurs a la craie , manqucnt complete- ment aux terrains tertiaires. Ces poissons ont ete rayes du nombre des vivants pendant un long espace de temps , pour n'etre plus representes dans le monde acluel que d'une maniere incomplete par les genres Lepisostee et les Polyp- teres. Les sauriens , dont la conformation avail de nombreux rapports avec celle des poissons , ont pu perdre plus facile- raent que les autres reptiles , les formes des diverses clas" ses des vertebres. lis en ont en effet les caracteres , et ont paru les premiers parmi les reptiles. 11 devait , ce semble , en etre ainsi , puisque , par la marclie du progres en raison directe de la complication de I'organisation , les oiseaux el les mammiferes les plus perfectionnes ont apparu fort lard el ont precede de pen la venue de rhomnie en vue duquel ils avaient ete crees. Du reste , les poissons des premiers ages , n'avaienl pas une structure symetrique coniine ceux des epoques subse- ( 107 ) quentes. A peu pres lous heterocerques , leiirs mouvements n'etaicnt pas completemenl libres , et leur progression etait generalement vacillante et enibarrassee, par suite cle I'imper- fection de leur organisation. Celtc disposition a queue non symetrique , ne s'est conscrvee d'une maniere constante que cliez les sqnales , les seuls poissons heterocerques de I'epoque acluelle. Les vrais squalcs n'ont paru qu'assez tard sur la scene du monde, et ce qui prouve le progres vers le- quel les poissons ont tendu , c'est qu'a part des squalides , il n'existait deja plus qu'une seule espece a queue hetero- cerque parmi les races nornbreuses de I'epoque jurassique. La seconde periode , plus avancee que la premiere , a ete caracterisee par des reptiles aussi etranges que gigantcs- ques. Cette periode est cellc des reptiles , comme la pre- miere des poissons et la plus recente des niammiferes mo- nodelphes. EUe a deja offert un grand degre de complica- tion , puisqu'elle a vu arriver sur la scene de la vie pendant sa duree , les quatre classes de vertebres qui caraclerisent ceux de notre monde. Les poissons n'ont jamais ccsse d'exister pendant cette periode ; ils y ont ete accompagnes des le commencement par des reptiles. Peu a peu et vers I'epoque moyenne , ont paru d'abord des mammiferes didelpbes , et enfln . un peu plus tard, quelques oiseaux. Dans cette progression, I'an- cienne population a suivi une marclie ascendante , qu'elle a constammenl adoptee dans I'apparition des vertebres. Ainsi la classe des poissons a ete bornee , jusqu'aux ter- rains cretaces , aux deux seuls ordres des ganoules et des placoides. L'un et I'autre sont les moins avances en organi- sation , surtoul le dernier dont le squeletle est cartilagineux et le cervelet rudimentaire. Quoique les gano'ides aient des affinites avec les reptiles . ils se rapprochenl neanmoins des placoides par leur squclette tres-peu osseux. ( 108 ) Ces deux ordres , les plus imparfaits des poissons , ont seuls frequente les raers de la seconde periode jusqu'a I'e- poque cretacee ; mais alors ils ont ete accompagnes par les ctenoides et les cycloides , maintenant les plus nombreux. Les genres des ordres les plus anciens n'ont plus de re- presenlants dans la nature vivante , tandis qu'il n'en a ele ainsl que pour les trois-quarts environ des cycloides et des ctenoides. Du reste , le nombre des genres des poissons qui n'ont plus d'analogues parmi les elres actucls , est d'autant plus grand qu'on les decouvre dans des couches cretacees plus ancieunes. Les fails les plus reniarquables de ce renouvellement suc- cessif des classes ou des families des vertebres , en vue de la loi du progres , nous sent offerts par les sauroides.Cette famille a subi au nioins six renouvellements complets ou sept faunes successives ; aucune d'elles ne renferme cepen- dant les memes especes. Souvent les genres auxquels elles se rapportenl sont tres-differents , et dans leur renouvelle- ment les especes eprouvent presque toujours quelques per- fectionnements. Les reptiles fournissent egalement de pareils exemples, quoique sur une echelle moins etendue, puisqu'ils sont moins anciens que les poissons ; mais ils sont superieurs sous ce point de vue aux mammiferes didelphes , ou monodelphes , surtout relalivement aux derniers et meme par rapport aux oiseaux. Trois des ordres de celte classe ont anime la Iroisieme periode , les sauriens , les cheloniens et les batraciens. Les premiers ont paru des les depots permiens , tandis que ce n'est qu'avec le plus grand doule qu'on doit admettre la presence des cheloniens a celle epoque. Ces reptiles n'ont paru d'une maniere certaine que lors du depot du Irias et ( 109 ) k'S batraciens n'ont commence que dans la partie supe- rieiire de ccs terrains on les formations du keuper. Les sauriens sonl done les reptiles les plus anciens et ceux qui ont presente les formes les plus bizarres et les dimensions les plus considerables. Tandisque les uns avaient des caracteres communs aux animaux des autres classes de vertebres . les especes d'un seul genre parcouraient les airs avec aulant de facilite que les Cbauve-Souris. Celte faculle n'est le parlage d'aucun reptile vivant; aussi lorsque ces Pterodactyles etaient le plus nombreux , il n'existait pas d'oiseaux , ou du moins il n'y en avail qu'un petit nombre. Les reptiles ont pris leur plus grand developpement a I'epoque moyenne de la seconde periode. lis ont meme ac- quis alors des dimensions que les especes vivantes n'ont jamais egalees , uiais aussi la plupart de ces grands reptiles , dont les formes ne paraissenl pas avoir ete faites pour du- rer, ont peu persiste. Ainsi, pour n'en citer qu'un exemple, tandis que les Iguanodons des temps geologiques avaient jusqu'a 21 ou 22 metres, les Iguanes actuels atteignent au plus 10 ci H metres. Ces animaux ont egalement eprouve un progres pendant cette periode ; ainsi vers sa fin ou a I'epoque cretacee, leurs types gcneriques ont pris des formes plus rapprocliees de nos genres et de nos especes. Ces affinites paraissent de plus en plus sensibles , a mesure que Ton s'eleve vers les couches cretacees les plus rccentes. Elles le deviennent encore plus des la troisieme periode , ce qui annonce que le progres des anciennes creations a ete non-seulement successif, mais continu. II a fallu . d'apres les desseins de la nature, que la complication de I'organisalion des especes vivantes fut le resultat d'un grand nombre de changements et de modifica- tions dans les elres qui devaient les preceder. La seconde periode a vu un autre progres s'operer pen- 9 ( no ) danl sa duree , et cela , dans I'ordre des vertebres : c'est I'apparilion des oiseaux. Pour la premiere fois , ces animaux ont anime une nature jusqu'alors muette et silencieuse. Leur presence sur la ferre date du depot des terrains weal- diens , vers la fin de I'epoque moyenne de cetle periode. Un autre perfectionnement a en lieu plus tard; il a an- nonce celui qui se produirait dans le nombrc et la variete de ces infiniment petils si muUiplies dans la nature. Les infusoires ont anime de leurs innombrables tribus, I'epoque cretacee , dont ils ont forme malgre leur excessive pelitesse, une partie des depots. La troisieme periode , la plus rapprochee des temps bis- toriques , a ete aussi la plus remarquable sous le rapport du progres qui s'est produit dans les animaux dont elle a ete dotee. Le principal de ces perfeclionnemenls a eu lieu cbez les vertebres qui ont vu pour la premiere fois les mam- miferes monodelpbes apparaitre, ainsi que les opbidiens , dont la nature avait ete si longtemps privee. Les invertebres ont refu egalement lors de celte periode un grand nombre de mollusques des terres secbes et des eaux douces, qui n'avaient paru jusqu'alors qu'en tres-petit nombre et d'une maniere incertaine. II en a ete de meme des insectes, dont la variele a ete tres-grande a I'epoque moyenne et snperieure de I'epoque tertiaire. D'autres perfeclionnemenls se font egalement remarquer pendant celle periode; ainsi, les cbeloniens y sonl devenus de plus en plus nombreux , ils ont presenle pour la pre- miere fois des tortues terrestres dont les dimensions ega- laient celles des hides. D'un autre cole , les sauriens et les batraciens ont offert des caracleres analogues aux especes actuelles. Aussi , apparliennent-ils pour la pliipart aux memos genres, quoiqu'il soil loin d'en etre ainsi des espe- ces. Les crocodiliens fossiles ont, en eflet, les plus grandes f 111 ) affinites avec les crocodiles qui peuplent nos fleuves et nos rivieres , du moins sous les rapports generiques. Le principal progres de la Iroisieme periode a ete non- seulement dans I'apparition des raammiferes monodelphes . mais surtout dans celle de la famille la plus compliquee de cette classe. II n'est pas moins renaarquable de voir les quadrumanes commencer avec celte periode et se represen- ter a I'epoque moyenne et superieure ainsi que dans les depots meubles du diluvium qui appartiennent aux terrains qualernaires. Des pacliydermes dont les especes vivaient pour la plupart dans les lieux a demi inondes , des rongeurs , des carnas- siers . des mammiferes marins et marsupiaux ont accompa- gne ces quadrumanes , avec queiques cheiropteres , sans completer pourlant la faune des mammiferes de I'epoque tertiaire. Cette faune n'a re^u son entier complement qu'aux epoques miocene et pliocene des terrains tertiaires , oii les edentes et les ruminants ont apparu pour la premiere fois. Ces deux families n'ont pris leur entier developpement qu'a I'epoque quaternaire , tandis que les cheiropteres I'a- vaient deja acquis anlerieurement lors du depot des terrains moyens et superieurs. Ce fait annonce qu'il y a eu un per- fectionnement progressif dans la faune des mammiferes, de Tepoque terliaire a I'epoque quaternaire. Cette derniere lie les anciennes generations aux genera- tions nouvelles. EUe reunit du moins des especes si sem- blables aux notres , que Ton ne saurait les en dislinguer par aucun caractere precis ; cette meme condition se representc aussi bien clicz les mammiferes que chez toule autre classe. Ceci ne fail pas cependant que I'epoque quaternaire n'offre des genres perdus et a plus forte raison des especes delrui- tes. Ces races . qui ne paraisscnt pas avoir de representants dans la nature , sont cependant dans les memes depots , sans ( H2 ) que Ton puisse Irouver dans la maniere dont ils s'y rencon- trent, aucune circonstance qui puisse faire induire que les uns et les autres ne sont pas de la mSme date. La faune de I'epoquc quaternaire presenle, lors des depots diluvieiis , quelques faits qui indiquent de quelle maniere le progres a eu lieu clicz les aniniaux qui en font pailie. Ainsi, celle de I'Amerique meridionale , la mieux eonnue, est composee par un grand nonibre d'edentes , dont plu- sieurs se font remarqner par leurs dimensions colossales , enfin par certains pacliydermes de la plus liaule stature. Quoique la plnpart des genres de ces deux families soient perdus , plusieurs onl cependant des represenlants dans notre monde , tels sont les Danjpiis . les Onjcleropus . et pour la seconde famille \esEleplias. les Sus , les Tapirus et les Eqiius. Ce qui est non moins digne d'attenlion , cer- tains d'entr'cux n'habitent plus le Nouveau-Monde. et sont propres maintenant a I'ancien continent ; tels sont les Ele- phants et les Clievaux , et panni les carnassiers , les Hyenes. Cette faune , consideree dans son ensemble , a I'aspect americain , mais sa pbysionomie generale a beaucoup plus de rapports avec celle de la contree ou sont ensevelis ses debris qu'avec tout autre region. II en est de meme de cette population qui a caracterise I'Asie a I'epoque diluvienne, malgre la difference de plusieurs des genres qui s'y Irouvent avec ceux des races acluelles . tels par exe:nple que le Siva- therium et les tortues giganlesques nommees Megalochehjs ou Colossochelijs. La Nouvelle-IIollande est la portion du monde ou la population de I'epoque diluvienne est le plus semblable a celle qui anime encore cette contree. La plupart des genres ensevelis dans le diluvium des cavernes de ce continent se rapportent a ceux qui y existent maintenant; ils appartien- nent par consequent a pen pres tous aux marsupiaux. 11 n'y a (113) d'exceplion h cet 6gard que pour le genre des Civettes , qui se trouve uniquement aujourd'hui dans I'ancien continent. Ce fail est tellement general pour celte contree , que le genre nouveau que Ton vient d'y decouvrir et gissant comme les aulres dans les cavernes , parail intermediaire entre les padiydermes et les kanguroos , ou du nioins devoir ratta- cher I'une de ces families a I'aulre. L'epoque qiiaternaire offre en general peu d'oiseaux , de reptiles et de poissons; cette derniere classe a ete si pauvre en especes que Ton n'en connait a present qu'une seule de determinee. Ainsi. les populations qui ont peri pendant le depot des terrains qualernaires, annoncent que la loi de la localisation reglait alors la distribution des formes animales . et que le progres a eu lieu pour chacune d'elles , d'apres cette loi etablie. II y a done eu perfectionnement successif dans les ancien- nes creations vegelales et animales. II n'a ele cependant sensible que chez les classes , les ordres et les families su- perioures ou les plus avaucees en organisation. II a ele plus maniTesle cliez les animnux que chez les vegelaux , par suite de ce que les parlies qui les cnmposent, sont liees les unes aux aulres par des rapports reciproques plus inlimes et Ton pourrait presque dire plus necessaires. Les crypiogames , comme les invertebres et un petit nom- bre de dicotyledons et de vertebrcs , font seuls exception a ces lois gi'iieralcs ; malgre ces exceptions , lorsqu'on consi- dere I'eusemble des deux embranclienienls donl les cou- ches terrestrcs nous ont conserve les restes, on reconnait que les especes df I'ancien luonde ont marcbe du simple au compose et quVllfs ont conslammont tcndu vers une orgnuisation plus compliqnee , donl le summum n'a ele alteint que par les especes actuelles. Marcel de Serres. ( 114 ) YIII. Notice sur les Benoncules batraclennes » ohserv6es dans le departement de la Dordogne ; par M. I'ahU Revel , correspondanl. II est des naturalistes qui , n'ayant qu'un temps fort res- treint a consacrer a I'etude de la nature , se plaisent a din- ger leurs investigations siir quelques points speciaux. En agissanl de la sorte , ils rendent des services inconstestables , et la science retire souvent un plus grand avantage de leurs modestes opuscules que de beaucoup de travaux de longue haleine. Certains botanisles de nos jours I'ont bien compris. Aussi ils nous onl enrichis d'un nombre prodigieux de mono- graphies , de raemoires , de revues, de notes, qui sont venus Jeter une vive lumiere sur une grande quantite d'es- peces litigieuses ou inconnues. Tel s'est occupe de la vaste famille des composees , de maniere a posseder la connaissance de toutes les especes admises jusqu'a ce jour. Tel s'est attache a I'etude du genre Fumaria, et tel autre k celle du genre Cerastium. etc. Plusieurs se sont contentes d'essayer de debrouiller deux ou trois especes d'un merae genre. Je me trouve de ce nombre. Par une circonstance que je ferai connailre plus has, j'ai ete amene a faire un examen approfondi des especes appar- tenant a la section des Renoncules batraciennes. Dans cette section , on a confondu pendant longtemps plusieurs especes reeilement distinctes. Linne n'en admeltait que deux : le Ranunculus hedera- ecus et le R. aquaiilis : tons les autres individus devaient etre groupes autour de ces deux types. En 1 780, Schrank , le premier , dans sa Flore de Baviere, ( 115 ) separa des especes linneennes la forme remarqiiable a la- qiielle il donna le nom de R. divaricatus , que Siblhorp appela quelques annees apres , R. circinatus. Vers la meme epoque Lamarck elablit son R. fluitans; et Cliaix , dans rilistoire des plantes du Dauphine, publiee par Villars de 1786 a 1789, le R. trichopbrjllus , que Tbuillier nomma dans sa Flore des environs de Paris, niise au jour en 1798, jR. capillaceus. Le R. paucislamineus de Tausch parail de- voir elre rapporle a la raeme espece. De Candolle publia en 1808 , le R. iripartilus (Ic. pi. 11. Galliae. 2. p. 15), et kii rapporta quelques temps apres ( Syst. T. 1. p. 234 ) la plante appelee depuis par 3L Lloyd R. ololeucos ( Fl. de la Loire-Infer, p. 3. 1844 ). II est impossible d'adopter pour celte espece le nom de Petiveri . propose par M. Koch ( Syn. ed. 2. p. 13 ). Le celebre bolaniste d'Erlangen , dont le nionde savant deplore la perte recente , a confondu sous ce nom trois plantes dis- tinctes : le R. tripartilus p oblusiflorus DC. ( Syst. p. 234 ), le R. tripartilus Nolle , et une variele du R. aqtialilis. En 1837, M. le docleur F. Schullz qui a rendu de si grands services a la science par sa belle publication inti- lulee ; Flora Gall, et Germ, exsiccata , mit au jour dans le Bolanische Zeilung , le R. Lenormandi qu'il separa du R. hederaceus. Deptiis cette epoque , le meme auteur nous a donne une nouvelle espece qu'il a appelee R. Drouetii. En 1840 , M. le D."" Godron , un des auteurs de la nou- velle Flore de France . composa sur cette section une sa- vante monographic , a laquelle il donna le titre d'Essai sur les Renoncules a fruits rides transversalement. On y trouve trois nouvelles especes : deux exoliques , sous les noms de R. rigidus et R. longirostris , et une belle espece fran^aise qu'il a appelee R. Uaudolii. ( 116 ) Ce savant botanisle a rcconnu depuis, que le R. tripaitilus Nolle n'avait rien de commiin avec le it. tripardlus DC. : il lui a donne le noin de li. confmus ( Cat. raisonne du pla- teau central, par MM. Lecoq et Lamolhe , p. 49. 1848). Convient-il d'adopter pour les Renoncules a fruits rides transversalement le genre Batrachium propose par Wim- mer? La question est encore pendanle. Copendant qtielques savants se sent prononces pour raffirmation. Fries I'a adopte le premier. M. F. Schultz a declare , dans ses interessantes Archives de la Flore de France el d'Allemagne ( p. 70. 1844 ) , qu'il se rangcait ci I'a vis de I'iilustre botaniste de Lund. M. Ch. Des Moulins ne doute pas que leur exemple ne soit bientot generalement suivi { Acles de la Societe Linneenne de Bordeaux. 1849 ). Ce genre pourrait etre caracterise de la maniere suivante : Calice a 5 sepales , corolle le plus souvenl a 5 pdta- les , a onglet ordinairement jaune , muni a la base d'une fossetle de'pourvue d'4caille. Carpelles rides trans- versalement. Fleuvs blanches. Planles aquatiques. Je passe aux especes observees dans le departement de la Dordogne. 1. Ranunculus hederaceus Linn. ( Batrachium hedera- ceum Fries ). R. hederaceus Godron , Essai, etc., p. 10. f. c. — Koch. Syn. ed. 2. p. 12 et 1016. - Cosson et Germain. Flore de Paris, p. 9. ill. T. L f . 1 , 2. Tige rampante. Feuilles toutes uniformes , a 3 ou 5 lobes courts et enliers. Fleurs tres-peliles. Pelales depassanl a peine le calice. Carpelles rugueux , oblus , a bord siiperieur legeremenl flexueux , a bee insere bien au-dessus de I'ex- ( 117 ) lremit6 exterieure du grand diamelre. Receptacle glabra.— Avril ; Ete. Fosses humides on peu profonds. Pont-Roux . Toiitifaut , pres Bergerac. — Virolles , pres Menesterol , canton de Montpont. 2. R. TRiPARTiTus DC. [Balrachium tripartilutn F. Schultz, Archives , p. 70 ). R. triparlilus « micranlhus DC— Godron, Essai , p. 17. f. III. d.— Coss. et Germ. Fl. paris. p. 10. T. I. f. 7 et 8. — Boreau , Flore du Cent. 2 ed. p. 9. Tige nageante. Feuilles siibmergees capillaires-multifides; les floltanles parsemees de quelques polls en-dessons . a Irois lobes tres-profonds en coin , dentes ou ecbaiicres au sommct. Petales oblongs , depassant a peine le calice. Car- pelles riigueux, ovoides , arrondis, a bord siiperieur con- vexe , a bee court quelquefois peu apparent, insere au- dessus de Texlremite exterieure du grand diainetre. Recep- tacle bispide. Fleurs peliles. — Fosses. Marzat, pres Menesterol, canton de Montpont. — Gros- Jean , enlre Perbouyer et Beaupouyet , pres Mussidan ( M. Chastauet).— Foret de St-Felix, pres Lavernelle ( M. Osc. de Lavernelle ). 3. R. AQUATiLis Lin. Sp. L [Balrachium aquatile Wimmer). R. aquatilis a. Lin.— Godron, Essai, etc. f. V, a. c. Koch. Syn. ed. 2. p. 15. — Coss. et Germ. Fl. paris. T. IL f. 3.— Boreau. Fl. cent. ed. 2. p 10. Tige nageante. Feuilles submergees capillaires-mullifides; pcliolees , a laciniure.s divariquees; les floltanles renifurmes, lobces. Slipulcs lunguenjent adherenles au petiole , les su- pcrienres a oreiilettes assez larges. Pedoncules de longueur variable , depassant pen les feuilles , ou plus courts. Fleurs ( 118 ) grandes. Calice etale. Petales obovales , elargis , a onglet jaune , egalant environ trois fois la longueur des sepales. Carpelles rugueux , ordinairement parsemes de quelques polls . a Lord superieur convexe , portant k son extremite un bee le plus souvent fort court. Receptacle spherique poilu. Fosses. Avril , Juin. Gardonne , pres Bergerac. — Menesterol , canton de Montpont, etc. 4. R. TRiCHOPHYLLUS Cliaix. ( Batrachium trichophyllum ). R. trichopInjUus Godron et Gren. Fl. de France. T. I. p. 23.— Boreau, Fl. cent, 2 ed. p. 10. R. capillaceus Thuillier. R. paucislamineus Tausch.— Koch. Syn.ed. 2.p. 433. Batrachium paucistamineum F. Scliultz. Arch. 71. Tige rameuse , nageante. Feuilies toules submergees , peliolees , capillaires-multifides , a laciniures plus ou moins etalees. Stipules adherentes au petiole, h oreillettes peu sen- sibles dans les feuilles inferieures , tres-prononcees dans les superieures et formant souvent un angle plus aigu dans celles qui sont encore jeunes. Pedoncules courts , egalant h peu pres la longueur des feuilles. Petales etroits , obova- les. en coin, a onglet jaune , egalant deux fois environ la longueur des sepales etales , les uns et les autres caducs. Etamines peu nombreuses (12^15), depassant le capitule forme par les ovaires. Carpelles rugueux , hispides , sur- tout sur la carene , petits , h bee court , insere sur le pro- longement du bord superieur, qui est ordinairement droit ou un peu convexe. Receptacle poilu , spherique. Fleurs beaucoup plus petites que dans I'espece prccedente. — Mai, Juin , Aout. — Fosses , fontaines , etc. Lembras , pres Bergerac — Menesterol, canton de Mont- pont.— Cahors , fontaine des Chartreux. ( H9 ) 5. R. FLUiTANS Lamarck. { Batrachium fluitans Wimmcv). R. fluilans Godron , Essai , etc. p. 56. f. VIII. — Koch. Syn. ed. 2. p. 15. — Boreau , Fl.cent. p. 2. Tige nageante , de longueur variable , atteignant souvent plusieurs metres de longueur. — Feuilles toutes mulli- sequees , submergees, a lanieres fili formes tres-allongees , rapprocliecs , presque paralleles. Petioles assez courts. Sti- pules adherentes au petiole, depourvues d'oreilleltes dans les feuilles inferieures et munies d'oreilleltes assez larges dans les feuilles superieures. Pedoncules , aussi bien que les feuilles , de longueur variable. Petales ordinairement grands, largement obovales, a onglet jaune , egalant trois fois en- viron la longueur des sepales. Etamines ( 15 t» 20 ), les unes egalant a peu pres le capilule forme par les pistils , les autres plus courtes. Carpelles rugueux, glabres, comprimes, arrondis , a bord superieur un peu convexe et a bee court , insere bien au-dessus de I'extremite exterieure du grand diametre. Receptacle spherique , glabre. — Fleurs grandes. Juin , eaux courantes. Dans la Dordogne a Bergerac; dans I'lsle a Menesterol. La forme terrestre a lige courte , Ires-feuillee , a feuilles ordinairement divisees en trois lanieres allongees , lermi- nees par trois ou quatre lobes elargis lineaires, croit assez frequemmenl au bord de la Dordogne. M. Ch. Des Moulins m'en a donne un echantillon recolte au port de Lanquais. Je I'ai observee moi-meme au dessous de Bergerac, un peu au dessus de I'endroit oii on a construit , depuis lors, le barrage. Elle y etait tres-abondante ; un grand nombre d'in- dividus etaient en fleurs. Je I'ai observee aussi sur les bords de I'lsle pres du bassin de recluse dc Menesterol. Quelquefois les feuilles superieures devicnnent flottan- tes, et alors leurs lanieres se raccourcissent en s'elargissant. ( 120 ) Parmi les ^chantillons qui presentaient cetle derniere forme, j'en trouve un fort remarquable : il est muni de deux feiiil- Jes longuement petiolees , elargies et divisees en trois lobes peu profonds. Un peu au dessous , a un des noeuds , appa- raissent quclqiies radicelles a cote d'une feuille ordinaire. J'arrive maintenant a la circonstance qui m'a amene k faire ces etudes. Au printemps de I'annee 1849, je rencontrai dans un fosse non loin de Meneslerol , unebatracienne dont I'aspect extraordinaire me frappa. La forme de ses feuilles flottantes fixa surtout mon attention. Je ius tout etonne de leur remarquable beaute : clles rayonnaient h la surface de I'eau , decrivant iin cercle a peu pres complet. Le temps ne me permit pas de la soumetlre a un examen approfoudi ; je me conlentai d'en recolter quelques ecbantillous. Depuis lors , elle a reparn tous les ans , presentant cons- tamment les memes caracteres. Apres I'avoir miiroment examinee a pUisieurs reprises , j'ai acquis la conviction qu'elle elait inedite. Meneslerol n'est pas la seule localile ou elle croisse. M. Oscar de la Lavernelle , qui a bien voulu m'aider dans mes recberches et me preler le secours de son crayon , I'a trouvee dans les environs de Bordeaux. Elie existe dans I'herbier de M. Adolpbe de Barrau sous le nom de R. aqua- tilis. sans indication de localile. Elle aura sans doule ete observee ailleurs ; mais on I'aura toujours prise pour une variele du B. aqualilis. La forme de ses feuilles rayonnanles a la surface de I'eau m'a porle a hii donner le nom de radians. Je vais essayer de la decrire. 6. Ranunccll's radians; lialrachium ladians Nob. Caule fistuloso ramoso nalante. Foliis submersis pelio- ( 121 ) latis multifidis , laciniis capillaribm divergentibiis , flaccidis; fluilanlibus rotundalo-orbiculalis , profunde diviais , inferne pilosis . cum sejmentis radiantibns . primiiin dentalo-lobalis , deinde , planld celalem adullam adepid , lacinialis et tunc plerumqne peliolulalis. I'etiolis basi dilatatis , in vaginam membranaceam pilosam adiiarenlem plus minus auricutalam abeunlibus. Peduncuiis foliis brevioribus vel subcc(]ualibus. Calice palente. Fetalis obovalo-cunealis calice diiplo circiler longioribus , albis , ad unguem flavis. Staminibus sub-iS ovariorum capitulo longioribus. Carpellis numerosis trans- verse rugosis plus minus apice [inferne tanlum^ liirtis , late- raliter compressis, obovalis , cum carina inferiore valde convexd , superiore vera basin versics depressiusculd , versiis atttum roslellum convexd , rtigis ad depressionem conver- gentibus; rostello mediocri , crasso , oblique adscendente . paulo supra extremilalem externam diamelri longioris fruc- ills inserto. Receptaculo sphcerico dense setoso, ^ — Maio , Junio. In aquis stagnantibus. Fosses au Barbaroux, pres Menesterol (Dordogne). Envi- rons de Bordeaux , pres Merignac. Tige flstuleuse, rameiise, nageante. Feuilles submergees peliolees, multifides, a laciniiires capillaires divergentes moHes, les floltantes arrondies circidaires, profondement divisees, poilues en dessous, a segments rayonnanls, d'abord dentes-lobes , ensiiite, des que la plante est arrivee a I'elat aduUe , lacinies , et dans cet etat ordinaireinent petiolules. Petioles dilates a la base en une gaine membraneuse , adbe- rente , velue , plus ou moins auriculee. Pedoncules plus courts que les feuilles ou les egalant a peine. Calice etale. Petales obovales cuneiformes , egalant deux fois environ la longueur du calice , blancs a onglet jaune. Etamines ( 15 a 18), plus longues que le capitule forme par les ovaires. ( 122) Carpelles nombreux , rides transversalement, plus ou moins velus au sommet en dessous , laleralement comprimes , obovalcs , a carene inferieure Ires-convexe , la superieiire un pen deprimee vers la base et convexe dans la partie qui avoisine le style ; rides convergeant vers la depression. Bee mediocre . epais , obliquemenl insere un peu au-dessus de I'exlremite exterieure du grand diametre. Receplacle spberique , berisse de poils epais. (§) Mai , Juin. Eaux sta- gnantes. Lorsqu'on observe de pres la plants qui est deslinee a constituer I'espece nouvelle que je propose, on recounait aiscmenl qu'il est impossible de la confondre avec aucune de ses congeneres. EUe differe , 1 .« des R. hederaceus et Lenormandi par ses feuilles submergees capillaires-mulliQ- des; 2.° des R. trichopluj litis , Drouetii . divaricatus et jluilans, parses feuilles flottantes; 3.o des R. liaudoHi et confums. par son receptacle globuleux et ses pedoncules peu allonges; 4.° du R. tripariitns par ses fleurs grandes, a pelales egalant deux fois au moins la longueur des sepales ; 5.'^ du R. o/o/ewrospar ses pelales a onglel jaunc; 6.° enfin du R. aquatilis par ses fleurs plus pelilcs , a petales obova- les, peu elargis, cuneiformes, egalant deux fois environ la longueur des sepales , par ses carpelles a bord superieur legerement deprime vers la base et convexe dans la partie qui avoisine le style. La forme extraordinaire de ses feuilles flottantes decri- vant un cercle a peu pres complet et divise jusqu'a la cote en plusieurs lobes contigus et souvent pedicclles, i'eloignent singulierement de toutes les especes que je viens de nom- mer. La plante, a mesure qu'elle vieillit, perd de sa vigueur ; sa tele quilte la surface de I'eau el alors les feuilles superieures se developpent sous la forme des feuilles primi- tives et deviennent ainsi capillaires-multifides. ^ . Vt.\.!iH«^^«i^A\i. Ranunculus radians (l^ob. ( 123 ) XXPliICATZOIff DE I.A FX.A9TCHE. Fig. 1. — Ranunculus radians ^oh. a. — ■ Extri'mile d'unc tige. 6. — Carpelle vu de c6t6. c. — Carpelle vu de face. d.— Petales. e. — Fleur. f, g , h. i. — Feuilles di verses. j. — Feuilles subniergees. Fic. 2. — Servant i raontrer les diUerences qui existent entre notre plante et les deux batraeiennes les plus voisines. a. — Carpelle grossi du R. aqualilis Lin. ( D'aprfes M. Godron; veriQe siu" le \ivant ). b. — Carpelle grossi du R. divaricalus Schrank. ( D'aprfes des echanlillons communiques par M. Boreau ). c. — Feuille du R. aqualilis, forme pseudo-pellalus Godron. d. — Feuille du R. aqualilis , forme Iriparlilus Koch. ( Ces deux derniers dcssins, c et d, onl 6te empruutes k la Monographie de M. Godron , aprfes avoir ete verifies sur des 6chantillons de notre Lerbier ). Saint-Geniez d Oil ( Aveyron ) Aoiit 1853. J.h Revel, Pre Ire. IX. Note sur la Dlgiiale poiirpr<^e ( Digitalis pur- purea Lin. ) , plante nouvelle pour la Flore de la Gironde , trouvie d, Saint-Palais , canton de Saint- Ciers-la-Lalande , arrondisscment de Blaye , le 25 Juin 1853; par M. Aug. Petit-La fitte , trhorier. Nos operations agricoles nous ayant conduit a St-Ciers- la-Lande, le Samedi 25 Juin 1853, nous eumes occasion, des notre arrivee , de faire une promenade aux environs de 06 chef-lieu de canton, en compagnie de M. Froin , Maire et membrc du Conseil-General , el de M. David , Juge-de-Paix. ( 124 ) En nous avancant vers le Nord , afin de gagner qnelques liauleiirs d'tiu Ton pent apercevoir le mngiiilique dcvelop- pemcnt des marais de Saiiil-Simon el de la Giroiide , nous enlrames dans la commune de Sainl-Palais , qui depend du caulon de Sainl-Ciers , mais qui tonche le depaitement de la Charenlft-Inferieure. En ce moment , M Froin , qui est en outre docteur en medecine , eut occasion de nous parler de botanique et de nous dire qu'on avail eu tort d'avancer que la Digitale pourpree ne croissail pas spontanemeut dans le deparlemeut de la Gironde, ajoutanl que celte piante etait au contraire cxtremement abondanle dans la commune ou nous nous trouvions, Invile par nous a nous conduire sur les lieux parliculie- rement affeclionnes par celle phanerogame , bienlot nous nous trouvames au milieu d'un taillis de chenes qu'empour- praient, sur loute sa surface, des millicrs de pieds de Digi- tale. Nous aurions pu en cueillir la charge d'un tombereau : nous nous contenta.nes d'en choisir quelques beaux echan- tillons que nous parlageames avec nos affeclionnes Directeur et President et avec quelques aulres coUegues. Le taillis dont il s'agit est la propriete de M. D'Arliguies, Maire de Saint-Palais. La nature du sol qu'il occupe est du genre de celles que les agronomes qualiflent de siliceo- argileuses. Toute la contree d'ailleurs se rallache a ce type , ainsi que I'indique le nom de La Lande joint a celui du chef-lieu de canton. Nous devons ajouter que les deux personnes honorables qui nous accompagnaient , nous assurerent que la Digitale pourpree se renconlrait sur bien d'autres points encore, taut de la commune de Sainl-Palais que de celle de Saint- Ciers. Aug. Petit-Lafitte. ( 125 ) X. Description d'tine nouvelle espece de coquille ap- parlrnant an getirc Cyrene > pat' t<' J^-'^ r.ouis Poytevin-Dksmartis pere , titiilairc. Les coquilles sont des produils naturels tcllcment remai*- quablcs , qu'elles out toujours flxe rattention des natura- listes ; mais on s'est borne pendant bien longlemps a n'en considerer que la forme et la couleur, et elles ont ete plulot \in objet de curiosile qne d'etude reelle. Ce n'ost qu'assez tard qu'on a pense que I'aniraal qui les produisait etait bien plus important a connaitre que son enveloppe ; et de la , une branche nouvelle d'histoire naturelle pour laquelle il a fallu creer un mot nouveau , la Malacologie. L'etude des Mollusques a done remplace celle des coquil- les , et il est devenu indispensable de connaitre les animaux pour les classer convenablement. La science s'est ainsi elen- due , et la Zoologie a vu s'agrandir le cercle de ses recher- ches et de ses observations. Toutefois , il reste beaucoup a (aire encore sous ce rap- port, car si nous pouvons etudier les Mollusques qui habi- tent nos climats , si nous les avons sous la main , s'il nous est facile de les soumeltre a nos dissections et a noire exa- men , il n'en est pas de meme de ceux qui habitent des contrees eloignees ou Ton n'aborde que rarement. Les naturalisles voyageurs peuvent sculs servir la science sous ce point de vue. lis voient, en cfl'et , les animaux vivants et ils peuvent en observer I'organisation , les habitudes et les developpements dans les lieux ou la nature les a etablis , et nous voyons avec plaisir que la France a sur les autres na- tions dans ce genre d'etude des avantages incontestables , car les travaux des Quoy , des Guaimard , des d'Orbigny , f 126 ) des Rang , et tie tanl d'autres inalacologistes , nous ont places en premiere ligne. Toulefois , les voyngeiirs sont loin d'avoir tout vu , et il rcstera longtemps encore des lacunes dans cette branclie de I'histoire naturelle , sans compter les contradictions que Ton rencontre parfois entre les observations sur un meme animal , faites par des auleurs difl'erents. D'un autre cote , lorsqu'il nous arrive quelques-unes de ces coquilles equivoques dont les caracteres ne sont pas bien tranches comment , pourrons-nous les classer cenvenable- ment sans le secours des animaux que nous ne connaissons nullement ? Ce cas s'est presente et se presentera encore bien sou- vent : on aura beau comparer avec ce qu'on connait , il y aura toujours des doutes que I'examen des Mollusques vivants pourrait seul dissiper. Faut-il s'arreter pour cela , et ne pas decrire une coquille que Ton croit etre nouvelle ? Je suis loin de le penser , et c'est ce qui m'a porte a ecrire quelques mots sur une bivalve qui ne ressemble a rien de ce que j'ai vu jusqu'ici. Elle vient des rivieres de I'Anierique cenirale , et elle me fut apportee par un capitaine de mes amis , a qui je suis redevable de plusieurs autres objets precieux qui figurent dans ma collection. Voici quels en sont les caracteres : Coquille . cqnivalve , inequilaterale , ovale . ventrue . arrondie en avanl , pointue et comme roslree en arriere. Lunule non marquee, corselet legerement dcprime , sur~ rnonte de chaque, c6ti d'ttne carene qui pari du bord du cro- chet et va se terminer a la poinle postcrieure ; crochets bien marques et faiblement inclines en avant. Charniere a trois dents cardinales sur chaque valve , dont les deux de chaque ( 127 ) cote sont decurrenles an sommet ; deux dents lateralex et pointttex et elargies avec una foasette. fmprexsionx musculai- res tres-rapproch6es dti lord, les antcrieurex ovales . les posterienres arrondies , reunies par tine impression palldale sans excavation. Ligament Icgerement extcrienr et poste- rieur, court, pen saillant et proche des crochets. La coquille a tin aspect come; elle a interieurement et snrtont sous les crochets tine teinte violacee , qui se fait remarquer en de- hors , oil elle forme tine espece de carre pres des carenes ; elle est unie mais les stries d'accroissement sont tres-mar- guees . surtout pres des crochets. Tous ces caracteres m'ont porle a la considerer eomme une Cyrene . a laqiielle j'ai cru devoir donner le nom de Cyuene rostree, CYRE.\A ROSTRATA. Peut-elre forme-t-elle un genre nouveau , car I'espece de bee qui la terminc , ainsi que les denls cardinales , I'eloi- gnent des Cyclades . tandis que d'un autre cote elle s'en rapproche par les dents laterales, ainsi que par sa consis- lance et la nature de son test qui ne permetlent guere de la faire enlrer dans les Gyrenes. Cependant, ses caracteres sont plus en faveur de ce dernier genre. 11 faudrait plu- sieurs individus pour pouvoir les comparer et suivre les variations qu'ils pourraient eprouver. Mallieureusement , je n'en ai qu'un seul , mais il m'a paru assez remarquable pour que j'aie juge convenable d'en faire I'objet d'un petit travail special que je completcrai si j'ai le bonheur de ren- contrer d'autrcs echantilloiis. Nous sommes heureux de pouvoir nous appuyer sur I'opinion de M. Cuming qui , ayant examine dernierement cette coquille, a declare qu'elle est reellement nouvelle. Bordeaux , Septeml)re 1853. L. P.-Desmartis pere , D.-M. ( 128 ) XI. Note provisoire sur quelques additions cryptoga- miques a la Flore Bordehiise .. Lc savant danois Nylander etant venii I'an dernier a Paris , a rappele sur la belle faniille des Lichens dont il prepare une classification nouvelle , I'attcntion depuis long- temps fort endormie des botanistes francais. Noire honorable collegue M. Durieu de Maisonneuve a reconnu a Bordeaux , depuis son arrivee ( i"^ Aout 1852 ) . quelques-unesdesespeces signaleesaParis parM. Nylander, En attendant des details descriplifs et synonymiques , voici les noms de ces petites mais remarquables plantes : Endocarpon incrusiam Nylander , ( Arlac). Lenormandia Jungermanniw Nyl. ( Gazinet ). Pblijclis agelwa Fries , ( Carbonnieux , Vayres ). Lecidea lutosa Floerke , ( Gradignan ). Quelques autres cryptogames ont ete egalement le pro- duit des dernieres excursions de plusieurs d'entrc nous. Je citerai seulement : Triphragmium ulmaricB (Gradignan ). Diderma irregulare ( Gradignan ). Elaphomyces grannlatus Tulasne (Gradignan); c'est le seul champignon bypoge qui , sauf les especes du genre Truffe , ait ete recolte dans nos environs. 11 Novembre 1853. Charles Des MouLms. 30 Octobre 1953. ( 129 ) XII. Precis des Travaux de la Societe pendant I'annie acaddmique 1852-63; par M. le docteur Eugene Lafargue , Secr4taire-general. Messieurs, Le 25 Jiiin I8l8. la Societe Linneenue dc Bordeaux pre- nait naissance a I'ombre d'un saule et pres d'un ruisseau qui serpente dans la plaine d'Arlac. Dix ans plus tard, une ordonnance royale donnait a cetle Sociele une existence le- gale et reconnaissait ainsi les services qu'avaientdejarendus cette reunion de jeunes naturalistes. Crescam (je croitrai), telle est la devise qui stimulait ar- demment cette compagnie naissante et qui nous anime tons encore ; car en tete du diplome que la SoCiete delivre au membre elu. est grave en gros caracteres, ce mot puissam- ment instigateur , Crescam. La ruche , peuplee d'abeilles . recueillant le pollen des fleurs qui I'entourent et qui forme le sceau de votre Societe, n'est-elle pas la aussi, Messieurs, pour activer votre ardeur dans I'elude des sciences naturelles, etude eminemment se- duisanle qui calme les passions du jeune age, toujours pre- les a eclater , et eloigne la tristesse et I'ennui , trop souvent I'apanage de la vieillesse. Vos nornbreux travaux pendant I'annee qui vientde s'ecou- ler. prouvent que vous avez ete fideles aux maximes fonda- mcntales do la Societe. Veuillez done me permettre, Messieurs, puisque par vos sufTrages. vous m'avezaccorde I'insigne honneur d'etre votre secretaire-general , de parcourir avec vous tout ce que vous avez fait cette annee d'interessant pour la science et d'utile pour vos concitoyens. Tome XIX. 11 ( 130 ) Les vcgetaiix, ces etres organises, qui vivent si nombreux et si varies ail milieu de nous et a qui noiisdevons en partie nos vetements, noire nourriture , nos'habitations et nos me- dicaments, sonl toiijours robjet de toule voire altenlion. La Botani(|iie, c'est la science de predilection de voire venerable directeur ; c'est lui qui a repandii, dans la Gironde, le gout si altrayant de I'elude des plantes. II vous a souvent cntretenu des judicieuses observations qu'il avait faites dans ses nombreuses excursions. II vous a annonce deux decouvertes importantes pour la Flore du departement, V Anemone raniincutoides et le Vero- nica triplnjilos , plantes recueillies en Avril dernier, par M. Maillard, pasteur a La-Mothes Saint-Heray(Deux-Sevres), en herborisant a Sainte-Foy ( Gironde). Voire meme collegue vous a aussi signale queM. Teslas, ancien pbarmacien a Bordeaux, avait trouve deux crypto- games nouvelles pour la Flore : le Sphwria acericola de Duby et I'Uredo suaveolens de Personne. M. Pelil-Lafilte a trouve en abondance le Digitalis pur- purea dans les bois de M. d'Arleguy , commune de Saint- Palais, arrondissement de Blaye. La derniere edition de la Flore Bordelaise n'indiqnait ce vegetal que comme cultive dans le departement de la Gi- ronde et par consequent comme un ornement des jardins ; mais le port de la plante trouvee a Saint-Palais , avec I'intensite des couleurs de sa corolle , donnent la certitude qu'elle croit spontanement dans cette commune. M. le docteur Cuigneau a publie dans vos Actes, de tres- interessantes considerations sur la projection des opercules du Pilobolus eryslallinua. Voire correspondant, M. J. Gay, vous a adresse un me- moire sur la station mineralogique du chataignier, et vous vous eles empresses dc Tadmetlre dans vos publications. ( 151 ) ainsi qu'une note de M. Mauduyt sur une racine de Bryone ( Bryonia dioica ) qui avail atteint 2" Zl'^ de longueur. C'est aussi avec bordicur que vous avez insere dans vos Actes quelques fragments de Botanique critique qui vous ont ete envoyes par voire correspondant , M. Chaubard. Voire honorable presidenl, M. Charles Des Moulins et M. Lespinasse, vous onl aussi presenle de Ires-inleressanles recherches sur differenls sujels qu'embrasse I'elude du re- gne vegetal. M. Philippe, voire correspondant a Bagneres, vous a fait parvenir une note sur le Panicum digit aria , plante origi- naire d'Amerique, qu'il a iiouvee en abondance en 1851, sur les bords du Gave , pres de Lourdes. Vous devez vous rappeler, Messieurs, qu'au mois de Sep- tembre 1824 , voire honorable President irouva a La Bas- tide , cette graminee , a laquelle voire direcleur donna le nom qu'elle porle encore aujourd'hui. M. I'abbe Revel, un de vos plus actifs correspondants de la Dordogne, vous a lu un memoire dans une de vos sean- ces du mois d'Aout dernier, sur une nouvelle espece de Re- noncule, a laquelle il a donne le nom de Ranunculus radians. Ce travail consciencieux de M. Revel sera publie dans voire prochain cahier des Actes. M. Petit-Lafitte fds vous a communique une note sur le Protococcus roseus , cryptogame nouvelle pour la Gironde , qu'il avail trouvee dans les caves de Chateau Lafltte. Voire zele correspondant, M.' Louis de Brondeau, vous a donne la description exactc. avec planche de VAgaricus cepcestipes, qui a d'abord etc observe en Angleterre , par Sovi^erby et qui a ete retrouve a Bordeaux , croissant sur la tannee des serres , et sous linfluence d'une temperature factice. ( 132 } Enfin, notre coUegue , M. le comte de Kercado , vous a fait apprecier une Ires-jolie el Ires-variee collection d'oeillets, {Dianthus barbatus) qu'il a obtenue par le semis de graines, provenant seulemeiit de deux pieds de varieles differeiites. Je dois ajouter encore que, dans une excursion faite le 7 Aoul dernier par MM. Ch. Des Moulins , Cazenavette, de Kercado, Lespinasse , Cuigneaq et Lafargue , sur le beau domaine de Carbonnieux, appartenant a notre collegue et savant viticulleur. M. Bouchereau.l'on recueillitcinq plantes nouvelles pour la Ftore Bordelaise. Une pbanerogame, Lythium Grwfferi et quatre crypto- games , PlilycUs agelwa ; — DadaUea sepiaria ; — Erysi- phe pannofa et un Arlhonia non encore determine. L'agricullure, cette science appliquee de I'etude des plan- tes , est aussi Ires-souvent le sujet de vos conferences. M. Pelit-Lafitte vous a entretenu des observations que ses fonctions speciales de professeur d'agriculture, charge de inspection agricole du departement , le mettent a meme de faire. Ainsi, il vous a parle des cereales et des prairies na- lurelles de cette annee, eWles a etudiees suivant les diffe- rents terrains qui les nourrissent. II a constate, par exemple, que les froments el les seigles elaient plus beaux sur des terres elevees, seches el sablon- neuses que dans des terrains bas etbumides. II vous a aussi fait part de la degenerescence de certains cepages dans quelques localites de la Gironde, nolamment i Gensac, arrondissement de Libourne , oil le sauvignon, le muscat, la muscadelle, le semellion , le fuiflat el le langue. docien , ne donnent plus aux proprietaires que des produits incertains. La Sociele Linneenne s'est aussi preocciipee des affreux ravages qu'occasionnaienl les limacons et les limaces sur les vignobles de nos conlrees , el a acqnis la certitude que les ( ioo ) pcliles especes d'Helices , variabilis , Cavthuiianella , pi- sana, etc., etc., elaient celles qui portaient le plus grand prejudice, surloutdans les terrains calcaires. Vous avez aussi observe que ces mollusques epargnaient en general les feuilles du chasselas. Un insecte connu vuigairement sous le nom de Baibol , et que les naluralistes designenl sous celui d'Altise, [Allisa olerarea) a attire particulierement votre attention. DejJ. en 1851^ cet insecte fut observe dans quelques communes du Medoc , principaiemenl a Saint-Laurent , Listrac, Saint-Julien, etc., etc., I'annee suivante, it reparut encore dans les memes localites ; raais cetle annee, il a telle- ment envahi ces memes vignobles, que les proprietaires en ont ete effrayes. L'Altise , en elTet, se nourrit presque exclusivement de feuilles de vigne ; aussi , lorsque le bourgeon commence a s'epanouir , cet insecte est la , pret a devorer lout I'espoir qu'en attend avec impatience le viticulteur. Vous avcz recherche quels etaient les moyens qu'on pour- rait employer pour parvenir a sa destruction et apres avoir passe en revue le cottar, I'huile et le goudron, vous vous etes arretes au procede de M. Cazalis-Allut , comme celui qui vous paraissait le mieux reussir. II consiste dans la construction, au milieu des vignes , de sorte de repaires oii I'Allise, en aulomne, se refugie, et ou Ton peut facilement la delruire. Ajoutons , copendant , qu'a cote du mal on trouve heu- reusement le remede; ainsi , I'Allise a pour ennemi un he- miptere, la pnnaise bleue, qui la recherche etla devore dans tons ses elats de transformation. P4oise It Dieu que cet insecte soil un aide puissant aux pro- prietaires , pour detruire celui qui occassionne lant de mal ( 134 ) sur les vignes privilegiees de Bordeaux , qui ont fait autre- fois la grandeur et la prosperite de noire ville. M. Laporte, dans voire seance du IG Mars, vous a pr^- senle un inleressant rapport sur iin cep de vigne que M. le comte de Monbadon avail envoye k la Sociele , de sa pro- priele du Poilou. Ce cep de vigne presentail des tumeurs sillonnees inte- rieurement en lous sens par de petils conduits oi'i logeaient des larves a poils longs el arques que M. Laporte a decrites avec le plus grand soin. L'exislence de cclte larve, a une epoquc de I'annee si pen avancee, vous a paru etre un fail Ires-remarquable, et voire rapporteur qui a saisi cetle occasion pour vons faire con- naitre quels elaicnt les insectes des dillerenls ordres enlo- mologiques qui vivent aux depens des diverses parlies de la vigne, a demande que I'objet eUidie par lui , fut inimediate- ment envoye a voire savant collegue, M. Leon Dufour, qui s'est empresse. comme toujours , de vous faire parvenir le resultat de ses inleressantes recbercbes. Malbeureusemenl, il n'a pu renconlrer les larves qui excilaienl a un si haul degre sa curiosite ; seulement, il eut Tindicible satisfaction d'assistera revolution eta la metaniorpbose deflnilive d'une cbrysalideen un diplere ailedu noni de Campy (onujsa air a. Nos deux collegues affirment, du reste, que ces excrois- sances n'interessenl que I'ecorce seule du vegetal, et que les insectes qu'on y a constates n'cn sont seulement que les localaires. Mais puisque en ce moment nous jelons un rapide coup- d'oeil sur ces elres les plus nombreux des classes de la zoo- logie , les insectes , permetlez-moi de vous dire que voire collegue M. Gassies a allire voire attention sur un petit insccle de I'ordre des lemiiles , ( fourmi blanche ) donl le ( 135 ) corps est deprime et la tSte arrondie , et^qui a enlierement . devaste im des plus beaux hotels de notre ville , en devorant en tous sens les poutres et les solivaux (|ui entrent dans la construction de ce batiment. Les melaux et les pierres ont seuls resistea leurs raachoires destructives. Le cclebre Linne regardait , avec raison . ces insectes comme le plus grand fleau des deux Indes. La, ils percent et devastent les batiments en bois, les meubles et les etoffes et les reduiscnt pour ainsi dire en poudre. M. Laporle, an sujetd'un rapport sur une petite brochure de M. Flechet, de Lyon, qui atlribue la maladie de la vigne ( Oidium Tucheri) a un acarus, et dont le rapporteur corn- bat les opinions, se demande si c'est bien un acarus que M. Flechet a observe sur les vignes, et apres avoir passe en revue la famille des arachnidcs, il aborde la classe des hemip- teres ou il croit trouver I'insecte qui, lout en dedaignant les vignobles ordinaires, occasionne quelque nial aux vignes en treilles : c'est le Coccus vitis, qui ne saurait. du rcste, ctre la cause directe ni indirecte de la maladie de la vigne ( Oidium Tucheri). La Societe Linneenne , preoccupee du nial que peuvent ocoasionner les insectes sur les vegelaux , a nomme cette onnee une Commission speciale charge^ d'etudier les insec- tes nuisibles a Tagriculture. MM. Laterradepere, Ch. Des Moulins, Lafargue, Laporle, de Kercado et Tel. Desmartis, composent cetlc commission et vous prescntcront un rapport etendu sur leurs travaux. Enfin. Messieurs, ne passons pas sous silence, un cata- logue descciptif des arbres fruitiers et d'ornement que M. Leroy, d'Angers, vous a envoye et sur lequel M. Ch. Lalerrade vous a presenle im rapport. Ce catalogue, dit M. le rapporteur , doit etre considere comme un veritable memoire digue de Uxer I'attention de lous les hommes dc science, car M. Leroy ne se contenle pas ( 136 ) de dormer la clas»ificalion pure el simple des arbres fruitiers el foresliers. mais il remonle a la source primitive de leurs noms, el en donne une synonymic ires-inleressante; travail immense auquel s'esl livre M. Leroy, el pour lequel, siiivanl les voeux exprimes par voire rapporteur, vous av*z accorde a rhabiie liorticulleur d'Angers , une recompense que vous serez beureux de lui decerner dans un instant.' A propos d'un guide pratique des eleveurs de sangsues que M, Louis Vayson a public cetle annee a Bordeaux, M. Fis- cher vous a presente un travail sur les reservoirs a sangsues etablis dans les marais autrefois improduclifs de Bruges , de Parempuyre el de Blanqueforl. Suivanl voire decision , I'opuscule de M. Paul Fischer a ete publie dans VAmi des Champs. La question d'elever des sangsues . pour ainsi dire, aux porles d'un grand centre de population, comme celui de no- ire ville , est a mes yeux excessivemenl grave. Le Conseil de salubriti I'a d'ailleurs bien senti lorsque , dans sa sagesse , il a compris ces foyers d'infection dans les etablissements insalubres de premiere classp, el qu'il a demande la suppression de I'alimenlalion des annelides par les grands mammiferes. Mais, revenons au comple-rendu de vos travaux , car ce siijet, plein d'actualile el tres-imporlant par I'avenir el la sante de notre population , s'eloigne du cercle des questions scienliGques que vous traitez habituellement. II exisle encore aujourdhui, mais beaucoup moins qu'au- trefois, des amateurs distingues, qui forment de riches col- lections de coquilles, pour en jouir comme objel de delasse- ment el de simple curiosile Ces collections sont habituellement composees de sujels d'un beau volume, de formes elegantes ou singulieres el or- nees de couleurs eclatanles. On a meme quelquefois la ( 137 ) cruaute, pardonnez-moi I'expression, dans le but de rendre ces coquilles plus uniformes et plus belles, de leur enlever des tubercules, des stries ou des ecailles ; caracteres qui ser- vent tres-souvent a la classification de ces etres aussi noni- breux par leurs formes, que varies dans leurs couleurs. Je n'ai pas besoin de vous dire, Messieurs, que les collec- tions conchyliologiques de la Societe Linneenne ne produisent pas ainsi une sterile admiration. Les proces-yerbaux de vos seances generales sont d'abord la pour I'atlester, et ensuite, les memoires speciaux de cer- tains raembres prouvent que I'interet que vous inspire I'etude des coquilles, ne reside pas seulement dans leurs formes , dans leur eclat et dans leurs couleurs , mais bien aussi dans la connaissance des rapports qui lient les co- quilles aux animaux qu'elles renferment, dans I'etude anato- mique et pbysiologique de ces etres vivants et dans les re- cbercbes cbimiques sur leurs enveloppes solides. M. Cazenavette vous a presente le resullat de ses interes- santes experiences par I'acide nitrique, legerement etendu d'eau, sur les coquilles de jeunes Dolium perdix. Votre jeune et studieux membre auditeur, M. Paul Fis- cher, vous a entretenu des phenomenes curieux qui accom- pagnent I'immersion des moUusques terrestres. M. Fischer a d'abord experimente sur les Ambrettes, puis il a suivi la serie de ses observations sur les HeUces , les Bulimes , les Cyclostomes et les Lirhaces. Le meme membre vous a aussi fait part de quelques re- flexions sur la formation des epiphragmes chez certains raol- lusques, lorsque, dans les saisonsrigoureuses, ces etres sen- tent le besoin de se renfermer completement dans leur coquille. M. le baron de Trenqueleon vous a envoye de Laverdac ( Lot-et- Garonne ) un riche tableau des coquilles fossiles qu'il (138) a recueillies dans les faluns de Baudignan, departement dcs Landes et sur les limites du Lot-et-Garonne. Ce falim, de 60 a 80 cent, d'epaisseur, est situe entre deux ravins, formes par le ruisseau du Cabere. entre I'eglise et le cliateau de Baudignan. Votre correspondant y a trouve des Tellincs. des Peignes, des Venus, des Pijrules, des Casques et quelques coquilles nouvelles que M. de* Trenqueleon dclerminera apres une nouvelle visite an chateau de Baudignan. Vous poursuivL'Z toujours Ic catalogue des raollusques ter- restres et fluviatiles dt* la Gironde, que votre president a, le premier, entrepris depuis deja bien longtemps. M. Gassies I'a enrichi cetle annee de quelques coquilles nouvelles ; je vous citerai les Anodonla MouUnsiana. ( Dnpuy ) , Cellensis (Rosmusker ) , Gratelupeana (Gassies). et piscinalis , et les Pisidium Gassiesianum [Dupuy) , Uens- lowianum Jenyns) et cinereum. M. P. Fischer vous en aussi cite plusieursespeces ; ainsi. le Vitrina sabglobosa , le Bulimus venlricosus. le Paludina brevis et plusieurs autres que vous trouverez a la fin du XVIII« volume de vos Actes. Le devoir d'une Societe savante ne consiste pas seule- ment dans I'etude pure et simple des objels renfermes dans le cadre de sa specialiLe, mais bien dans I'application que Ton pent faire de I'objet etudie. et plus encore quelquefois, dans la recherche des causes qui president a la formation ou a la destruction de I'etre sujet de son examen. Car, ce qui est une beaiite pour le naturaliste, est bien souvent une laideur monstrueuse pour le vulgaire. 11 y a quelques aimees, dans une pareille solennile , et comnie anjourd'hui. devant un audiloire nombreux el choisi. je vous parlai d'une plante Oidiitm aurantiacum ) dont la belle couleur orangee fascinait I'oeil du nalurahsle ; et ce- ( 139 ) ■ pendant ce champignon etait une veritable calamile pour une de nos communes voisines (La Bastide) ; car le pain fa- briqiie dans cette localite, se couvrait, apres quelques heures , d'une moisissure orangee qui forcait a le donner aux ani- maux domestiques. Ce n'est pas sans eprouver une bien penible emotion. Messieurs, que je viens de prononcer le mot Oidium ; et cette emotion, vous la ressentez comme moi, car c'est vous qui avez sonde la profondeur du mal que ce parasite a oc- casionne dans la Gironde. L'an dernier, lorsque ce fleati desorganisateur ( Oidium Tuckeri ) eul alteint quelques portions de nos vigiioblcs, la Societe Linneenne, encore vivement preocciipee de i'altera- tion si mallieureuse des pommes de terre, et effrayee des ravages que pourrait determiner, sur nos vignobles, ce champignon desaslreux, nomma immediatemenl une Com- mission pour le suivre el I'eludier dans tous les points du departement ou il apparaitrait. M. Ch. Laterrade, qui avait deja observe, en Suisse, cette maladie de la vigne, vous a presente, au nom de cette Com- mission, un excellent rapport que vous avez repandu en France et a I'etranger, autant que vos ressources le per- mettaient. li'autorile departementale vous en a remeccie et 31. le Ministre de I'agriculture et du commerce vous a fail I'hon- neur de vous en demander plusieurs exemplaires ; vous vous etes empresses de repondrc a cette demande. A peine la vigne montrait les premiers indices d'un tra- vail de vegetation, que vous avez nomme, cette annee, une Commission, prise exclusivement dans le sein de la Societe, pour continuer I'oeuvre qu'avait si bien commencee celle de I'annee precedente. Jusqu'a la fin de Juillet, la Societe Linneenne n'avait hcu- ( 140 ) rousemeiil observe la maladie de la vigne que dans quel- ques rares localites, mais a cette epoque, alors que des cha- leurs excessives avaient succede a de longues pluies , I'oi- diuin appariit dans I'espace de qiielques jours, dans tons les points du departement, avec une telle intensite que vous en fiites effrayes pour le sort qui etait reserve aux proprietaires viticoles. M. le Prefet, dans sa vive soUicitude pour les interels du departement qu'il venail d'etre appcle ci administrer , et en face d'un mal aussi grave pour I'avenir commercial et in- dustriel de la Gironde, derftanda alors un rapport a la So- ciete Linneenne sur les investigations et les etudes qu'elle avail failes au sujet du fleau qui menacait ainsi d'engloutir nos contrees vinicoles et vous encouragea puissamment a continuer vos recherches, en vous transmeltantlous les do- cuments qui pouvaient servir de guide dans ce labyrinthe pathologique ou les bizarreries et les contrastes se pretent merveilleusemenl aux conjectures les plus diverses. Que M. le Prefet recoive ici nos remerciments bien sin- ceres d'avoir donne uue fois de plus a la Societe Linneenne I'occasion de monlrer son devoument par lout ce qui inte- resse nos populations agricoles. L'autorile ne frappera jamais en vain a la porte de la So- ciete Linneenne lorsqu'ellc lui demandera ses eludes el ses veilles pour les vrais interets de ses concitoyens. Les progres du mal furenl si rapides et si generalement desaslreux, que voire Commission diit se rendre a toutes les invitations qui lui furenl failes pour observer sur plusienrs points du departement, le developpemenl progressif de la maladie et pour conslater la valeur curative ou non, de cer- tains remedes que cliacun cherchait a opposer a son enva- liissemenl Mais, je m'arrete; M. Cuigneau, secretaire-redacleui de ( l^l ) la Commission, presentera, dans une de vos procliaines as- semblees generales, le rapport elendu et detaille de ses Ira- vaux, depuis sa formation jusqu'au jour (7 Oclobre) ou M. le Prefet.'sur les vceux emis par le Conseil general , nomma une Commission departementale specialement chargee de rechercher les causes et d'etudier la marche de la maladie. Vous arez vu avec plaisir que presque tous les membres qui composaient voire ancienne Commission, ont ete ap- peles, par M. le Prefet , a faire partie de la Commission centrale. C'est peut-etre avoir abuse de vos moments, Messieurs, que d'avoir si longuement esquisse vos principaux travaux del'annee; aussine ferai-je pas passer 'sous vos yeux lesinte- ressantes relations que vous avez entretenues avec les com- pagnies savantes de France et de I'etranger . et auxquelles vous envoyez regulierement vos Actes en echange de leurs publications scienlifiques. Cependant, permettez-moi d'ajouter quelques lignes k ce que j'ai pu dire sur les faits d'histoire nalurelie qui vous ont ete transmis par vos correspondants. L'an dernier , a pareil jour , le Secretaire general a qui j'ai I'bonneur de succeder et que vous avez nomme vice- president, vous signalait les decouvertes importantes en • ossements fossiles , qu'avait faites pres de Bagneres-de- Bigorre, voire correspondant, M. Pbilippe ; celte annee, c'est le Bergor des Eaux-Bonnes, c'est Pierrine-Gaslou Sacaze , que vous avez admis au nombre de vos collegues, dans votre derniere solennite d'hiver, qui vient vous faire part de la decouverte a Rebenac ( Basses-Pyrenees ) , d'un sombre souterrain oii Ic naturaliste peut etudier les debris varies des e'.res organises que les rocbcs ont proteges contre les in- jures du temps. Cette grolte, que Gaston Sacaze a parcourue dans ses 200 ( 142 ) metres de longueur , presente des prolongements tenebreux dont il est impossible de calculer ou de deviner meme la profondeur el I'etendue. La description et le d'.'ssin des divers ossements que votre correspondant y a recueillis et que vous attendez avec im- patience, formeront d'inleressantes pages dans vos publi- cations. En 1850. une Commission prise dans votre sein, examina une remarqnable collection d'oeufs , appartenant a diverses especes d'oiseaux d'Europe, que possedait M. Mayrand, alors lieutenant d'armement au 54.'' de ligne en garnison a Bor- deaux. Le rapporteur de cette Commission, apres avoir signale cette collection comme une des plus completes et des plus interessantes par I'arrangement , la faicheur et I'integrite des ceufs, terminait ainsi son rapport : « M. Mayrand , dont nous ne saurions trop apprecier la modestie, s'esl livre a des recberches el a des etudes qui temoignent de son zele pour le progres de la science orni- Ibologique ». Le zele si ardent qui animait ainsi ce naturalisteen 1850, et qui I'avait conduit a posseder une collection rare et pre- cieuse, grandit les annees suivantes. car 5,000 oeufs enri- chissent aujourd'hui les vitrines du capitaine Mayrand , en garnison a Mascara. La Societe Linueenne sera trop beureuse de decerner, dans cette seance solenuelle. une medaille d'argent grand module et le litre de membre bonoraire a I'officier qui sail si bien lier le courage du sokhil a I'amour des sciences na- UutHc-s. Voire Compaguie a augmente, cette annee, le nombre de ses membres correspoudants; ainsi, il a delivre des diplo- mes d'associalion a MM. Ludomir Combes, pbarmacien a ( 145 J Funiel ! Lot-el-Garonne ) ; a M. Henry Droucl , naluraliste a Troyes (Aube); a M Augiiste Lejolis, archivisle de la Soci^le des Sciences iiaturelles de Cherbourg; a M. Aucapitaine, naluraliste, a Paris , et a M. Marc Arnaud, avocat et nalu- raliste, a Sainlcs. Vpus avez accorde le litre de membre honoraire a M. i'abbe de Langalerie el vous avez ainsi recompense le zele que ce respectable ecclesiastique apporlait a vos seances , avant d'etre charge de la cure d'une des paroisses de Bordeaux (Saint-Louis). Enfin, Messieurs, nous devons a radministratipn municipale, et nous la remercions bien sinceremenl, de la pre_ sence , parmi nous , de M. Durieu de Maisonneuve , que la ville vienl de nonimer prol'esseur el dirccteur-adjoint d« Jardin des Planles. M. Durieu de Maisonneuve a repris le litre de membre titulaire de la Sociele, que son eloignemenl de Bordeaux lui avail fail laisser pour prendre celui d'associe correspondant. Enfin, exprimons publiqueraenl noire reconnaissance aux diversesautoriles de la ville et en particulier a M. le Prefet, et a MM. ies membres du Cqnseil general el du Conseil mu- nicipal , pour le constant et bienveiliant appui qu'ils veulent bien nous donner. Permettez-moi, Messieurs, avant de terminer cette lecture deja troplongue peul-elre, devous dire quelques mots, mais quelques mots seulcment sur voire fete d'Ete. Sainl-Emilion, petite ville hatie au VHP siecle, ful lelieu choisi pour sa celebration. Je ne vous rappellcrai pas ici, Messieurs , le souvenir des monuments gothiques que vous ne pouviez vous lesser d'ad- mirer, car la Sociele Linneenne ne s'occnpe excliisivement que d'hisloire naturelle. Bien donc-sur i'antiqnc hermitage de saint Emilion , creuse dans le roc , i 7 metres au-des" sous du sol, rien sur ce supcrbe temple monolilhe , laille dans ( i-i^i ) I't'paisseur des rochers, rien encore sur lesruines du Palais Cardinal ; passons enfin sans dire mot h cote de I'eglise, de ses cloitres et du clocher, dont la fleche elevee se perd dans les nues, et apres avoir franclii les remparts semi-ecroules , rendons-nous au chateau de Bel-Air, oil M. le baron de Marignan, en son absence, fit recevoir la Societe Linneenne avec un si cordial accueil par M. Felloneau , cure de la paroisse. Apres avoir parcouru en tous sens, pendant quatre heu- res conseculives, les communes deSaint-Emilion et de Saint- Laurent , la Societe tint sa seance devanl le chateau de Bel-Air, oii assistaient MM. Fellonneau , cure, Cuvelier. vicaire, I'abbe Lussac, cure de Blagnac, etM. Paqueree, vo- ire correspondant a Castillon, qui n'avait pas craint les ar- deurs brulantes du soleil pour se joindre a vous et prendre part a vos travaux. On entendit successivement les lectures deMM. Laterrade pere, Tel, Desmartis , Cazenavette , Dumoulin , Desmartis pere. Gassies et Fischer, sik differenls sujets des sciences naturelles ; puis M. Laporte presenta le rapport entomolo- gique de I'excursion du jour ; MM. Ch. Des Moulins et Cui- gneau celui des planles phanerogames et cryptogames , qu'on avait recueillies. M. Petit -LafiUe Dt le resume agricole que ses observations lui avaient fournies ; et enfln M. Paqueree soumil a la reunion un interessant rapport geo- logique sur un remarquable depot de grosses huilres trouvees dans la propriete de M. de Marignan , et dont le gisement reside sur la molasse et au-dessous du calcaire a Asleries. La Societe Linneenne renlrait dans notre ville a neuf heures du soir, emportanl avec elle le fruit do ses recher- ches et les souvenirs de lout cc que renferme de curie ux la ville de Saint-Emilion. lei, devrait finir ma lache , Messieurs, si la Societe Lin- ( 1-55 1 neenne n'avait pas a deposer I'expression de sa plus pro- fonde douleur sur la lombe d'un collegue dont vous aimiez le caractere, dont vous avez apprecie les qualites du coenr et de I'esprit , el qui vous a ete ravi cette annee, encore jeiine, et au milieu de la cordiale sympathie que lui vouaient tous ceux qui I'avaient connu. Que pourrais-je vous apprendre sur Henry Burguet ? vous connaissiez, tout comme nioi, son amour pour les sciences naturelles , sa bienveillante amitie et la bonle de son coeur, et je vous rappelle seulement que, pendant bien des annees, secretaire du Conseil , secretaire-general et vice-president, il justifia la haute confiance que la Societe lui avait donnee. H. Burguet emporte done , avec lui , les regrets de vous tous, qui futes ses coUegues et ses amis bien devoues. XIII. Notice sur les Vermftes de la Charente-Iufe- rieure ; par M. Boffinet pere ( de St-Savinien ) . Nota. — Dans sa s6ance publique du 4Novembre 1835, la Societe Linneenne a decerne une medaille de bronze , grand module , a I'auteur de ce Memoire, dont elle a vote rinipression dans ses Actes. Je donne ici le resultat de sis annees de rechercbes, d'au- tant plus penibles que je suis malheureusement etranger a Tcntomologie. J'avais pour but unique de trouver le moyen de preser- ver nos habitations des ravages d'un fleau eminemment rc- doutable. J'ai manque ce but ; cependant, il me resle I'es- pcrance que si les savants vculent bien suppleer a mon in- suffisance , mon ignorante investigation ne sera pas coin- pietement sterile. T(!ME XIX. 12 ( 14G ) § h'. -DE l'apparition des termites dans ce DEPARTEMENT. II y a environ 60 ans que les premiers Termites ont ele aperciis dans le port militaire de Rochefort. D'oii venaient- ils? L'opinion commune , mais sans base certaine, est qu'ils se trouverenl dans la demolition d'un navire qui avail fait un long sejour dans I'Amerique meridionale. Ce qu'il y a de certain , c'est que , en peu d'annees , ils passerent du port dans la ville , de la ville dans ses faubourgs ; puis, suc- cessivement , a Tonnay-Charente , Soubise , les ilcs d'Aix et de Re , Saint-Savinien , Taillebourg , La Rochelle , et meme dans quelques communes rurales. § II. — DESCRIPTION DE l'iNSECTE. D'apres ce qu'il m'a ete possible de decouvrir , une societe de nos Termites se compose : 1.° De reines ou meres , presque blanches ou d'un roux pale. Longueur 8 a 10 millimetres; sans corselet, sans ailes; tete ronde , relativement petite, et paraissant inof- fensive ; volume du corps a peu pres triple de celui de I'in- secte aile. 2." De neutres ou Iravailleurs d'un blanc sale ; longs de 6 millimetres en maximum , mais de toute taille inferieure et cela dans toutes les saisons ; corps deprime , raollasse ; abdomen plisse en anneaux, sans pointes a son extremite et tellement diaphane , qu'on distingue la couleur des ali- ments qu"il conlient. Les adultes, parmi ces neutres, presentent une difference qui merite qu'on la note : les uns , et c'est le plus grand nombre, ont la tete ronde, blanche et armee de fortes mandibules eu forme de machoires d'etau ; d'aulrcs , au ( 1^^7 ) contraire , ont la lete oblongue , de couleur fauve ou ferru- gineuse , garnie a son extremile de deux cornes brunes dans le genre de celles du Cerf-volant , saillantes de deux millimetres , terminees par deux crochets aigus , s'ouvrant et se fermant en pince. Ces derniers sont un peu plus robustes que les premiers. 3.° D'individus ailes. Longueur 6 millimetres; ailes trans- parentes , legerement enfumees , doublant cette longueur ; faibles filets noiratres autour de ces ailes ; corps noir, bril- lant , NON PUBESCENT ; corselet demi-circulaire vers la nais- sance des ailes; lete ronde et noire, antennes d'un brun clair dans toute leur longueur ( qui est de 2 millimetres en- viron) et composees de 13 articles egaux; cuisses presque noires , articulations inferieures roiix pale . de meme que les mandibules. Les antennes des meres et des neutres ne different de celles des ailes qu'en ce qu'elles sont blanches ou presque blanches. M. Latreille pretend que le Termes de Rochefort est le lucifttgum; cependant celui que je viens de decrire a I'aide de la loupe , differe du lucifugum . tel du moins que M. Emile Blanchard le signale , par divers traits. D'apres ce dernier naturaliste , le lucifugum a le corps legerement pu- bescent , les antennes noires , le corselet en carre elargi , les jambes roussatres avec leur base noire. Rien de tout cela ne se rapporte aux norabreux individus que j'ai exami- nes; seulement , ils fuient avec soin la lumiere. Et si je les compare i X'obscurum, au morio , au flavicolle , je trouve encore moins d'analogie. Aurions-nous done une espece qui aurait echappe aux entomologistcs? ou le cbangeraent do climat aurait-il produit quelques modifications ? Je livre ces questions a la science. ( 148 ) § III. — DES MCEUKS DliS TEKMITGS. 1° Des reines ou meres. On reparait une maison oii les Termites avaient fait un ravage extraordinaire. Pensant que je pourrais acquerir la queiques notions nouvelles , je snivis atlentivement les de- molitions : mon assiduite fut recompensee. Le deplacement d'une solive mit a jour plusieurs neulres Ires-pelits , d'oii j'augurai qu'une nichee ne devait pas etre eFoignee. Jo fis scier , en consequence de celte idee , la solive en troncons de 33 centimetres de long , et , arme d'une hachette , je la fendis en minces parcelles ; plus j'avancais dans ce travail, plus les larves etaient abondantes. Enfin , an centre de I'un des cubes, je decouvris sept meres, pen distantes les unes des aulres. Deux d'entr'elles me parurent occupees a pon- dre ; deux autres avaient le ventre tres-volumineux , et les trois dcrnieres me parurent avoir complete leur ponte. C'e- tait dans les premiers jours de Juin. Les oeufs que je trouvai la etaient en tas separes et egaux en grosseur a la moilie d'un pois. Ces oeufs etaient blancs el pour ainsi dire microscopiques , ressemblant a du sucre rape le plus fin possible , entoures de petits insectes blancs aussi , en nombre inconcevable. Examines a la loupe , je reconnus que ces derniers jouissaient des memes organes que les neutres adultes : en effet, ils marchaient comme eux et avaient exactement les memes formes. m J'avais auparavant decouvert qnclqucs ailes dans des ga- leries, mais il n'y en avait point aupres des meres. Encourage par le succes de cette premiere exploration , je recueillis les meres et bon iiombre de larves que je de- posai dans de la terebenthine reclifiee. pour les transmettrc a la Sociele des sciences naturelles de La Rocbelle. ( 119 ) 2." Ves insectes ailes. Les ailfis , comme les bourdons des abeilles . me parais- scnt vivre en parasites. Je les crois , ainsi que les meres , nourries par les neulres , et , comme je ne les ai jamais vus au travail , je suis dispose a penser que. comme les bour- dons encore, iis n'ont d'aulre mission que de feconder les reines. Les naUiralisles assimilanl les Termes aux Formiciens , sans doute , pretendent que quand ils sont parvenus a I'elat parfait , ils s'envolent le soir on la nuit, et que c'est en ce moment qu'a lieu I'accouplcment. On va voir que , pour les notres du moins, il est impossible qu'il en soil ainsi. En eflet, renormile relative des meres , I'absence d'ailes , de corse- let et leur couleur differente , loin de confirmer celte hypo- these, semblent prouver au contraire que les femelles , comme les reines des abeilles , sont des etres a part. D'ail- leurs , la caducile bien constatee des ailes de I'insecte par- fait exclut absolument I'idee d'accouplements en I'air; et puis, si ce moyen de migration existait chez les Termites , leur propagation n'anrait aucune borne, tandis que je suis fonde a penser qu'ils ne s'etendent que de proche en proche , et n'arrivent dans une localite , que quand on transporte une mere dans un meuble on dans une piece de bois. J'ai I'ex- perience que le deplaccment des neutres est sans danger; j'ai souvent envoye a la campagne du fumier qui en con- tenait des millions et, par ce deplacement seul, je les ai toujours vu perir en peu de jours. Dans le mois de Mai , ou au commencement de Juin et entre midi et deux beures , on voit , tons les deux ou trois ans , un nombre considerable d'ailes sorlir d'un ou deux pelits trous , ouverls expres , et cela toujours aupres des cheminees , des fours ou des forges. Ils manifeslent dans ( <50 ) cet acte un tel empressemenl, que je crois qu'ils cedent a la violence , idee d'ailleurs corroboree par la perte des ailes de plusieurs individus avant leur sortie. Ceux qui conser- vent leurs ailes , apres en avoir fait un faible usage, les per- dent bientot, et dans ce nouvel etat, ils ne cherchent ja- mais a rentrer dans les trous d'ou ils sont sorlis. lis se ca- cbent dans les plus petils reduits , oii ils meurent sans doute , car le lendemain on en trouve plusieurs sans vie. II ne peut y avoir la de moyen de propagation. Ce qu'on doit penser c'est que , devenus trop nombreux , il s'opere une reforme dans la colonie. Cependant, les essaims perio- diques ne m'ont jamais paru exceder un millier d'individus. J'en ai observe buit a dix , car mes voisins m'avertissaient quand il s'en rencontrait chez eux. Au surplus , malgre celte expulsion , il reste toujours dans la Termiliere quel- ques ailes. S.° Des neulres. Les travailleurs ou neulres, du point occupe par les meres , poussent des chemins couverts , qui se ramifient in- cessamraent ; tantot dans les plancbers , les solives et les lambris , tantot dans le platre , tantot dans les murs ou sur les murs, tantot enfin dans la terre. Dans tout cela , rien d'apparent, sauf quelquefois des tubes sondes aux pierres qui ne peuvent etre forces. Ces tubes , qui les cachent a la lumiere qu'ils evitent toujours avec un soin extreme , n'ont que I'onverture ne- cessaire au passage de deux individus marcbant en sens in- verse, lis sont durs et solides et je suis fonde ci croire qu'ils sont formes de leurs excrements , cimentes par la liqueur corrosive qu'ils distillent par I'anus ; ce qu'il y a de tres- cerlain , c'est que , contrairement aux autres insectes xylo- pbages , ils ne laissent dans i'interieur d'une plancbe de- vorec , par exemple , aucun debris. { i51 ) Les travailleurs , dans toutes leurs entreprises, soni tou- jours accompagnes des iiidividus a comes dont j'ai parle, et qui semblent preposes a leiir defense contra I'attaque de quelques autres insectes. J'ai vu unefois, a Textremiled'nn tube en construction , plusieurs fourmis mortes , dont quel- ques-unes coupees en deux , ce que j'ai naturellement al- tribue aux surveillants , qu'on nomme ici : soldats. J'ai constate dans mes nombreuses recherches que, de la Termiliere , toujours comme je I'ai dit le plus pres pos- sible des lieux oii on fait souvent du feu , les travailleurs Se repandaient dans toutes les directions et sans qu'aucun obs- tacle les arretat, jusqu'a la distance de 40 metres; ce que j'ai plusieurs verifie dans les jardins qu'ils devastaient : au- dela de 40 metres des habitations, j'ai toujours perdu leur trace. On voit , d'apres cela , que la maison voisine , bien qu'elle ne contienne point de nichee , pent etre neanmoins grave- ment atlaquee , et c'est ce qui a souvent lieu. Je viens de dire que je ne pense pas que les ailes et les neutres aient la faculte de creer une nouvelle termiliere. Je ne puis etayer cette opinion de preuves positives ; mais elle me semble deriver de ce fait certain : c'est qu'il n'y a point de villa dans la Charente-Inferieure , que les Termites aient infestee completement : ils respectent toujours quelques quar- tiers ; ce qui cartes n'aurait pas lieu si les neutres et les ailes suffisaient a leur propagation. Par exemple , ils deso. lent depuis 40 ans la moitie Sud de la petite ville de St- Savinian , qui horde la Charentc et on n'en a point encore decouvert dans la parlie Nord. Cependant on ne peut leur assigner de limiles positives : toutes leurs manccuvres etant occulles , il est souvent arrive qu'on en avail chez soi de- puis plusieurs annees sans qu'on s'en doutat le moins du monde. II n'y a qu'un signc cxtcrieur, ct que j'ai ete long- ( 152 ) temps a decouvrir , qui puisse eclairer a cet egard : c'est I'effet du sel fondu, en temps humide, sur les planches atta- qiiees. La liqueur qu'ils secretent pour ramollir les bois , produit identiquement Teffet du sel sur le bois. II semble resuller de ces fails que , comme les Formi- ciens, une nicbee des Termites dont il s'agit, se composerait de males, de femelles et de neutres; mais avec cette diffe- rence qui , je crois , a echappe aux naturalisles , que les larves , comme les poussins et les perdreaux . agissent en sortant de I'ceuf; c'est-a-dire ne passent pas a I'elat de nymphes ; que les femelles , dont le nombre parall d'ailleurs tres-borne , n'ont ni les ailes , ni la structure , ni la cou- leur des males, et que la fecondation ne peul ainsi avoir lieu que dans rinterieur de la Tcrmiliere . ce qui se rapprocbe- rait davaulage des mceurs des abeilles. Je dois pourtant convenir que je n'ai pu me fixer que sur la reproduction des neutres , el que ce qui se passe pour les meres el les ailes , m'est toul-a-fail inconnu. § IV. — PARTICIJLABITES SUR LES NEUTRES. S'occuper de la destruction des neutres , c'est veritable- meut perdre son temps. Je connais quelques maisons ou , par divers pieges , on en prcnd des millions , sans qu'on puisse rcmarquer de diminution dans leur nombre. Je me suis personellement convaincu de cette desolanle verite , et Toici comment : Dans les premiers jours de Fevrier 1845, ayant remar- gue sur la cbeminee de ma salle h manger un commence- nient de tube , je placai au-dessus une moilie de pomme pour les attirer et essayer de les compter. Trois a quatre heures apres , avant de lever la pomme , je fis chauffer une pelle de maniere a les griller en les sccouant dedans. J'en comptai de la sorte 5 a 600. Ce moyen de destruction repcle ( 153 ) trois fcis par jour et durant iin mois , en renouvelant de. temps en temps I'appat, je ne pus arriver a aucune dimi- nution. Je me lassai. TJn pharmacien de Rochefort inventa un poison liquide , qu'ii nomma Termilifuge ; il vendit bon nombre de liouteil- les de sa preparation ; ma is hii seul en lira quelque fruit. On a en I'idee d'employer de I'eau arseniquee , dont on humectait le bois employe dans les nouvelles constructions ; mais sans plus de succes. L'eau bouillante jelee a grands flots sur les points atla- ques , n'a point empecbe les Termites de n prendre pres- que immediatement leur travail. L'acide sulfurique delaye dans de l'eau et I'essence de terebentbine les delogent , mais on n'y gogne rien : ils por- tent un peu plus loin leurs ravages. J'avais depnis longtemps remarque que le bois d'acacia elait le seul preserve de la niorsure d'insectes parasites ; pensant qu'il pourrait elre aussi respecte par les Termites , je fis laire , pour m'en assurer et dans le but aussi d'etudier ces terribles ennemis , une boite en acacia , a double com- partiment et bernietiquemenl fermee par un vitrage. J'y in- troduisis 1000 a 1200 neutres et une dixaine d'ailes. Je leur donnai pour les uourrir des pommes, de la farine et du bois de peuplier. Mes prisonniers, dans les deux premiers jours , dedaigncrent les aliments ; ils ne parurent occupes que des moyens d'evasion. lis parcoururent d'abord leur prison en tout sens et sans ordre ; puis, je les vis se former en flle , les plus forts en tete , et lourner ainsi autour des deux compartiments, puis, arrives a I'un des angles, point sans doule convenu pour I'allaque , cbacuu d'eux , lormant un temps d'arret, frappait h deux ou trois reprises, de sa parlie posterieure le meme endroit, puis conlinuail sa mar- cbe circulaire , pour recommenucr de nouveau a son tour. 1 ( 154 ) Je cherchais a me rendre comple de cette etrange manobu- vre , quand je remarquai que les memes points s'humec- laient de plus en plus. J'en conclus que !e liquide secrete avail pour objet le ramollissement du bois. En efTet , je vis la , peu d'inslants apres, les dents en action. Mais, bientot rebutes , soit par le goiit de I'acacia , soil par sa durete , renongant a leur entreprise , ils se cacherent dans ce que j'avais depose pour leur nourriture. Les ailes resterent etrangers aux tentatives des neutres , mais ils les suivirent dans leur refuge. Chaque fois que je cessais d'observer, je les preservais de la lumiere, en couvrant le vitrage. Je les gar- dai ainsi durant qualre mois, en renouvelaut de temps en temps leurs provisions ; mais , ne decouvrant rien de nou- veau, je cessai de les nourrir , et , a la fm du cinquieme mois, je reconnus qu'ils s'etaient entre-devores. Un seul vivait encore , mais il remuait a peine. Je trouvais cette experience curieuse et interessante, bien qu'elle ne ra'apprit rien d'utile , sinon que I'acacia resistait a la dent de ces omnivores , ou que j'avais cru tels jusque- la : ce que je conflrmai par le moyen suivant. Je deposai dans la terre , aupres de ma maison , dans I'Automne , du tan en fermentation, dans lequel j'enfouis des plancbettes de tous nos bois indigenes , alternant avec I'acacia. J'avais d'ailleurs I'espoir d'attirer la une nicbee ; mais en explorant mon depot au mois de Mai suivant , je n'y trouvai que des myriades de travailleurs occupes a de- vorer les bois de loute nature, I'acacia excepte (1). Ne trouvant rien d'efficace contre ce veritable fleau , je voulus au moins savoir si nous pourrions esperer que quel- (1) Je dois convenir que lorsqiie I'acacia est ce que les ouvriers noiTiinent echanffe, c'esl-a-dire, voisin de la pourrilure, les Ter- luiles raltaquenl. ( 155 ) que influence atinosplierique fut capable de nous en debar- rasser. A cet effet, j'exposai, dans un pot, una centaine de neutres a un froid de 4". En les visitant le lendcmain , je les trouvai sans mouvement ; mais les ayant approclies du feu , ils reprirent leiir vigueur ordinaire. Je repetai mon ex- perience et il fallut 7° pour les tiior. Or, comme ils ne s'exposent jamais a un tel froid, on n'a rien a attendre meme de I'hiver le plus rigoureux. Mais, bien qu'ils evitent les rayons solaires , leur faculle de resister a la chaleur est inouie. On va en juger : un boulanger de mon voisinage, qui pensait detruire a la fois une immense quan- tite de neutres , en sortant son pain du four , y jeta plusieiirs planches de demolition qui en contenaient des masses, puis il ferma son four jusqu'au lendemain ; en retirant les plan- ches , presque reduites en charbon , il les jeta dans la rue. Je passais dans ce moment devant chez lui ; il m'invita a as- sister a son examen des planches , et , a notre extreme sur- prise , en les brisant , nous trouvames les Termites pleins de vie. II arriva la meme chose, quelque temps apres, a la suite de I'incendie d'une maison qui en etait infestee. Malgre que le hois soit raauvais conducleur du calorique , je doute qu'aucun autre animal puisse subir de telles epreuves sans perir (1). L'instinct des Termites est aussi extraordinaire que leur nombre , dont il est impossible de se faire une idee. Un sac d'avoine place , debout , au milieu d'un grenier dont le plancher en sapin etait neuf, fut Irouve , dans I'espace d'un mois , devore a sa base et contenant plus d'un litre de Ter- (t) Je me plais k aiinoncer que dans ce moment, Oclobre 1853, les Termiles foul infmimenl moins de raal dans les villes de Ro- cliefurl et Toiinay-Ciiaienle , les pieiuieres envaliics ; y aiiia-t-il rccrudescenle ou disparition coinplcle ? Je nc sais. ( 156 ; mites : c'est chez moi que le fait eiit lieu. En chcrchant a m'en rendre compte , je reconnus que partis de I'un des murs , les Termites s'etaient introduits uniquement dans la planche sur laquelle le sac reposait et que , arrives au mi- lieu du sac, ct non au-dela , ils avaieiit fait uu petit trou a I'aide duquel ils s'etaient introduits dans I'avoine. La plan- che avait etc perforee sur trois metres de longueur. J'avais des pommes sur deux etageres d'un" fruitier qui apait cinq rangs de planches'; les deux seules planches occu- pees par les pommes, recurent les Termites et furent per- cees presque sous chaque pomme. Qui regie lour point de depart? Qui determine la distance qu'ils doivent parcourir, pour ne percer le bois que preci- sement sous I'objet qu'ils veulent atteindre ? 11 y a vraiment la un mystere- diabolique , et je doute qu'aucun ingenieur , voulant donner du jour a une mine en percant de bas en haut put , malgre ses calculs , arriver exactement sous un piquet de la largeur d'une pomme place d'avance a 1 exte- rieur. Quand les Termites veulent, descendre d'un plafond , ou d'un premier elage dans le second , un tube , souvent au milieu de la piece d'ou ils veulent descendre , s'ils ne sont pas deranges , vient se souder au plancher inferieur dans lequel ils entrent. Ces tubes, qui n'existent qu'a I'exterieur, s'allongent , d'apres ce que j'ai vu plusieurs fois , de 8 a ^0 centimetres par 24 beures. Un habitant de Saintes, qui avait appris que je m'occupais des Termites , m'ecrivit pour me demander s'il etait vrai, comme on le lui avait dit . que le bruit les chassait : je lui repondis en lui apprenant que I'enclume d'un forgeron de Saint-Savinien , incessamment frappee , s'etait affaissee sur le billot qui la soulenait, devore entieiement ; une partic des coupables furent ecrases sous son poids. Au surplus , il n'y a point de mefaits dont ne soient ca- ( 157 ) pables ces miserables insectes , doiit on est souvent plusieurs annees sans soupcoiiiier les sourdes manoeuvres. A Roche- fort . par escmple , dans im liok'l oii on ne les avail pas encore apercus , une douzaine de pensionnaires, pendant. leur dejeuner , furent soudaineraent precipites de la salle a manger dans la cave ; il n'y eut heureusemenl que quelques contusions et des liabits laches : les solives etaient minees. Quelquefois»c'esl la loilure tout enliere qui s'abal ; j'ai vu eel evenemcnl a Saint-Savinien, et it s'est repele a Ton- nay-Charente , in'a-t-on dit. Dans les maisons infestees , on est oblige de renouveler les planches de pin, surlout, lous les huil a dis ans. On ne se fail pas d'idee des pertes occa- sionnees par les Termites dans les magasins de la marine , a Rochefort. lis onl devore et en quclque sorte petrifle une partie des archives de la Prefecture, a La Rochelle ; on n'a pu conser- ver le reste que dans des boiles de zinc. lis corrompent les farines chez les boulangers et les cereales dans les magasins du commerce : iis vident les pieces a vin el a huile ; debouchenl les bouteilles, meme cachetees ; ils desolent les epiciers chez lesquels ils mangent jusqu'au poivre ; ils devorenl les livres des bibhotheques , le linge dans les armoires , delruisent les legumes, les arbus- tes et les arbres des jardins ; enfin dans tous les lieux qu'ils envahissent, ils deprecient les maisons de 40 a 50 pour cent. Les pertes qu'ils onl fait fairo et les depenses en repara- tion qu'ils onl occasionnees dans ce departement, ne se solderaient pas sans doute , jusqu'ici , par vingt millions ! II y a Ici un bien important sujet d'emulation pour les savants naturaiistes on chimistes. Quant a moi, je confesse que mon ignorance en entomo- logie ne m'a permis d'aller plus loin. Heureux qui pourra combatlre efficacement eel etrange et desastreux fleau ! BoFFiNET pere. ( 158 ) XIV. Fanne Icbcyologlqae du departement de In Gironde , par Ernest Laporte fils , Ecrivain de la Marine, Membre correspondant de la SocUU Lin- n4enne de Bordeaux. Bordeaux , 20 Aout 1853. A S. E. M. Theodore DUCOS , MINISTRE DE LA MARINE ET DES COLONIES- Monsieur le Ministre , L'int6ret que vous temoignez a la Marine en gene- ral , el au departement de la Gironde en particulier, a fait naitre en moi I'idee de payer une bien faible partie de la dette que nous contractons tous envers vous, en vous priant de vouloir^ien accepter la dedicace d'un ouvrage d'histoire naturelle maritime en quelque sorte, a la confection duquel , j'ai consacr6 tout le temps que mon service me laissait de libre. Ce qui m'a enhardi , Monsieur le Ministre , a oser vous adresser une pareille deniande, a ete I'accueil fa- vorable avec lequel la Societe Linneenne a accepte ce fruit de mes travaux et le vote unanime fait par celte Academic de son impression a ses frais. Certes, mon ambition est grande, et le manuscrit que M. le comte de Kercado veut bien se charger de vous remettre est bien peu de chose , si je ne me figurais que votre bienveillance pour tous, ne s'etendrait jus- qu'a moi et bien heureux je serais , Monsieur le Mi- nistre, si vous daignez accepter la dedicace de ma Faune Ichtijologique de la Gironde. J'ai I'honneur d'etre , avec le plus profond respect , Monsieur le Ministre, Votre tres-humble et trfes-ob^issant serviteur, E. liAPORTE, Ei:i'ivain de l;i Marine liiipciiale , Mcmlire corroimiulaiil de la Socieli' Linneenne (le Bordeaux, ( 159 ) Cabinet dn lllnlstre. Paris, le 8 Septembre 1853. Monsieur , J'ai re^u avec la leltreque vous m'avez fait I'honneur de m'adresser , le manuscrit de I'ouvra^e d'bisloire na- turelle marilime que vous avez linlenlion de publier. Je vous remercie beaucoup d'avoir bien voulu me communiquer cet interessant travail ; je I'ai lu avec un grand interel. J'accepte avec plaisir sa dedicace. Agreez, Monsieur, I'assurauce de ma considera- tion distinguee , Le Ministre Secretatre-d'Etat de la Marine et des Colonies, Signe : Theodore DUCOS. INTRODUCTION. L'accueil bienveillant que la Societe Linneenne de Bor- deaux , a daigne faire a la Faune entomologique de la Gi- ronde , dont mon pere et moi sommes les auteurs et qui est publiee dans les Actes de la Societ'e. m'a fait penser a uliliser au service des sciences naturelles , les six annees que j'ai passees a La Teste , dans le Commissariat de la Marine, en ce port, et a ra'acquilter de mes obligations de membre correspondant de la Societe Linneenne de Bor- deaux , en lui presentant la Faune Ichlxjologique de notre departement. aussi complete que possible. J'ai ete puissamment seconde dans ce travail par les braves marins du littoral d'Arcaclion et de rcmbouchure de ( 160 ) la Gironde , qui semblaient se I'airc un devoir de me sou- mettre exactemcnt , non-seulemcnt les especes de poissons marchandes . mais encore celles beaucoup moins conniies qui ne sont d'aucun usage. Je remercie infiniment aussi M. Bourgoing -Lagrange , notaire a-Mios, pour les renseignements qu'il m'a fournis sur les poissons qui se prennent dans la riviere La Leyre et dans les raarais de nos landes. Mon collegue Chanlou , ecrivain de la Marine , a Li- bourne , m'a seconde autant qii'il a ele en son pouvoir do le faire el je lui en suis fort reconnaissant. M. IMnson, syndic de la station des pilotes du bas de la riviere , M. le syndic des gens de mer . Marchez , les gardes marilimes , Barbouteau et Bourdieu , etc., m'ont fournis des notes aussi nombreuses que detaillees sur les poissons qui se prennent dans notre riviere , dans celle de la Dordo- gne, de I'lle, jalles, estcys , marais et viviers du depar- tement, et je les en remercie bien sincerement. Les quantites de poissons qui se consomment dans notre departement sont considerables et forment une des princi- pales branches de I'approvisionnement de notre ville; aussi, les eludes ichlyologiques olTrent pour notre departement, b; double attrait de I'utile et de I'agreable. Pour donner une idee de la quantite de poissons consom- mee dans la GironJfe , j'ai , a I'aide de. M. Buisson , chef de division au Bureau de I'octroi de Bordeaux , pu former une moyenne de ceux entres dans notre ville ; et , a I'aide des renseignements puises sur les heux memes de la peche, j'ai pu arriver a un chiffre approximatif, il est vrai . mais qui s'approche tellement de la verite. qu'il pent passer pour offl- cicl , de la quantite consommee dans le pays nieme et dans les communes environnantes. Je crois qu'il est utile, afin de faire comprendie le ta- ( 101 ) tableau ci-apres , de donner un extrait dii reglement des octrois pour la ville de Bordeaux , qui determine la classifi- cation du poisson en fin et commun , le voici : « Sont consideres comme poissons fins : les Aloses, An- » guttles , Barbeaux , Barbues, Bremes , Brochets , Brignes, » Carpes , Carrelets , Congres , Doradef . Esturgeons ou » Creacs , Ecrevis^es , Floltanls , Grondins , Homards . » Lamproies, Limandes, Maigres , Maquereaux , Mules, » Morues fraickes , Perches, Royans , Rougels, Tocquards, » Boses , Rousselles , Sardons , Sauiiions , Soles fines et » Brusques, Tanches , Truites , Turbillons el Turbots , Gou- •a jons, Trogues , Merlus , Merlans , Aiguilles et la Baie » de toute espece. » Sont consideres comme poissons communs : les Gats » et Gattes , la Cheniile, le Chien de mer , le Grapeau , » le Martrame , le Pousteau , le Trouilh et le Rat ». • POISSONS SARDINES AN.NEES . — " ■■^- -^ — ' - fraiches. FINS. COMMU.NS . DE MER. ( Au noiiibre ). 1848 120,827 38,373 861,153 12,947,140 1849 101,973 49,263 1,090,083 16,915,180 1850 93,619 43,998 1,234,563 11,432,180 Total... 318,^21k 133,8341' 3,203,3831' 41,312,500 Moyenne dt 3S poissons entres a Bord eaux. Par AN.. 106,140k 44,6111' 1,068,3271' 13,770,833. Ainsi, d'apres le tableau cidessus, il resulte qu'ilentre en moyenne a Bordeaux , par an , tant en poissons fins , que communs, 1.214. '271 kil. et 13.770,987 sardines. Tome XIX. 13 ( 1(>2 ) Maintenant et pour arrivRr a la quantite totale des pois- sons consommes dans le deparlemeiit . I'etat ci-apres indi- quant les quantites qui m'ont ele fournies par les arma- teurs de peche et par les peclieurs eux-memes, fait coiinai- tre la consommalion de poissons faile tant a La Teste qu'a remboucluire de la Gironde et aulres lieux. ANNKES. 1848 1849 1850 Total. FINS. POISSONS COJIMUNS. DE MER. 20,138 16,996 13,957 33,071 7,666 8,2)0 6,429 22,303 143,523 181,680 209,060 334,263 SARDINES fraiches. (An minilii'e). 2,157,837 2,818,863 1,908,773 6,885,495 Moyenne de poissons consommes dafis les autres communes du departement a I'exceplion de Bordeaux. 17,690k 7,453 178,087 2,293,164, En reunissant les moyennes de ces deux tableaux , nous arrivons a avoir le resultat suivant , qui indique la quantite de poissons qui , par an , sert a la consommalion de noire departement. Entre en moyenne , par an, a Bordeaux tant en poissons fins que communs. . . . 1,214,271 kil.. ■> Consommes dans le depnrlement ( Bor- deaux exceplo ) tant en poissons fins que communs 205,212 'Consommalion totale du departement. . 1 ,4J7,4S3 kil. SARDINES FRAICHES. [All nombre). Bordeaux 13,770,987 Le reste du departement 2,295,164 Total 10,006,151 ( 163 ) On voit aisement par la recapitulation ci-dessus, combien noire departement est riche en quantites dc poissons; il Test autant sous le rapport de la variete des especes. Ainsi , le departement de la Gironde possede en especes, par, moi connues , jusqu'^ ce jour : Poissons de mer 84. Poissons de mer et de riviere 8- Poissons de riviere 25. Total. . . 117 especes. Rien n'est plus aride que les chiffres, mais aussi rien n'est plus vrai, et il est inutile apres des resultats pareils, de nier les richesses ichtyologiques de notre departement deja si riche dans les autres branches des sciences natu- relles. DES DIVERSES PECHES EN USAGE DANS LE DEPARTEMENT DE LA GIRONDE. PECHE EN MER. La peche en mer et sur la cote se pratique avec les em- barcations suivantes : 1.' Avec des chaloupes, non ponlees, jaugeant de treize a quinze tonneaux, montees chacune par quince hommes d'eqiiipage. II existe, k La Teste, deux chaloupes insubmergibles , de I'invention de men pere et de mon oncle , qui out resiste k toutes les epreuves qui ont ete faites pour les faire couler ; et si elles ne se sonl jamais trouvees a meme de prouver leur superiorile , les pecheurs d'Arcachon , gens pour les- quels toutes les nouvelles inventions sont detestables , ( io4 ; avoiient-ils qu'ils se croient beaucoiip plus en securiu'; dans ces chaloupes que dans les anciennes. Le system e de ces embarcations est aussi simple que peu embarrassant , et, chose a considerer, il est peu couteux. La peche en mer se pratique aussi a I'aide de grandes tilloles a fontis plats de quatre tonneaux , sans quilles, non pontees et montees par onze hommes d'equipage y compris le mousse; elle a lieu depuis le 15 Octobre, que sonl armees les embarcations, jusques vers les fetes de Pente- cote , epoque de leur desarmement. Les chaloupes sejournent toujours vingt-quatre heures en mer. Elles posent leurs filets tramailles, nommes peougue dans la contree, au nomhce de cinquante qu'elles laissent dans I'eau I'espace de dix heures. , Quant aux tilloles , Jamais ce's freles embarcations ne passent la nuit en mer. Elles posent vingt-cinq des memes filets que les chaloupes , qui restent de trois a quatre heu- res a la mer ; ce laps de temps ecoule ( on I'appelle poser et lever), elles levent lours filets et renlrent dans le bassin. Ces embarcations posent quelquefois leurs filets pour la traite , c'esl-a-dire . pour n'etre leves que le lendemain ; inais apres les avoir poses , elles renlrent dans le bassin. II arrive malheureusement, trop souvent, que le lendemain la mer etant devenue niauvaise, les tilloles ne peuvent aller lever leurs filets ; et, si cet empechement dure trois a quatre jours, il en resulte presque toujours la perle de tout ou d'une grande parlie des filets. II arrive aussi que pendant que les chaloupes et tilloles sejournent a la mer, pres de leurs filets, le mauvais temps se declare tout-a-coup. La barre devient inabordable en tres- peu de temps et ces embarcations sont obligees de cher- chcr un abri jusqu'a Tembouchnre de la Gironde et quel- quefois meme dans les pertuis d'Antioche , suivant la direc- ( 165 ) tion des veiils , heureiises encore lorsqu'elles peuvent arri- ver jusque-la , temoiii le naufrage corps et biens de six chaloupes , arrive en 1836 . dans lequel il peril soixante-dix- buit marins. En 1842 , trcize grandes tilloles dii quarlier de La Teste, furent surprises par la mer qui grossit tout-a-coup el qui rendit la barre d'Arcachon impraticable ; elles furent for- cees , pour eviter d'etre brisees sur la cote , de se diriger sur la riviere de Bordeaux ou elles cntrerent miraculeuse- ment. On ramena ces embarcations k La Teste par les wagons du cbemin de fer. En un mot , la pecbe en mer sur la cote d'Arcacbon oflre ' en tous temps des perils plus ou rnoins grands ; elle est tres-penibe pour les marins qui la pratiquent. PECHE DE LA SARDmE OIC ROYAN. Celte pecbe se pratique du 1." Juin au 30 Septembre, au moyen de petites tilloles a fond plat, sans quilles, jaii- geantun tonneau, montees cbacune par deux hommes d'e- quipage ; elles sortent du bassin a pen pres une beure avant la basse mer et rentrent a une ou deux heures de flot. Six prud'bommes , pris parmi les pecbeurs , sont nommes par eux , cbaque annee , pour jnger quand la mer per- met la sortie de ces freles embarcations et pour les faire rentrer meme avant I'beure de la maree , dans le cas oii il y aurait 'apparence de mauvais temps , car un orage qui surviendrait toul-ci-coup, suffirait pour amener la perte corps et biens des cent embarcations qui se Hvrent a celte pecbe. Quand elles ne peuvent aller en mer, elles font leur pecbe prfes de la passe et dans I'interieur du bassin d'Arcacbon , afln de ne pas perdre leur journee. Celte pecbe se pratique de la maniere suivanle : les pe- cbeurs jeltent k la mer un filet non tramaillc . derivant a la ( HjG ) maree, dont Ics mailles de 14 millimetres en carre, failes k I'aide d'uii fll tres-fln , sont teintes a I'aide d'ecorce de pin reduite en poudre. Au-devant de ces filets, les pecheurs jet- tent leur appat, nomme rogue , compose de la rave de mo- rue melee de sable. Cette maniere de peclier la sardine est la plus productive ; on la pratique aussi au moyen d'un au- tre filet, derivant k la maree et non tramaille appele Filet du fond. PECHE A LA SEINE. La peche des muges et de la loubine ou brigne se fait avec , le filet appele Grande Seine , par des niaitres de peche qui sejournent au cap Ferret. Le filet est traine par une grande tillole et par d'autres marins "qui restent a terre. II va sans dire que cette peche ne pent se pratiquer qu'avec une belle mer. Au moyen' de ce filet , on prend aussi le Maigre , la Vive, et une grande quantite d'autres poissons. II existe aussi une autre espece de filet nomme Seine de Itisteou, qui ne sert qu'a prendre le Muge dore nomme dans le pays : Risteou. La peche a la seine se pratique dans I'interieur du bassin d'Arcachon pendant la belle saison ; on y prend une grande quantite de petits poissons , qui servent a I'approvisionne- ment non-seulement de la conlree , mais encore des mar- ches de Bordeaux. Ce filet sans etre le plus nuisible de ceux employes sur la cote et dans le bassin d'Arcachon , offre neanmoins , le de- sagreraent de detruire une grande quantite de frai et de poisson non marchand , ce que pourraicnt eviten les pe- cheurs en le rejettant h la mer aussitot pris , sans le laisser perir sur la plage sablonneuse et aride oil la maree suivante vient le reprendre mort. II existe encore un quatrieme filet a mailles , beaucoup ( 107) plus large que les precedents , nomme garotte , qui sen a la peclie a pied sur la cote de I'Ocean. Cette peclie ne se pratique que la nuit. On y prend du poisson de belle espece et de grande dimension , elle se fait depuis renibouchure de la Girond&jjusqu'a Bayonne par les riverains. La clarte de la lune nuit beaucoup a cette peche qui, pour etre productive, doit s'effectuer par un temps sombre et I'eau trouble. PECHE DE LA COURTINE OU PALET. Une des causes principales de la diminution , toujotirs croissante du poisson dans le bassin d'Arcacbon , est. sans conlredit la peclie de la courtine on palet , fdet designe dans la celebre Ordonnance de 1G81 , sous le litre de bas-parcs OU pecheries votantes. ,, Quelques mots sur la maniere de faire cette peche ne me paraissent pas deplaces , afin de faire connailre les abus qui se sont perpetues jusqu'a ce jour et qui ame- neront dans un temps pen eloigne, la disette presque entiere du poisson, dans le bassin , a cause de la grande destruc- truction du frai et de poisson, que ce filet occasionne a cba- que maree. La peche de la courtine ou palet se pratique dans toute I'etendue du bassin d'Arcacbon , depuis le 1"" Mars jusqu'au I" Novembre de chaque annee. Les pecheurs qui se livrent a cette peche, embarquent cinq ou six filets de qiiarante a cinquante brasses chaque , envi- ron un cent de piquets de 1 metre 53 cent, de hauteur et un nombre triple de crocs en hois dits piocfions. On met egalement dans I'embarcation , une mailloche et deux ou trois piochis nommees sarcles. dans la localite. Avec cet appareil , on se rend sur le lieu de la peche et h la maree basse , les pecheurs plantent leurs piquets a en- ( 168 ) viron deux metres les uns des autres , en leur donnanl des formes varices , vers le milieu; ils forment une espece de labyrinlhe d'ou le poisson , une fois entre ne peut plus sor- tir; puis, avecles sarcles, ils tracent un sillon qui suit la ligne des piquets. Les pecheurs tendent ensuiLe le filet, dont les mailles out environ trois centimetres en carre , lorsqu'elles sont reglementaires , sur les piquets et ils saisissent la fune ou corde d'en bas, de 70 en 70 centimetres avec un crochet en bois, nomme piochon et dans le pays gatichot, qu'ils en- foncent dans le sol a coups de maillet et que Ton recouvre avec la terre que Ton a otee avec le sarcle , en sorte que le bas du filet se trouve enfoui. II arrive souvent que cinq , six ou meme huit embarca- tions se rcunissent et posent leurs fdets les uns k la suite des antres , de sorfe qu'une etendue de plus de trois kilo- metres se trouve entouree par la courtine. Une fois fixe au sol par les piquets appeles ganchots ou piochons , on pose le filet a terre en le repliant; et, afin de I'empecher d'etre souleve par le flot , on pose dessus de distance en distance, une pellelee de terre, et a I'une des exlremites ou a plusieurs des points du filet , on place une bouee pour le lever et le tendre au moment convenable. Le filet ainsi prepare, on laisse monter la maree et avec elle le poisson, depuis le plus gros jusqu'au plus petit , qui vient chercher sa nourriture. Aussitot que les pecheurs commencent a apercevoir le haul de leurs piquets , que la mer , en baissant , decouvre , a I'aide de la ou des bouees , ils levent leurs filets et le tendent sur les piquets en telle sorte , qu'une fois qu'il est tendu sur loute la ligne, il presente un obstacle infranchis- sable a la retraite du gros et du petit poisson , et que tout ( 169 ) celiii qui est enferme dans I'enorme 6tendue de terrain en- serre par la courline, sc Irouve pris. A la maree basse , le filet se trouve a sec , et la place ou 11 etait tendu. est exposee a I'air et au soleil briilant pendant plusleurs heures. Au pied du fllet se trouvent accumules le poisson gros et petit , le Zonlera marina , diverses especes d'algues marines et le frai. Tout celui qui est de grandeur marchande, c'est-a-dire qui a plus de 275 millimetres entre I'ceil et la queue , est ramasse par les pecheurs, et le frai et le petit poisson restent sur la plage, ou, faule d'eau, ils pe- rissent sous les rayons brulants du soleil. et a chaque ma- ree, on trouve accumule , morts sans utilite, des masses de petits carrelets, muges, soles, brignes, etc., etc. Les faits que je cite et la maniere de faire cettepeche, ne sont point sujet a conleste ; j'ai vu par moi-meme faire la pecbe a la courline , et bien souvent m'entretenant avec les pecheurs et leur demandant pourquoi ils ne portaient pas le petit poisson et le frai dans les chenaux ou ils pourraicnt vivre et se multiplier.'' « Pas si fous, me repondaient-ils . de nous donner cette peine , ce ne serait pas nous qui le reprendrions quand il serait devenu beau ; a quoi bon nous donner de la peine pour d'autres ; d'ailleurs, ajoutaient-il.*. cela s'est toujours fait ainsi ». 11 est facile de comprendre que ces pecheurs ne voulaienl entendre aucune raison et que de tous les genres de peche , que j'ai vu faire, la cour- tine est la seule dans laquelle ils ne veulent admettre au- cun changement dans ce qu'avait coutume de faire leurs de- vanciers. En 1847 , j'eus I'espoir de voir disparaitre , a tout jamais, ce fllet deslructif et ruinenx , car un reglement do M. le Commissaire-general de Bordeaux , interdit la courline et ramena la maille au chifTre fixe par la loi de 1681 , a cinq centimetres en carre , je fus meme charge par M. le Com- ( 170 ) missaire de la Teste, de faire respecter ce reglement, et dans la nuit du 30 au 51 Oclobre 1847, des pecheiirs monlant hiiit embarcalions de courlines , pris en contravention , se revolterent centre les agents de la marine que je coinman- dais. Cette revoke, qui amena une procedure criminelle sui- vie de condamnalions graves, me donna un bon esjjoir , et des-lors , la courtine disparut du bassin d'Arcachon. Des la fin de 1848, on s'apercevait deja du bien occa- sionne par I'absence de cet engin destructeur, quand un nouveau reglement vintle permettre, et depuis elle continue a elre en usage a la grande satisfaction des quelques pe- cheurs qui se livrent a cette occupation ; uiais il est bon de dire aussi que le poisson va en diminuant de plus en plus, et que des especes qui se pechent seulement I'ete, ne parais- sent qu'a de tres-rares intervalles et en tr^s-pelite quantite sur nos marches de Bordeaux. DES GOBRES- OU GORPS. Ce qui vient a I'appui de ce que je viens de dire , sur la courtine, concernant la destruction du frai et du petit pois- son , et de I'ulilite qu'il y aurait de prohiber ce fllet destruc- teur , est I'arrete plein de haute sagesse et de prevoyance qu'a pris , dernierement , M. le Prefet de la Gironde , por- tant suppression totale et immediate de tous les gorres ou gorps, especes de pecheries elablies au bas de la riviere de Bordeaux et qui ne difleraient d'avec la peche de la courtine, qu'eii ce que celle-ci se pratique avec des filets et pent se deplacer , tandis que dans les gorres ou gorps , le filet est remplace par des branchages entrelaces , fort serres et qui sont sedentaires. II faut esperer que cette sage mesure ramenera I'abon- dance des riohesses iclhyologiques dans notre riviere; , et , ( 171 ) puisse I'exemple donne . par M. le Prefet , avoir des iaii- tateurs. Les diverses peches qui se pratiquent dans le bassin d'Ar- cachon, se font au moyen de petites embarcalions nominees dans le pays Tilloles ou jnnasses montees chacune par deux personnes (hommes , femmes ou enfants) et avec les filets indiques au tableau ci-apres. ESPECE DES FILETS . Rot sedentaire tramaille. Idem. Idem. Sedentaire non- traniaill6. Filet derivant h la niaree tramaill6 Idem non tra- maille. Idem. Idem. Idem. Idem. Filet tratnant tramaille. Idem. Filet trainant non tramaille. Idem. Idem. Filet sedeutaire non tramaille. NOMS DES FILETS. Sloueyre. Tirolet ou Tramail. Jagude. Trouguey ou Preley. Bigareyre ou Finette. Filet dit du fond. • Sardiniere. TouUlaou. Marlramaou. Aumaillade. Aumaillade. Leyraou. • Seine de saou. Seine de Risleou. Esquirey. Courline ou palel. POISSONS OU'ILS SERVENT X PRENDRE Diverses espfeces de Pleuronectes. Muges, Loubines, etc. Pleuronectes, soles. Antherines. Diverses espfeces de raies Aloses, sardines. Idem. Diverses esp^ces de squales Squale-Ange. Orphis. Rougets, muges et loubines. Diverses espeees de Pleuronectes. Diverses cspfeces de petits poissons. Muge dorij. Diverses espfeces de petits poissons Idem.. ( 172 ) On fait encore usage sur nos cotes et dans le bnssin d'Ar- cachon, d'un engin nomme : Foene on salais, dont on se sort pour la peclie de nuit, au flambeau. Cette peclie se pratique de la maniere suivante. A I'avant de I'embarcation se trouve le chandelier, instrument en fer, sur lequel on depose du bois resineux qui est allume et dont la clarte attire le poisson qui est liarpone avec la foene , espece de trident a cinq branches. II va sans dire, que la peche a la ligne se fait dans toiife I'efendue de noire depnrtement, soit a la mer, soit dans les rivieres, RESERVOIRS A POISSON. Je ne puis passer sous silence , dans cette courte notice , sur les peches qui se pratiquent dans noire departement , les pecheries etablies, sur le littoral du bassin d'Arcarhon , sous le nom de reservoirs a poisson , a parlir de la commnni; du Teich jusqu'a Ares, ces pecheries renfermees par des di- gues en terre du cole du bassin, auquel elles communiquent au moyen d'ecluses en bois oii se'trouvent adaples des fdets servant a y introduire le petit poisson qui y grandit et y engraisse. Le poisson pris dans ces reservoirs, se porte aux marches de Bordeaux , et Ton choisit de preference les jours oii le niauvais temps ne permet pas aux marins de faire la peche sur la cote. La'peche en mer a ete pratiquee , pendant un certain temps, par bateaux a vapeur. On avail pense qu'elle doime- rait de grands benefices ; on s'etait trompe el la preuve ne s'en fit pas altendre , car ces bateaux qui ne mouillaienl que cent filets , taiidis que les chaloupes insiibmergibles en mouillent soixanle-qninze chaquc , ne pechaienl en mer que pendant six mois et jamais dans le bassin : ils revenaii.'nl a ( 175 ) la Compagnie qui les exploitaient , a la somme de 130 a 140.000 fr. par an. Le seiil avantage qu'ofTrait la peche en mer , a I'aide des bateaux a vapeur, etait celui de renlrer plus facilemenl dans le bassin d'Arcachon ; du reste, cette peche a ete aban- donnee a cause des frais ruineux qu'elle enlrainait. ' Je me proposals, en commencant mon travail sur I'lchlyo- logie de noire departement, d'indiquer au nom de chaque espece , la quantite , ou tout au moins , le poids approximalif de la peche de chacune d'elles. Malgre mes nombreuses recherches et mes demarches incessantes , il m'a ete de toute impossibilite de realiser mon idee , du moins , pour la plus grande partie des especcs ; car le poisson une fois peche , est immediatemenl vendu pour la consommalion ou expedie a Bordeaux , soit par les pecheurs eux-memes ou par les armateurs , et jamais aucun d'eux n'a tenu aucune note des resuUats obtenus. Eh outre, il est indispensable de faire remarquer que ces produits sont soumis a une multitude de variations suivant que le temps a ete plus ou moins favorable pour la sortie des embarcalions de peche , que le poisson de passage a ete abondant ou rare , et que les embarcations el hommes se livrant a I'industrie de la peche, a augmente ou diminu^. PECHES DES RIVIERES , JALLES , CtC, La peche dans nos rivieres se pratique soit a pied , soit a I'aide de petites embarcalions jaugeant de 1 a 5 tonneaux , nommees yoles ou filadieres ; elle est libre dans les eaux marilimes , c'cst-a-dire qu'elle pent etre pratiquee par tout Ic monde jusqu'aux endroits ou le flux et le reflux se font senlir . (en se soumetlant toulefois , aux lois et reglements qui regissent rinscriplion maritime et la police de la navi- gation). ( 174 ! Cetle peche se pratique a I'aide des divers engiaset filets siiivants. •1.0 Les lignes volantes. 2.0 idem floltantes. 3.0 idem de fond. Filet i.' L'Epervier. 2.° Le Carrelet. 5.- La Trouble. 4." Le Guideau. 5.0 Le Verveux. 6.* La Nasse. 7.0 Le Traniail. 8." La Seine. 9.0 La Foene fengin ). LIGKES. La ligne est un fil ordinairement en pitre , fil ou soie anquel sent attaches un ou plusieurs hamecons ; elles va- rient de couleur et de grosseur suivant I'espece de peche a laquelle elles sont destinees. La ligne volante est celle dont on fait sautiller le hame- fon , qui n'a ni plomb , ni flotte et dont le manche est ter- raine par une baguette tres-longue et tres-flexible. La ligne sedentaire ou ligne flottante , est celle qui a un flotteur qui indique le moment ou- le poisson mord au ha- mecon ; et la ligne de fond est une flcelle de 8 a 900 rbetres de longueur sur laquelle on attache une grande quantite de haraecpns. Les poissons qui se prennent ordinairement a la ligne , dans nos rivieres , sont les Ablettes , le Goujon , les Barbil- lons . Carpes , Tanches , Brochets , Truites , Meuniers, etc. ( 175 EPER VIER . L'epervier est un filet de forme conique ou en entonnoir, ayant une embouchure fori large dont la dimension varie en proportion de la grandeur du filet , dirainuant pen a peu d'elendue. Ce filet se termine en pointe a laquelle est atla- chee line corde de longueur variable ; la chute de ce filet doit avoir environ le cinquieme de la circonference de I'em- bouchure. La seule maniere (permise par les reglements) , que Ton emploie pour pecher a l'epervier , est, en le jetant. Elle se pratique dans nos rivieres et etangs. DU CARRELET. Ce filet attache a un grand cercle , soutenu par des per- ches courbes formant arc-boutant , sont reunies a I'endroit ou elles se croisent avec une corde qui sert en meme temps a altacher le carrelet a I'extremite d'une autre percbe plus ou moins longue , suivant la profondeur de I'eau ou Ton veut pecher. . On jette le filet a I'eau et on le laisse couler ; puis, lorsque •I'on voil les poissons nager au dessus du filet, on le releve promptenient. Cette peche ne se pratique que dans les en- droits ou il y a peu d'eau. Elle n'est pas en grande faveur dans notre deparlement. .DE LA TROUBLE. La trouble est un fllct%n poche, dont I'embouchure est montee sur un cercle , un carre ou un ovale en fer ou en bois auquel est adapte un manche en bois. Celte peche se fait dans nos rivieres aussi bicn que dans nos jalles, etc. DU GUIDEAC. Le filet, norame guideau , a la forme d'une chausse plus « ( 17G 1 oil moiiis longue , large k son embouchure et diminuant jus- qu'a son extremile que I'on ferme de differenles facons. Celte p^che sur laquelle je ne m'elendrai pas davanlage, est peu en usage dans le deparletnenl de la Gironde. DU VERVEUX. Le verveux n'est autre chose qu'un guideau pcrfectionne; c'est un filet en forme de cloche, un peu conique, d'un metre a deux metres de longueur , dont le diametre de I'enlree est plus grand que le fond. Le corps de ce filet est soutenu par quatre , cinq ou six cerceaux menus et legers qu'on met en dedans. Celte peche a pour avanlage de prendre le poisson frais et nullement abime. LA NASSE ou BOUYRIQDE. Les nasses ou bouyriques , sont des especes de paniers faits de joncs ou d'osier , dont les baguettes sont assez ser- rees pour retenir le poisson et de maniere a laisser passer I'eau sans resistance. On a la precaution de tenir les baguettes plus ou moins serrees-, suivant le poisson dont on veut faire la peche. DU TRAMAIL. Le tramail se tend en travers de nos jalles et dans nos rivieres, surtoul dans les endroits ou il.y a beaucoup d'her- biers. On boule au-dessus etau-de^^ous du filet, afin d'epou- vanter le poisson et I'engager a y donner dedans. Cette peche est trop connue pour que je m'en occupe davantage. LA FOENE. La foene est un engin en forme de trident a cinq ou sept I ( 177 ) branches ; elle sert a la peche en mer et des rivieres. J'ai eu deja sujet d'en parler dans la premiere de ces deux cate- gories de peches. DE LA SEINE. Tout le monde connait la maniere de pecher a la seine , qui est destinee a faire I'effet d'un crible qui laisse passer I'eau et retienne le poisson. Les relingues (cordes superieures et inferieures qui reliennent le fllet), sont garnies, la supe- rieure de liege afin que le fllet se tienne verticalement dans I'eau , et celle qui horde le pied , de balles en plomh pour former le lest. o®®m° POISSONS QUI SE TROUVENT DANS LE DEPARTEMENT DE LA GIRONDE. POISSONS OSSEUX. 1" Ordre : LES ACANTHOPTERIGIENS. FamiUe des FERCOIDES. Genre PERCHE. La Perche commune de riviere , Perca fluviatilis Linn., Bloch., Gmclin, Cuvier, Lacepfede. Ce poisson est assez ahondant dans noire departement , on le irouve dans toutcs nos rivieres oii il se prend a la ligne volante , aux verveux et a I'epervier. II fraie en Fevrier dans Ics endroils paisibles et profonds ou croissenl de lories planles aqualiques. Ce poisson dont la chair est excellente, n'alteint guere une longueur de plus de 35 centimetres. Tome XIX. 14 ( 178) Genre BARS. Le Loup ou Loubine. Labrax lupus Val. Perca tubrax Linn. La Loubine parait sur^os cotes, du mois d'Aout au mois d'Octobre , suivant la direction du Nord au Sud , et de Fe- vrier a fin Avril, allant en sens contraire. II fraie en Novem- bre sur la cote. On peche ce poisson a la seine en Aout et Septembre et je ne crains pas d'avancer, que plus de 10,000 kilog. de Loubines sont expedies , cliaque an*iee , a Bordeaux , par les pecheurs d'Arcacbon. Des Percoides d une seule dorsale . Genre SERRAN. Le Serran, Serranus cabrilla Val. Assez rare sur nos cotes , ou cependant , h ma connais- sance , on en a pris plusieurs a I'aide du filet tramaille , de la longueur de dix-buit a vingt centimetres. Des Serrans dont la mAchoire inferieure seulement est garnie de tres-pelUes ecailles, ou des Meuou. Le Grand Serran buun nomme vulgaircmcnt Merou. Perca gigas ( Gmelin et Brunswich). €erranus gigas ( Valcncienne). De la longueur d'un metre , il peso jusqu'a trente kilo- grammes. Nos pecbeurs du golfe de Gascogne , bii donnent le nom cspagnol do Merou. II s'approcbe de nos rivages en Avril et Mai; sa chair est bonne et a un gout aromati- quc. ( 179 ) Genre VIVE. La Vive commune. Draco minor (Salvien). Trachinus draco ( Linne). La Vive commune fiaie en Mai , sur la cole , et renlre dans le bassin d'Arcachon an mois de Mars . ellc s'y tient dans les petits, chenaux ou il y a pen d'eau ; elle en sort an mois de Septembre. Le dard de la nageoire superieure de ce poisson canse une blessure tellement douloureuse , que les personnes qui en sont piquees , deviennent comme lolles. La chair de la Vive est bonne h manger. Elle atteint la longueur de 55 centimetres. Je ne puis passer sous silence une superstilionj^des pe- cheurs d'Arcachon , relative a la piqure de la Vive. lis affirment, avec un grand sangfroid, que cette cuisante douleur ne cessera , aux personnes qui out ete blessees , qu'au commencement de la prochaine maree , et rien au monde ne pourrait les faire sortir de cette erreur grossiere. La Petite Vive, Trachinus vipera Val. La petite Vive est plus commune sur nos cotes que la precedente ; on la prend k la garolle . a la seine et a la sar- diniere. On n'en fait aucun commerce, et elle est rejetee a la mer aussilot prise , par la crainte qu'ont les pecheurs d'etre piques par leur dard. Fraie en Mars et Avril. Des MULLES propremenl dUs, nommes aussi Roucets el ROUGETS BARBETS. Le Surmulet ou grand Mule rave de .iaune. ( Connu k Bordeaux sous le nom de Barbcau ou Barbarin). Mullus surmulelus Linn. Ce poisson est dc passage; il fraie sur nos coles en Mai; ( 180 ) I'cpoque a laquelle il est le plus abondant ct la peclie la plus productive, est en Juillet. La seine et I'aumaillade sont les fllets qui servent a le prendre. Le vrai Rouget ou Rouget Rarbot , Mullus barbatus. Valencienne. Fraie en Mai et Juin ; se prend avec les memes filets que le precedent. Les marins d'Arcachon parent ces deux especes , en leur enlevant, avec I'ongle du pouce , quelques ecailles : le sang afflue a I'epiderme et leur donne cette belle couleur carmin. lis appellent cette operation habiller lepoisson. Des ACAI«TUOK*t£ri«1EI«S A joue culrasseo. Genre TRIGLE. Le Grondin rouge. Trigla cuculus (Linn.). Trigla cuius (Blocli. ). C'est au mois de Mars et d'Avril que la peche de ce pois- son , qui se pratique avec le filet tramaille dit de peougue , est la plus abondante. II est de passage ; parait sur nos cotes , de Seplembre a fin Juin , et fraie en Fevrier. On en prend environ 27,500 kilog. en annee moyenne. Perlon ou Rouget grondin, Trigla hirundo Rloch. De passage ; fraie en Mars , se prend avec le meme filet que le precedent : il est moins commun. Grondins proprement dits ou Grondin gris. (Vulgairement nomme k La Teste Pirclong). Trigla giirnadus Linn. Ce poisson se tient constamment sur nos cotes , a en- viron cinq ou six kilometres en mer ou les peclieurs d'Ar- cachon le pechcnt a I'aide du Iiamccon. ( 181 ) On en prend annuellement 12,000 kilog. environ. II fraie en Fevrier. Genre CHABOT et CHABOISSEAU. Le Ciiabot de riviere , Cottus Gobio Linn., Bloch. Ce petit poisson atteint la longueur de 10 ci 12 centime- tres ; il fraie en Avril et Mai , se cache sous les pierres. Sa nourriture principale consiste en insectes et en larves de libellules; il nage avec rapidite, sa chair est saine et agrea- ble an gout : elle devient rouge h la cuisson. Le Ciiabot de mer ou Chaboisseau. ( Vulgairement nomm6 Crapaud de mer ). Cottus scorpiiis Linn. Le Chabot de mer est tres-vorace ; il nage avec une grande rapidite ; ses habitudes sont tressolitaires. II quitte le fond de la mer au printemps, pour y retourner en hiver ; sa chair est tres-mediocre et ne sert qu'a la nourriture des gens pauvres ; il atteint la grandeur de 38 centimetres , et fait avec I'epine de son preopercule des blessures tres-dou- loureuses : il vit fort longtemps bors de I'eau. Chaboisseau de mer a longues epines, Cottus bu- balis Euphrasen. Longueur 18 centimetres. Fraie en Avril. Ce poisson est fort pen estime : il est rejete a la mer aussitot pris. Genre SCORPENE. SroRPENE , scoi'pena Linn. La Scorpene se prend a vingt-cinq ou trente kilometres au large ; elle vit longtemps hors de I'eau , sa chair est saine , raais tres-coriace ; elle conserve du mouvement meme coupec en morceaux. ( 182 ) Genre EPINOCHE. L'EPINOCUE A QUEUE ARIMEE OU PlCARD. Gasterostetis trachurus ( Val. ) Gaslerosteus aculealus (Linn.)- L'Epinoche n'atteint pas une longueur ile plus de 75 mil- limetres ; elle fraie en Avril el Mai et mulliplie tres-vile , vit Ires-longtemps hors de I'eau elant deposee dans de I'berbe humide. Ce poisson est peu estime comme aliment. L'Epinoche a queue nue , Gaslerosteus leiurus Val. Longueur 60 a 70 millimetres. Entierement identique avec la precedente quant a I'epoque du frai et a la repro- duction. Le Gastre ou Epinoche de mer a museau allonge , Gaslerosteus spinachia Val. Longueur 15 a 18 centimetres. Les habitudes et I'epoque du I'rai de ce poisson me sont inconnues ; sa chair est peu eslimee. Famine des SCIENOIDES. Genre SCIENE ou MAIGHES. Le Maigre. Scicena aquita (Val.). Cheilodiptere aigle (Lacepede). Au Verdon et a La Teste. On considere I'arrivee du Mai- gre comme I'annonce de la venue des sardines. Ce poisson est Ires fort, arrive a la grandeur de 1 metre 40 centi- metres et pese jusqu'a 25 kilogrammes. On I'assomme aussitot pris a cause de sa force. On en prend environ 50,000 kilogrammes par an. Sa chair est tres-estimee. (183 ) Genre OMBRINE. L'Ombrine commune. Umbrina vulgaris (Val.). Scicena arrhosa (Linn.). Ce bel et bon poisson est assez rare ; il ne devient pas aussi grand que le Maigre avec lequel les pecheurs d'Arca- chon^^le confondent. II atteint ordinairemenl 90 centimetres de longueur et pese jusqu'a 15 kilogrammes. Des SPAROIDES. Genre SARGUE. Le Petit Sargue , Sakguet ou Sparaillon. Sargus annularis (Val.). Spams annularis ( Linn.). Rare. Fraie en Avril et Mai. Sa chair est peu estimee, bien que les anciens la trouvaient excellente. JEUen pretend que ces poissons sonl tres-prudents ; que pendant I'hiver ils se blotissent les uns contre les autres pour se rechauffer , et qu'au printemps , ils font de grands trajets pour chercher la nourriture qui leur convient. Genre DAURADE. La Daurade vulgaire. Chrysophris aurata (Val.). Sparus aurata (Linn.) Ce poisson de passage sur nos cotes d'Avrii a Octobre , fraie en Avril et Mai. II est grand mangeur de coquillages , de monies surtout. La Daurade craint bcaucoup le froid. L'hiver de 1829 i 1830 , en fit perir un grand nombre dans les reservoirs , ou elle enlre en grande quantile et ou elle engraisse bcaucoup. ( 184 ) Genre PAGEL. Le Pagel commun. Pagellus erythrinus (\a\.). Sparus erythrinus ( Linn.). Le Pagel se nourrit de poissons et de coquillages , va par troupe el n'approche du rivage qu'au printenips : on le prend par 50 k CO brasses d'eau. Le Rousseau ou Pagel a dents aigues. Pagellus centrodontus ( Val.), Sparus centrodontus (Laroche). Ce poisson n'approche du rivage qu'au mois de Mai , y sejourne pour y frayer jusqu'en Juillet; sur nos cotes, la femelle parait toujours avant le male. Genre DENTE. Le Dente ordinaire. Dentex vulgaris ( Val.). Sparus dentex (Linn., Bloch). Ce poisson est Ires-rare sur nos cotes ; a ma connais- sance on n'en a pris qu'un, pesant G kilog. 500 grammes. Genre BOGUE. Le BoGUE VULGAIRE. Box vulgaris (Val.) Sparus loops (Linn.). Rare. Brille de couleurs tres-vives , sa chair est saine et de bon gout surlout a I'epoque du frai , se nourrit de vege- taux . atteint 53 centimetres de longueur. Fraie deux fois par an. La Saupe. Box sal pa (Val.). Sparus saipa (Linn.) (»185 ) Rare. Plus biillant que le precedent, fraie au prinlemps, chair peu eslimee, vit principalement sur les plages va- seuses. Des SCOIVIBEROiliES. Scomberoides a fausses pinnules el sans armure a la ligne lalerale. Genre MAQUEREAUX. Le Maquereau commun , Scomber scomhrus Linn. Bloch. De passage sur nos cotes ; entre en petite quantite dans la Gironde et dans le bassin d'Arcachon , ou on le peclie a la seine et a la courtine. On en prend en abondance a trente-cinq ou quarante ki- lometres au large; il atteint la grandeur de 50 centimetres. J'ignore Tepoque de son frai ; toutes mes rechercbes , a ce sujet , ont ete infructueuses. Genre THON. Le Thon commun , Thynnus vulgaris Val. Assez rare sur les coles de la Gironde, fraie au printemps; j'en ai vu prendre un de 1 metre 55 centimetres. Genre SAUREL. Le Saurel ou Maquereau batard. Caranx tracliurits (Val ). Scomber trachurus ( Linn. Bloch ). Ce poisson nomme vulgairement Chicarou , est assez rare sur nos cotes ou il fraie en Avril. Je n'en ai vu qu'un qui avail 40 centimetres de longueur. Scomberoides a bouche conlracHle. Genre ZEES. La Doree commun, Zeus faber Linn. On aj^)elle vulgairement ce poisson, Jau, Coq ou Rose; I 186 ) il est excellent, alteint 65 ou 70 centimetres de longueur. De passage sur la cote, de Fevrier en Octobre. II fraie en Mai. On prend celte Doree a I'aide du filet tramaille dit du peougue. Genre LA3IPR1S. Le Lampris tacdete ou Curvst6me. (Nomme vulgairement Poisson-lune). Lampris guttatus Retzius. II atteint de fortes dimensions. L'epoque du frai de ce poisson m'cst inconnue. Famillc des TOBNOIDES. Genre ANTERINE. L'Anterine pretre , Antherina presbyter Val. Ce poisson nomme aussi Pretre, Abmseau . Roseret ou Rosere, fraie d'Avril a fin de Mai ; il atteinl 15 centimetres dans sa plus forte taille et il se trouve dans tons les etangs, rivieres et viviers de notre departement. On le prend a la ligne , a I'epervier , etc. Sa chair est peu estimee a cause de son gout d'amertume. Des iriUCilliOlDES. Genre MUGE ou MULET. Le Muge capiton, Mugil capita Val. Ce poisson parait sur les cotes de la Gironde , du mois d'Aoiit au mois d'Octobre , allant du Nord an Sud et de Fe- vrier a fin Avril , allant en sens inverse. On le prend a la seine; en grande abondance en Aout et Scptembre. On en prend en moyenne 10 a 11,000 kilogrammes par an. — Fraie on Novcmbre. ( 187 ) Le Muge a grosses levues, Mugil chelo Val. Memes observations que pour le Muge capiton. Le Muge sauteur, Mugil soliers Risso. On en prend en moins grande quanlite avec un autre filet nomme Courline , qu'il franchit avee facilile. Les pecheurs sont obliges, lorsqu'ils en voient dans leurs filets , d'en ten- dre d'autres au-dessus des premiers formant la poche. Le Muge dore , Mugil auratus Risso. Nomme aussi Risleou, dans notre departement. Ce muge se peche , en tres-grande abondance , dans le bassin d'Ar- cachon , a I'aide d'une seine qui porte son nom. Sa chair est ferme , debcate et estimee. Le Muge raccourci. ( Nomme vulgairement a Bordeaux Sardon ), Mugil curtus Yarell. Cette variele du Muge ne se prend que dans nos rivieres; elle se peche en plus grande abondance en Mars et Avril. Fraie en Avril et Mai. Famille des GOBIOIDES. Genre BLENINIE. La Rlennie papillon, Blennius ocellaris Linn. Se tient le long des rivages ou elle se nourrit de petits crustaces et de petits poissons qu'elle prend dans les algues. Chair molle et sans valeur ; atteint 75 millimetres de lon- gueur. La Rlennie chevelue , Blennius crinitus Val. Meme habitat et memes habitudes que la precedente ; re- raarquable. aux nombrcux (ilets qu'elle a sur la nuque et aux sourcils. Longueur 50 millimetres. ( 188 ) Genre GONNELLE. La Gonnelle vulgaire. Gunnellus vulgaris (Val. ). Blennius gunnellus (Linn.). Longueur 17 a 18 centimetres. Genre GOBIE. Le GoBiE COMMON, Gobius nigcr Linn. Commun sur nos cotes de I'Ocean ; atleint la longueur de 85 a 90 millimetres ; il est tres-eslime pour la delicatesse de sa chair. On se sert , pour le prendre , du filet nomme trotiguey que Ton tend par quatre brasses de fond. Le GoBiE A DEDX TEiNTES , Gobius bicolov Gmel. II est un peu plus allonge que le precedent, et n'en differe qu'en ce qu'il a un rayon de plus a la deuxieuie dorsale. Le Gobie a haute dorsale , Gobius joso Linn. Plus rare que les deux especes qui precedent ne depasse pas 12 a 15 centimetres dans sa plus forte taille. Le Gobie buhotte, Gobius minutus Penn. Tres-commun dans le bassin d'Arcachon ou on le designe sous le nom vulgaire de malehotle. On le prend en hiver, sur les crassats a I'aide du filet appele esquirey ; sa chair est fade , et ne sert qu'a la nourrilure des gens necessiteux- Genre CALLIONYME voisin des GOBIOlDES. Le Callionyme lyre ou Doucet , Callionymus lyra. Linn. Chair legere et de bon goiit ; sc prend en pleine mer au hamecon, par trente h quarante brasses de fond. Ceux que j'ai vus, ont ele pris de cette maniere. ( 189 ) Le Callionyme draconnet , Calliomjmus dracun- culus Linn. MSmes renseignements que pour le Callionyme lyre. . Des Acanthoplerigiens a peclorales pediculees. Genre URANOSCOPE. Le Rat, Uranoscopus scaher Linn. Ce poisson est fade au gout et ne sert qu'a la nourriture des gens necessiteux : on en porte peu a Bordeaux. II fraie en Mars et Avril et se prend h. I'aide du fllet tra- maille dit du jieougue. Genre BAUDROIE. La Baudroie commune, Lophius piscatorius Linn. Appele aussi poisson pecheur; il fait la guerre aux squa- les et chiens de raer. Mordant rarement au hamecon et se tenant ordinairement au large ,. je n'en ai vu qu'une seule dont la chair etait excessivement fade ; cette Baudroie me fut portee par le capitaine du chasse-maree le Prinlemps. liABROIDES. Genre LABRE. Le Labre varie , Labrus mixtus Art. Linn. Fraie en Avril , pese jusqu'a deux kilos et demi. Chair bonne ; se nourrit de crustaces. La Vielle verte. Labruf donovani ( Val.). Labrus snillus (Linn ). Se preiid sur les crassats. Longueur 30 centimetres. Ne sert qu'a la nourriture de la classe pauvre. Le Labre a trois taciies, Labrus trimaculalus Gnici. Longueur 50 a 32 centimetres. ; 190 ) Ces trois especes sont pen communes dans notre tle- partemenr, , n'habitant guere que les endroils rocheux : on les trouve cependant a I'embouchure de la Gironde. Genre CRENILABRE. Le Crenilabre melope. Crenilabrus melops (Val.). Labrm melops (Linn.). Chair bonne ; fraie en Avril , se nourrit de crustaces. Le Crenilabre de Baillon, Crenilabrus Bailloni, Valencienne. Fraie en Avril et Mai ; alteint 20 centimetres de longueur; sa chair est excellente. 2""' Ordre. — LES MALACOPTERIGIENS. Famine des CYFRINOIOES. Genre CYPRIN. La Carpe commune, Cj/prinjts c«?'p»o Linn., Gmelin, Lacepede , Cuvier , Bloch. La Carpe habite les endroils profonds de nos rivieres; on la trouve dans celle de Bordeaux, dans celles de I'lle, de la Dordogne , de la Leyre et dans la plupart de nos jalles et viviers. On la peche au moyen de la seine , de I'epervier , a la ligne dormante, etc.; on en prend qui pesent jusqu'a huit et neuf kilogrammes. La saison la plus favorable pour la peche de ce gros poisson de riviere , est au mois de Mai; pendant I'epoque du frai , la carpe quilte alors les endroils profonds qu'ellc habite ordinairement et nage a fleur d'eau, parmi les herbes des bas-fonds exposes au soleil et sur les bords de nos rivieres. Elle choisit pour deposer son frai , les endroits ou il y a beaucoup d'herbes. ( 191 ) Cyprin doue ou Dorade de la chine , Cyprinun auratiis Linne, Gmelin, Lacepede, Cuvier, Bloch. Le Cyprin (lore, cet ornement oblige des bassins et viviers de nos proprietes d'agrement , est anssi eleve dans des vases en verre, pour le decor des appartements. Cette jolie es- pece de poisson fraie dans les viviers dont le fond est garni d'herbes, vers le mois de Mai et d'Avril; elle croit assez vite. Genre BARBEAU. Le Barbeau commun. Cyprinus barbatns (Lacepede , Cuvier). Cyprinus capita (Linne, Gmelin). Cyprinus barbus { Bloch ). Barbits /luviatilis (Flemm.). Celte espece se plait dans les endroits sablonneux de nos rivieres et jalles ou elle est assez abondante. Elle pese quelquefois jusqu'a cinq ou six kilogrammes. On emploie pour pecher le Barbeau , les filets nommes verveux et epervier; rarement la ligne. II fraie en Mai et Juin. Genre GOUJON et TANCHE. GOUJON COMMUN. Cyprinus gobio (Linne, Gmelin, Lacepede). Gobio fluvialilis (Cuvier). Ce petit poisson que Ton appelle Trogue dans la riviere de la Leyre et Goujon ou Goyou dans les autres rivieres , jalles et viviers de notre departement , est assez estime k cause de la delicatesse de sa chair. II parvient a 11 ou 12 centimetres de longueur ; on le prend au verveux , a I'epervier , a la ligne et a la nasse. II fraie a plusieurs reprises d'Avril a fin Juillet. L'anguille detruit beaucoup de cette espece. ( 192 ) Tanche. Cyprinus tinea (Linne, Gmelin, Lacep., Cuv.). Tanca (Bloch.). La Tanche peuple en grande quanlite tons nos etangs , rivieres , marais , jalles et viviers. Elle fraie aii mois do Mai. La Tanche passe dans I'engourdissement la partie la plus froide de I'annee. Sa chair est assez bonne quoique ayant un gout vaseux ; celles de I'etang de Cazeau sont les plus eslimees : elles y sont tres-coramunes. La Tanche se prend a la seine , a I'epervier, au verveux, au renard et a la ligne. Elle habile surtout les rivieres. Genre ABLE. Breme. Cyprinus branca (Lacepede , Bloch). Cyprinus farenus [ Linn. ). La Breme habile de preference les endroits paisibles de nos rivieres. Elle fraie dans le mois de Mai et Juin , sur les fonds gar- nis de roseaux. On en prend souvent qui ont 40 centimetres de longueur. Le Rotengle. Leuciscus erytrophtalmus (Val.). Cyprinus erylrophlahmis (Linn. Lacep., Cuv.). La chair de ce poisson est rcmplie d'areles el n'a aucune valeur ; fraie en Avril et Mai. Sa chair est seche et souvent vaseuse. L'Eperlan , Leuciscus Eperlanus. Ce petit poisson nomme ainsi a cause de sa blancheur , qui ressemble assez c'l celle des perles, se prend dans les ( 195 ] chenaux du bassin d'Arcachon et a rembouchure de la Gi- ronde , oii il reinonle jusqu'a I'eau douce. Les pecheurs em- ploient, pour sa peche, le fllel nomme Trouguetj qu'ils ten- dent en travers du chenal ; puis , ils se transportent au-de- vant du filet , agitent I'eau a I'aide des avirons , font beau- coup de bruit afln d'efTrayer le poisson qui fuit et se jetle dans le filet. On en fait un assez grand commerce ; ce pois- son fraie en Mai et Juin. Le Gardon , Leuciscus rutilus Yal. Fraie en Avril et Mai. A cette epoque , le corps du male se couvre de petits tubercules qui , dans le commencement, le rendent dur au toucher . comme s'il etait saupoudre de sable fin; les plus gros de ces tubercules se developpent sur la lete. Le Chevaine ou Meunier. Leuciscus dohula (Val.) Cyprinus dobula (Linn., Bloch.) Ce poisson se nourrit de graines , de detritus de vegetaux et de diverses substances animales ; il attaque les vers , les sangsues, les limaces el les insectes aquatiques. Fraie en Avril et Mai , depose son frai sur les graviers , peu reconverts, d'une eau tres-courante. A I'automne le Meunier se retire dans les eaux tres-pro- fondes, y sejourne pendant I'bivcr, et ne reparail qu'au mois de Mars a la surface de I'eau ; il resiste tres-difflcilemeut a la forte cbaleur. La Vandoise. Leuciscus vulgaris (Flemm.l. Cyprinus leuciscus (Linn,). La Vandoise habile et prefere les grandes rivieres aux peliles ou elle n'enlre qu'en Fevrier et Mars pour y frayer ; atteint rarement 33 centimetres dc longueur. Tome XIX. 15 ( 494 ) L'Able de la GiRONDE , Lcuciscus Burdigalcnsis Val. Ce poisson est tres-vorace , se noiirrit de dipleres , d'in- sectes et de petits poissons; mord tres-bien aux hamegons. II fraie en Avril et Mai sur les graviers ; atteiut ordinai- rement de 22 a 23 centimetres de longueur. Genre LOCHE. LoCHE FRANCHE ou PETIT Barbot , Cohilis harhatula Bloch, Linne , Gnielin, Lacepede, Cuvier. La Loche habite nos rivieres , nos jalles et nos marais en assez grande quantite. Eile acqiiiert line longueur de 12 a 14 centimetres ; fraie en 3Iai et se peche a I'aide de I'eper- vier et de la nasse : sa chair est excellente. La Loche de riviere, Cohitis tania Linn. Longueur 10 centimetres; vorace, se nourrit de petits vers. Fraie en Mai. Chair seche , maigre et de mauvais gout. Genre SILURE. Le Mal , Silurus Giants Linn6. Get enorme poisson nomrae par les pecheurs d'Arcachon, qui le prennent avec les filets tramailles dit du peougue , Chenille ou Canille, est ordinaireraent rejete a la fner a cause du peu de delicatesse de sa chair, et surtout a cause de son poids, qui va quelquefois jusqu'a 150 kilogrammes. II fraie au mois de Mars. Genre ESOCES ou LUGIOIDE. Brochet ordinaire , Esox Lucius Linne , Bloch , Lacep{;de , Cuvier. Ce poisson vit dans nos etangs , rivieres , jalles , ruis- seaux , marais et dans plusieurs viviers de notre departe- ment. 1 \ ( 195 1 II est excessivement vorace ; on I'appelle avec juste rai- son le Requin d'eau douce. II se tient ordinairement dans les endroits ou il y a un courant rapide qu'il cherche a remonter. J'ai vu un Brochel, pris dans I'etang de Cazeau, qui avail attaint la longueur de 1 metre 57 centimetres ; il pesait 13 kilos 25 grammes. On en trouve en quantite du poids de cinq , six et neuf kilogrammes. II fraie en Fevrier et Mars. On pent dire du Brochet , qu'il se jette sur tout ce qui remue : poissons , volatiles , palmipedes , reptiles , tout lui est bon pour assouvir sa voracite. Sa chair est ferme et de bon goiit, a I'exception de I'epo- que du frai ; pendant ce temps , elle est beaucoup moins bonne. Quoique ne vivant pas hors de I'eau anssi longtemps que la carpe , il a cependant la vie tres-dure. On le peche le plus communeraent a la seine ou a la ligne. Genre ORPHIE. Aiguille ou Orpiiis. Essox belone (Bloc). ilcMS (V. deB.). Belone vulgaris (Val.). Cette espece de poisson se trouve en abondance dans le bassin d'Arcachon , sur la cote de notre departement , el a I'entree de notre riviere. Elle fraie d'Avril a Mai dans le bassin d'Arcachon et dans la Gironde. 11 faut un an pour que CO poisson atteigne une grosseur marcbande ; c'est dans le mois de Juillet que le petit poisson de cette espece est le plus abondant. Ce poisson disparait entierement de nos cotes a la fin du mois d'Octobre. ( 496 ) La maiiiere de p6chcr Vaigiiille est bien differente dcs autres peches , car c'est a I'aide d'un flambeau qu'on les prend a la foene. Au devant de rembarcation , un instrument en fer , sou- tenant du bois resineux el enflamme, jetant une vive clarte, attire ce poisson , que les pecbeurs foenent. A I'aide de ce precede, on fait des peches qui sont tres-abondantes et j'ai vu des pecbeurs qui , dans une nuit , en avaient pris jus- qu'a 60 et 80 kilogrammes. Ce poisson a la cbair fade et est fort desagreable a cause de la grande quantite d'aretes qui s'y trouvent. Ces incon- venients n'empecbent pas d'en faire un tres-grand debit tant a Bordeaux que dans les autres parties du departement. Genre EXOCET. L'EXOCET AUX VENTRALES TACnETEES , ExOCCelUS Spi- lopus \a]. On en prit un. le 7 Juin 1847 , en ma presence a envi- ron quinze kilometres en mer ; il etait long de 28 centime- tres. Quoique pen charnu . sa chair m'a paru excellente. II parait etre tres-rare sur nos cotes. Cependant les vieux pficheurs , avec lesquels je me trouvais , m'ont affirme en avoir vu et meme pris quelquefois. L'ExoCET FCYARD , Exocoetus evolans Linn. On le prend en plus grande quantite que le precedent , mais jamais a epoque fixe ; ce qui me porte a croire que cette espece a devie de la route qu'elle suit ordinairement, lorsqu'on la prend. Famille des CI.TTP£OIDES. Genre HAllENG. Le Hareng common, Clupea harengus Linn. Ce poisson est assez rare sur nos cotes , on en prend ce- pendant quelques-uns, mais a de longs intervalles. ( 197 ) Le Gat ou Gatte, Clupea faUax Gmcl. Ce poisson si commun dans nos rivieres , liabite aussi la mer ou on le trouve souvent. Sa chair est bonne , mais peu estimee a cause de la quantite d'aretes qui s'y trouvent; on en fait un tres-grand commerce dans notre departement. Fraie en Avril et Mai. Genre HARENGULE. La Harengule esprot, Harengula spratus Val. Ce poisson si commun dans nt)s mers du Nord . se ren- contre aussi, mais plus rarement, aux abords du bassin d'Arcacbon ou on le confond avec la sardine a laquelle il ressemble beaucoup a premiere vue. Genre MEI.ETTE. La Melettb commune , Meletta vulgaris Val. Cette Melette fraie en Mai ; se prend en assez grande abondance sur nos c6tes ; atteint la longueur de 10 a 11 centimetres et a la chair assez agreable au gout. Genre ANCHOIS. L'Anchois vulgaire. Engraulis encrastcholns (Val.). Clupea encrasicholus (Linn.). L'Anchois vulgaire se prend en assez grande abondance dans le bassin d'Arcacbon , ou il est peu prise n'y attei- gnant jamais une grandeur marchande. On le laisse sur la cote ou il perit. J'ignore I'epoque de son frai. Famille des SAX.MONOIDES Saumon. Salmo salmo (Val.), Salmo salar [ Bloch). Salmo ( V. de B.). ( 198) Cette espece qui approvisionne les grands marches de notre departement. alteint la longueur de 75 centimetres ^ i metre; j'en ai vu de 1 metre 33 centimetres ; mais ils sont fort rares. Sa chair devient moins honne a I'epoque du frai. Les Saumons remontent de la cote dans les eaux douces qui s'y versent, depuis la fin de Mai ou le commencement de Juin jusqu'a la fin de Septembre. Les pecheurs d'Arcachon en ont pris plusieurs , dans le bassin a I'embouchure de la riviere de la Leyre. an moment oii ils se disposaient a y entrer pour y frayer. On les prend le plus souvent a la seine. D'ailleurs, I'indus- trie des pecheurs pour prendre ce poisson, varie suivant les localites. Cependant dans notre departement , la peche du Saumon commence en Novembre et flnit en Juin. Outre le filet nom- me seine on emploit aussi pour le pecher , le tramail ou filet couranl. Le Becard ou Truite saumonnee. Salmo humatus ( Val.). Salmo (rutia (Lacepede . Salmo fario (Linne. Bloch , Cuvier). La Truite saumonnee se trouve en assez grande quantite dans nos rivieres de I'lle , de la Dordogne et de la Garonne, dans les eaux froides et limpides. Get excellent poisson nomme , avcc juste raison , par Oli- vier de Serres, la perdrix d'eau douce, fraie en Janvier et Fevrier , et c'est pendant ce laps de temps , que sa peche qui se pratique au filet tramaille , nomme tramail , et a I'e- pervier , est la plus abondante. Genre TRUITE (salar). La Trdite vulgaire. b ( 199 ) Salmar a usonii ' Val . ) . Salmo fario ( Bloch ). Longueur de 30 a 40 centimetres. Ce poisson aime les eaux vives , courantes et claires ; il remonte constamment le courant. On le peche a la seine , a la ligne , etc. Les Truites aiment ^ s'etablir dans les trous , sur les bergcs du fleuve qu'elles habitent. et elles y sejournent tellement tranquilles , que les pecheurs qui connaissent leur retraite , vont les y prendre souvent a la main Genre ALOSE. L'Alose commune, Alauza vulgaris VaL Ce poisson tres-commun dans les eaux donees de noire departement , atteint ordinairement la longueur de 30 a 40 centimetres. II fraie d'Avril a fin de Mai ; il se prend a I'epervier, au filet tramaille et meme quelquefois a la li- gne ; il sert h I'approvisionnement de nos marches : sa chair est excellente et tres-prisee par les gourmets. La Sardine, Alauza pilchardus Val. La Sardine connue dans notre departement sous le nom de royan, est un poisson de passage qui parait sur nos c6tes , d'Avril a fin Septembre ; elle se prend a I'aide du filet dit Sardiniere et avec celui dit du fond. ( Voir a la no- tice des peches). La peche de ce poisson se fait sur la cote et dans le bas- sin d'Arcachon ou il entre en grand nombre ; on en prend en moyenne 16,100,000; cette quanlite comprend la peche en raer et celle dans I'interieur du bassin. Elle est conforme aux notes journalieres prises par !a douane au moment de a salaison. L'epoque de son frai m'est inconnue. ( 200 Families des GADES. Genre GADE. MORUE. Gadus morhua i Bloch). Morrhua {\. deB.). De passage sur la cote de Fevrier a fin Juin ; elle est assez rare. Le peu qu'on en prend a I'aide du filet iramaille dil du peougue , est en Mars et Avril. J'ignore I'epoque du frai de ce poisson ; toutes mes demarches a ce sujet ont ete infruc- tueuses. On en prend en moyenne 2,000 par an ; on en porte peu sur le marche de Bordeaux , les pecheurs d'Arcachon les gardant pour leur nourriture. Gade pollack, Gadus pollachius Bloch. Ce poisson est assez rare sur nos cotes ; son passage commence en Fevrier et dure jusqu'au mois de Juin : il se prend aussi a I'aide du filet dit du peougue. On n'en prend guere plus de 1,200 , annee moyenne. Les pecheurs d'Arcachon sent ires-friands de la chair de ce pois- son; ils le nomment Lieu. Merlan. Gadus Merlangus (Bloch). Merlangius (V. de B.). Ce poisson dont le passage commence en Septembre et se termine en Juin, fraie au large en Fevrier, et ne se trouve que sur la cote oii Ton fait sa peche a i'aide du filet tra- maille dit du peougue. On ne prend guere plus de 2,000 poissons de celte cs- pece par an. (201 ) Merlus , Gadus merluccms Bloch. De passage, tres-commun siir les cotes'd'Arcachon. L'epo- que du passage commence en Septembre jusqu'a la fin de Juin , il fraie en Fevrier et c'est dans ce mois et dans celui de Mars que leur peche est la plus abondarite. 11 se prend a I'aide du filet tramaille dit du peougue. On en prend tous les ans, ci La Teste , en moyenne pres d'un million, et il en entre a Bordeaux environ 5 a GOO, 000 kil. Famille des FI.EURONECTES. ft Genre PLEURONECTES. Fletant. Pleuroneelei hyppoghsus (Bloch). Hyppoglostts ( V. de B.^ Cette jolie espece , dont les taches orangees ressortent si bien sur sa peau de couleur grise , entre en grande quan- tite dans le bassin et a I'emboucbure de la Gironde , venant de la cote ; il a les memes habitudes que la sole , il fraie a la raeme epoque pres de la passe. La plus grande abon- dance se peche en Fevrier et Mars. 11 sort du bassin en Octobre ainsi que de la Gironde. La peche de ce poisson se fait en pleine mer a I'aide du fdet tramaille dit du peougue et a I'aide de la courtine et de la seine , dans le bassin : il s'en prend aussi a la foene , non adultes. Le nombre approximatif des poissons de celte espece qui est pris annuellement', est de 2,500 pesant environ 2000 k. La Limande , Pleuronectes limanda Linn. La Limande vit de ters ou d'insectes marins et tres-sou- vent de petits crabes. ( 202 ) La chair de ce poisson est excellente et fort prisec. II fraie en Fevrier et Mars. * Sole lisse. Pleuronectes solea (Bloch). Solea{V. de B.) Cette Sole frequenle la cote d'Arcachon loute Taniiee ; elle fraie en Fevrier. J'ai remarque , dans maintes circon- stances, que ce poisson depose son Irai sur les graviers , en s'y frottant vivement le ventre , h tel point , qu'en les pre- nant, pendant qu'elles le deposent, on leur voit Ic ventre ensanglante. Sa peche se fait a I'aide de la jagude , du leyraou , de la fofene, de la seine et de la courtine dans le bassin d'Arca- chon , et du fllet tramaille dit du peougue , en pleine mer. Les plus grandes peches de ce poisson se font en Fevrier et Mars. On en prend en moyenne, par an, de 11 a 12,000. II faut un an a ce poisson pour atteindre une grosseur marchande , et c'est en Juin que le petit poisson est le plus abondant. Sole brusque ou a grandes ecailles , Pleuronectes macrolepidolus Bloch. Les memes observations consignees ci I'article du Pleu- ronectes solea est en tout applicable h cette espece. Carrelet, Plie ou Platuce. Passer Iccvis ant plya (V. de B.). Pleuronectes plaslessa (Bloch). Ce poisson se rencontre dans le bassin d'Arcachon , sur nos cotes dans toute la riviere de Bordeaux et dans celles de la Dordogne , de I'lle , de la Leyre et dans beaucoup de ( 203 ) jalles et viviers de notre departement. II se preiid au ver- veux , au renard , a I'epervier et k la ligne , dans les eaux douces ; et a la seine . a la courtine , au stoueyre et a la foene dans les eaux salees. Ce poisson fraie en Fevrier , sur les graviers , sur les- quels il depose ses ceufs, en se frollant vivement !e ventre. Ceux qui habitent les eaux salees montent dans les eaux douces a I'epoque du frai pour I'y deposer. II faut un an , au Carrelet pour atteindre une grosseur marchande , et , I'epoque ou la peche s'en fait le plus abon- damment est en Mai et Juin. La Plie pole , Pdeuronectes pola G. Cuvier. On confond souvent ce pleuronectes avec la sole, a cause de la fiuesse de sa chair qui est aussi recherchee que celle de ce poisson. TURBOT. Pleuronectes maximus ( Bloch ). Rhombus piscis (V. de B.). Ce poisson dont la bonte est taut appreciee par les gour- mets, est sedentaire et vient du large. II frequente la cote presque toute I'annee ; il fraie en Janvier , et se prend en pleine mer, a I'aide du filet dit du peougue. La plus grande abondance de ce poisson se peche de Mars en Mai. Pendant rete,.on en prend aussi sur la cote, a I'aide d'une seine nomraee garolle : ces derniers poissons sont polits. Le petit Turbot ou Turbillon rentre dans le bassin ou on le prend a I'aide de la foene et a la courtine , filet qui en detruit beaucoup. On prend en moyenne , par an , 2,000 Turbots, grands, pesant ensemble environ G,150 kil. ( 204 ) Pleuronectes carkelet, Pleuronectes lihombxis Bloch. Ce poisson plus allonge que le Turbot, et que les pecheurs d'Arcachon disent, etre sa femelle , est aussi , sedentaire ; il se prend h I'aide dii filet tramaille dit du peougue. 11 rentre en abondance , tres-petit , dans le bassin d'Arcachon , dans les uiois de Mars et Avril; la plus grande quantite en sort en Octobre. 2.500 a 3.000 poissons de cette espece sont pris , en moyenne , par an. On I'appelle Barbue, dans notre depar- tement. * 4."« Ordre : LES MALACOPTERIGIENS APODES. Famille unique : I.ES AMGUII>I. Tome XIX. 17 ( 226 ) Hab. In Peloponneso , in Syria ( Labiilartliere ). Ressemble aux gros individus du R. cylindrica, mais celui-ci a sa vake calicinale aiguc, plus courte et son epillet est reduit a un seul fleuron. Valerfanella tnerassafa Ghaub. Fl. Pelop. n.» 45. — Muricato-hispidula rigida : Ramis floriferis incrassatis antice canaliculatis adbreviatis : Fructu ovato-hirto coro- nato dentibus quaUior qiiarum una majore utrinque uni- denticulata ®. — V. eriocarpa Dufr. Monogr. t. 3, f. 4.— Rchnb. Ic. crit. f. 152.— Mutel. Fr. t. 25 , f. 2!4 nop Desv. Hab. Les rives du Tarn , les environs de TouloUse , le pare de Malesberbes pres de Nemours . la Moree. Obs. Trfes-voisine du V. dentata eriocarpa qui est la pi. do M. Desvaux ainsi que le montre la figure qu'il en a donnee et dont nous joignons un decalque a la notre ; niais elle s'en distingnc essen- tiellement, i.» par ses rameaux. lloriftTcs renfles au-dessous des fleurs et canaliculus a la face interne , caractfere qui la distingue des espfeces voisines et qui ne permet pas de la rapporter au V. erio- carpa de Desvaux comme Font fait MM. Mutel , Cosson et Germain , Lagrfeze-Fossat , etc.; car, ni les figures, ni les descriptions de la pi. de Desvaux ne notent cette difference plus essentielle que le d^ve- loppement plus ou moins grand de la couronne du fruit. 2 ° Elle s'en distingue encore par son fruit plus court relativement a sa grosseur et dont la couronne est aussi large au moins que le ventre , au lieu d'fetre au contraire plus etroite; mais celle difference a nos yeux est de moindrc iniportaqce que le renflement des rameaux qui toujours accompagne cette forme. Au reste , il est certain par des echantil- lons provenant de M. Desvaux m6me et qui sont conserves dans I'herbier Delessert, qu'il a confondu ensemble les deux plantes. Mais sa description et surtout la figure qu'il en a donn(5e dans son journal et dans la Notice de Loiseleur, montrent que la pi. qu'il a decrite sous le nom de V. eriocarpa n'est point notre V. incrassala , mais bicn le V. dentala k fruit velu et couronne un pcu plus ample que d'ordinairc , ce qui n'cst pas une difference specifiquc a nos yeux. ( '227 ) N.o 2. Crocus nivalis B. el Gbaub. Exp. en Moree et Fl. Pelop. n." 49. t. o. f. 1 1832). — Foliis coaetaneis : Slig- malibus longitudine niediocribus profunde dislinctis valde inaequalibus valdeque apice dilatatis siibflmbriatis : Spatba duplici semipellucida : Corolla purpurea fauce lulea (nuda?) If — C. Sieberi Gay. Bull. Feruss. 25. p. 219? ( Not. ) A. C. verno differt spatba duplici, fauce lutea . stigmatibus profundius divisis , et a C suaveolente cui magis afflnis , bulbis reticulatis. Hab. In Peloponnesi alpinis ad nivem debquescentem , in Parnasso. Crocus levfgatas B. et Chaub. Exp. en Mor. et Fl. Pelop. n.o 50. t. 2. f. 2 (1832). — FoUis cofetaneis : Stigmatibus profunde distinctis valde insequaiibus in laciniis filiformibus divisis ( stamina superantibus ) : Spatba acuta duplici : Tunicis Bulbi lasvigatis coriaceis lucidis ^. . — C. Tourneforlii Gay, 1. c. Hab. In Gycladibus insulis , Mile , Termia. ( Obs. ) A. C. Tourneforlii Gay. vix dilfert tunicis coriaceis nee fibrosis fibris parallelis. Si hse duse plantae una et eadem species sint , cuinam prioritas? PI. gayana jam ab anno 1851 edita nostraui ante- cedit. Sed Crocoruiu specimina e Grsecia allala Dom. Gay a nobis communicata fuerunt , et cerlfe tres paginas edere facilius est quam floram intcgram peloponnesiacam. Ergo prioritas Dom. Gay rationc anni et nobis ratione juris et sequitatis. Pancratium iiiyricuni Lin. Sp. 418. [Obs.) Dans le Mantissa, p. 36:2, on lit : P. mariiimum. — Folia latiludine pollicis , at in J", illyrico Galanlhi foliis vix latioribus. 11 y a \h mc'prise evidentc. C'est I'inverse qui est la verite; car celle d^s deux plantcs qui a les diamines plus longues que le nectaire et qui est le P. illyricum , a les feuilles beaucoup plus larges que le ( 228 ) P. maritimum , qui souvent ne les a pas plus larges que le Galan- thus nivalis. Toficldla ossifraga Nem. ( Antherkum ossifragum Lin. ). — Abama osfifragd Cand., Duby. [Obs.) Ainsi que I'a remarque Linn^, I'affinitt' de cette planle avec le T. calyculala ( Anlhericum calyculatum Lin. ) est trop grande pour qu'elle en p'jisse 6tre separee de genre ; car elle n'en difffere que par son ovaire k un seal et non a trois styles , ce qui est de grande consideration dans le systfeme sexuel; niais le caractere g^nerique a pour but unique de faire reconnaitre le genre et non de le constituer : est ut genus noscalur non ul genus fiat selou I'expression de Linne. 11 est surprenant que cette verite soit ignoree ou meconnue par la foule des botanistes de nos jours. Cette igno- rance ne tend h rien moins qu'a la destruction des families naturelles. Ces families , en effet , n'etant que des reunions de genres , ■ si ces genres ne sent .point naturels , comment leur reunion pourrait-elle l'6tre? Veronica spnrla Lin. Sp. 13.— Canlibus 5-6 deci- met. longis , dense breviterque hirta : Foliis angusle lanceo- latis dentibus simplicibus laxis obtusiusculis breviler petio- latis subverticillalis : Floribus in spicis terminalibus parvu- lis : Bracteis parvis vix calyce longioribus : Pcdunculis calycis longiludine : CoroUse lobis ovoideis ; Genilalibus vix exserlis : Capsula ovoidea cordata calycem excedente nervo marginata %■ — V. paniculata Benth. in Cand. Prod. 10. p. 465.— V. foliosa Walds. Kit. Hung. 2. t. 102.— F. altaica Fisch. — V. amethystina W.— V. serrulata Pall. — T. virgata Link.— V. brevifotia Bieb. /3 V. linarieefoUa Pall, — Fol. lanceolalo-linearibus. — V. Hostii MoretL— V. carlilaginca Ledeb. 7 F. mollis Link.— Fol. iilrinque lomentosis , ramosis- siraa. — V. elegans Cand. — V. stephaniana Rcem. etSchuIt. Hab. In Germania, Ilungaria, Italia, Siberia. * r ( 229 ) ( Obs. ) Selon M, Benthani , cette plante ne serait autre que le V. paniculata Lin. Sp. 18; niais celle-ci ayant des grappas florales laterales et non terminales seulement , cette maniere de voir ne saurait etre admise quand m6nie elle serait fondee sur I'herbier de Linne ; car cet hcrbier ne peut temoigner contre le Species et n'a d'autorite que quand il se trouve d'accord avec lui. Veronica prostrata Lin. Sp. 16. — Gaulibus basi prostratis 1-3 decimet. longis : Foliis petiolalis ovato- oblongis , superioribus lanceolato-linearibus crenati? : Race- mis densifloris : Corolla coerulea lobis apice angulosis subacutis : Pedunculis calycem subeequantibus : Capsiilis ovoideis cordatis '^- . ! "V Tab. 6 (Juiicus) l.uzula greeca yV. Exp. en Moree,n.. S<^i Tab. 7 wWosti.** capillartS Hn. Herb, ex Smith. /c./ierb.L.nU.S'i 2. X.albaim .^/3. ^ 3. A. valbarb Wtm- c Tab 8 iVeronk-a chamsedryo Ides//. 2 V.CI^iOin.t'vdrys Un Tah C; 1. veronica d..gri^sV\5 Uns/o. CKaub . ihi. 2 , v.. Fries i( /V. Tab. JO (hM\y t'c i . Veronica ftlLformis Smifh 2 .\ ■ .'^tbtKorpidefolia A'" . Tab. II l.Salfx propencLens N> 2. . S . alba L w Tab 12 Chaub.fec. I Caliant. corislriclum chMiLcnS.'Am.^n.(/He(;on, p. 16, in-8", Paris, 1829. ( 245 ) quoique prise au mois de Janvier 1852 , n'est pas enliere- ment blanche. Une espece de masque fauve , seme de quel- ques laches blanches , couvre la partie anlerieure de la tele depuis la machoire superieure jiisqu'aux oreilles qui sont blanches. A I'occiput , le fauve est plus melange de blanc et diminue insensiblement jusqu'aux epaules. Le dos esttiquete de polls fauves ; la croupe , de meme que le reste du corps, est blanche , la queue est noire dans la moitie de la lon- gueur. Ce reste de la livree d'ete qui existe sur cetindividu, doit etre attribue au peu d'intensiie du froid de nos hivers. MUSTELA MARTES Linn., Marie commune, Buffon . pi. XL VI , I. H , ed. in-4o de I'lmpr. royale;, 1781. La Marte , rare en France , ne se trouve dans ce pays-ci qu'accidentellement. On ne m'a donne aucun renseigne- ment sur celle qui m'a ele offerte ; je ne puis faire connai- tre ni les lieux qu'elle habite , ni Tendroil oii elle a ete prise. Longueur depuis lebout du museau jusqu'a I'origine de la queue 0,73 Longueur de la queue 0,27 Hauteur du train de devant 0.19 Hauteur du train de derriere 0,20 Circonference du corps 0,30 CANIS CARENTONENSIS . Chien Mulct de la Charenle . Nob. Au mois de Juin 1851 , des paysans tuerenl dans la forel de Braconne apparlenant a I'Etat, une jeune chienne , qui habitail depuis plus de six mois la foret. Elle ne faisait au- cun mal et paraissait cependant tres-mechante , car, au moment oii les chasseurs I'abattirent , elle s'avancait , di- rent-ils , vers eux la gueule beanie pour les mordre; ce qui ( '246 ) rae parut assez vraisemblable , puisque toiite la charge dii fusil avail fracture le cote droit du maxillaire inferieur sans endoramager la peau de la face. N'ayant point vu cette chienne vivante et n'ayant pu connailre ses moeurs , je suis force de m'en rapporter a ce que me dirent les chasseurs. La couleur du pelage en grande partie semblable a celle du chien-mulet de premiere generation decrit par Buffon , le ventre plus gros que chez le chien , un second poil court et crepe immediatement sur la peau , lequel recouvre la ra- cine des longs poils , les jambes de derriere plus coudees que celles des chiens ordinaires , sont autant d'indices qui annoncent qu'elle doit etre le produit d'un chien et d'une louve (1). EUe se rapproche plus du pere que do la mere , parce que si la mere donne la grandeur et la forme du corps , le pere donne celle des parties exterieures et des merabres. Cette jeune femelle avait soixante-treize centime- Ires de longueur , ses mame'Ues elaient a peine visibles , preuve certaine qu'elle n'avait pas porte , qu'elle n'etait pas adulle. Ses appetits carnassiers ne s'etaient pas fait sentir, le naturel sanguinaire du loup ne s'etait pas developpe : son estomac etait rempli d'une espece de bigarreau a gros fruit blanc ( Cerasus major hortensis fructus majors cordato . Duhamel ). Dans une saison oil la chasse lui etait tres-facile, elle ne se serait pas conlentee d'une nourrilure purement vegetale, Une large tache noire situee a Tangle anterieur de I'oeil , passe au-dessous des paupieres et se termine en pointe vers les tempes. Le tour des yeux est mele de fauve et de gris , et cette couleur se reunit avec le brun-roux qui cou- (t ) J'apprends par un eccl6siastiquc trcs-digne de foi, qu'A la On de I'annee 1850 , on a souvenl vu une louve rfider aux environs des villages silu6s pres de la foril do Braconne. ( 247 ) vre le dessus du museau : ce brun-roux est mele d'une large nuance fauve. Le bas des joues , les coles du nez, la ma- choire inferieure sont d'un fauve roussalre. Le menton , la gorge ainsi que la poitrine sonl blancs ; le dessus el les cotes du ecu , couverls de longs polls gris cendre mele de iioir qui forment una espece de collier. Les jambes et les lianches sont fauve-clair a I'exlerieur et blanc-jaunalre a I'interieur. Sur les autres parties des ^paules et sur les flancs, le poil a une legere teinte fauve mele de gris-cendre jaspe de noir. De nombreuses plaques noires dominent sur le dos et s'elargissent sur la croupe, sur les cuisses et sur le coude. La face exterieure et interieure des oreilles, le front, sont jaunes liqueles de longs polls noirs, le dessous du ventre gris-roussatre. Les deux doigts du milieu de cba- que pied blancs dans toute leur longueur, les doigts exte- rieurs blancs a Texlremite seulement. La queue rousse en dessus dans toute sa longueur, blanc-jaunalre en dessous, est terrainee par des polls blancs et noirs. Longueur depuis le bout du museau jusqu'a I'origlne de la queue 0,73 Hauteur du train de devant 0,45 Hauteur du train de derriere '. . 0,42 Longueur de la tete depuis le bout du mu- seau jusqu'a rextremile occipitale .... 0,19 Longueur des oreilles "0,095 Longueur de la queue ne depassant pas les talons 0,22 L'accouplement a egalement lieu enlre le loup el la chienne. J'ai vu il y a quelques annees , une menagerie dans laquelle etaienl un loup et une cbienne rcnfermes dans la inenie cage. La cbienne elait prele a mellre bas et Ic gar- ( 248 ) dien m'assura qu'elle avail eii plusieurs portees provenant du meme pere. Je ne crois pas devoir passer sous silence un fait qui in- teresse I'histoire nalurelle et qui a la plus grande analogie avec celui qui est rapporte par M. De Mailly, de TAcademie de Dijon, dans une leltre ecrite a Buffon (1). Un raedecin de ma Gonnaissance , a chez lui une petite chienne epagneule agee d'environ cinq ou six ans ; elle en- tre en chaleur en meme temps que les autres. Sans avoir re^u de male et lorsque le terme ordinaire de ia portee ap- proche , ses mamelles se remplissent de lait , elle prepare une espece de lit , comme pour y deposer ses pelits , s'y tient constamment coucLec et devient tres-bargneuse lors- qu'on s'approche d'elle. Cette crise periodique arrive une ou deux fois par an et dure environ quinze jours chaque fois. OISEAUX. ACCIPITRES DIURNES. Famine des ACCIPI T RINS. FALCO SUBBUTEO Linn., Lath.. Faucon hobereau , Buf- fon, pi. enluminee 452. Get oiseau ne se rencontre qu'au moment du passage et est assez rare. Comme tous ses congeneres , il sejourne dans les plaines qui lui ofifrent plus de ressources pour la chasse. (1) Histoire naturelle des quadruples , additions nux articles du Chien, du Loup et du Renard , du Chacal el I'Isatis , p. 94 , t. 6 . 6d. in-4.o de I'lmprimerie royale 1787. ( 249 ) FALCO VESPERTINUS Lath., Faucon Kobez ou Kober. Falco rufpes 31 eijer. — Buif on, pi. enluminee 431 , sous le nom de Varielc singuliere da Hobereau. II ne se rencontre que tres-rarenient. Par les temps bru- meux, il se tient le long des rivieres, el fait la chasse aux Becassines, Scolopax Gailinago. SY LVAINS. Faniillo Aqs GR.%:VIV0RE!^. LINARIA RUFESCENS Vieillot , Sizerin Cabaret. Fringitta Linaria var. A, Lath. — Fringilla montana var. B , Gml. — BulTon . pi. enluminee 485, fig. 2. Le Sizerin Cabaret est de passage au printemps et a I'au- tomne avpc les Tarins. On le prend facilemenl au trebuchet. II se cbarge en captivite , d'une graisse excessive et meurt d'obesile. Son cri de reclame est semblable a celui de la Linotte , mais beaucoup plus faible. Famine des CHA^VTEURS. ACCENTOR ALPINUS Meyer, Accenleur des A/pes. Molacilla alpina Gml. Pegot, Fauvelle des Alpes , Buflon , pi. enluminee 6G8, fig. 2, Vieillot, Galerie des oiseaux , pi. 15G , fig. noire. Cette espece est de passage periodique a Angouleme de- puis quelques annees (1). (1) Voir ma note inseree dans le tome Will , 2.'"^' s6rie ties Aclcs de la Societe Unmienne de liordmux , page i80 , 1853. ( 250 ) SYLVIA STREPERA Vieillot . Famette Effarvote. Elle se tient dans les roseaux et dans les touffes de Saule- uisrceau et d'Aune qui bordenl la Charente et les petites rivieres, Elle arrive a la meme epoque que tons les indivi- diis de la grande famille des Chanteurs , niais elle emigre beaucoup plus tard et fait souvent entendre son ramage jusqu'a la mi-Oclobre. ECHA SSIERS. Famille dos HllI^OMOMEl^. TOTANUS GLOTTIS Lath., Chevalier aux pieds verts. Buffon , pi. enluminee 876, sous le nom de Barge- ABOYEUSE. Cette espece assez rare se montre quelquefois sur les bords de la Cbarente pendant I'epoque du passage. Famine des HERODIOTVS. ARDEA NYTICORAX Lath.. Heron Bihoreau. Button , pi. enluminee 758 le male, 759 la femelle. On ne le rencontre que rarement. Pendant son sejour, il se tient dans les petites iles boisees de la Cbarente et par- ticulierement sur la jolie riviere de Touvre dont les eaux limpides et pcu profondes sont cntrecoupees de digues bor- dees d'arbres. Lorsqu'il marche , il ne porte point la tete elevee dans une attitude flere ; il a au contraire le ecu en- fonce dans les epaules et I'air stupide. 251 NAGEURS, Famine dcs DERIIIORHYiirQIJES. ANAS FUSCA Lath., Canard Double-Macreuse. Buffon , pi. enluminee 956. Ce canard est Ires-rare et ne parait qu'accidentellement. Je n'ai vii qu'une femelle qui fut apportee au marche an mois de Fevrier 1847. Famine des Pi:i.AGIE:VS. LARUS RIDIBUNDUSLath., Mouette-Rieuse. Buffon, pi. enluminee 969 et 970. La Mouette-Rieuse est assez commune, I'hiver, sur la Charente , pendant les inondations. On la rencontre aussi sur quelques etangs dans I'inlerieur des terres. LARUS TRIDACTYLIS Lath.. Mouetle tridactyle. Buffon , pi. enluminee 387. Celte jolie Mouette, dont le plumage est d'un blanc de neige et le manteau gris-cendre clair. se tient parfois sur la Charente : elle remonte aussi fort avant dans les terres. STERNA FISSIPES et NIGRA . Sterne ou Birondelle de mer noire, dite VEpouvanlait , Buffon, pi. enlu- minee 924. Ce n'est qu'a la suite de forts coups de vent et apres quelques tempetes , que ce Sterne nous arrive. Aussi est-il tres-rare d'en renconlrer quelques individus egares. ( 252 ) STERNA HIRUNDO Lath,, Sterne Pierre- Garin. Buffon , pi, enluminee 987. Celte Hirondelle de raer , qui habile les c6tes maritimes de France, se monlre assez rarement sur la Charente, EUe est toujours en petit nombre et son apparition n'est point periodique, AngoulSme , ce 16 Octobre 1853. < A,'" Tremeau De Rochebrijne pere. «5 iriars 1S54. *- ( 255 ) XVII. Lettre il M. le docteur Montagne , membre de I'Institut de France, en reponse cl son Memoir e in- titule : Coup-d'oeil rapide sur I'^tat actuci de la ques- tion relative a la Maladie de la Vigne ( imprim6 dans les Memoires de la Societe de Biologie , 1853 [1 ] ) ; par M. Charles Des Moulins , president. Monsieur et venerable Ami , Ainsi que vous aviez eu la bonte de m'en donner I'espfiir par voire derniere lellre a M. le Directeur de la Societe Linneenne , j'ai re^u votre Coup-d'ceil sur la question de la Maladie de la Vigne , et je viens vous exprimer ma recon- naissance bien affectueuse pour cette nouvelle marque de votre souvenir. EUe m'impose un devoir, que je viens aussi remplir. En- traine par votre conviction touchant Timportance exclusive du role qui , dans votre pensee . est attribue a VOidium , vous prononcez un arret qui , si jamais il devenait execu- toire , condamnerait les pauvres interioristes non-sculcment a la perte de leur proces , mais encore aux depens . — je veux dire ^ se voir convaincus d'avoir enfante et enlasse des (1) C'est en vertu du consenlement que I'illustre Acad6micieti a bien voulu rn'offrir liii-m6me , que j'ai pu me croire permis de livrer celle Lellre a I'iinpression. Cb. Des M. Tome XIX. 19 ( 254 ) chimeres, et d'avoir jete feu et flainmes pour les faire ac- cepter conime des realiles. Ce ne sont , il est vrai , pour la plupart , que de pauvres provinciaux , — et M. Decaisne fourvoye parmi eux , — qui se trouveraient ecrases par un jugement emane de tant de menibres de I'lnstilut de France , el il n'y a rien d'eloniiant a ce que de pales nebuleuses des regions les plus reculees du ciel . soient bien vile eflacees par reclal d'un rayon sorli du grand foyer des lumieres. II en sera peut-elre ainsi , Monsieur et venerable ami , ijuand la question aura etejugee; mais elle ne le sera que quand il aura ele Irouve un remede , car alors on saura de quelle officine il est parli , — ou quand tous ceux proposes par les champions des deux syslemes auronl echoue , car alors on saura qu'aucune action n'a ele laissee a I'homme centre ce fleau. Jusques ■!& , il n'y a de part et d'autre que des opinions , des convictions si Ton veut , basees sur la predominance que chaque esprit attribue k tel ou lei ordre de phenome- nes observes. Jusques-1& , les pauvres provinciaux se souviennent que les sciences, elles aussi , forment une republique comme les Leltres , et qu'ils conservenl la faculle de voter libre- raent pour ou conlre la teneur d'un arret propose il est vrai de tr^s-haut, mais qui ne pent acquerir force de loi que par I'acceptalion du plus grand nombre des hommes d'elude. lis se souviennent que tous les moyens el les materiaux d'une elude profonde des especes vegetales el animales , sont reunis a Paris en nombre beaucoup plus grand que celui dont ils peuvenl disposer ; ils se souviennent que leurs ( 255 ) itiaitres les plus illustres les ont presque tons quitte pour aller accrnitre ce grand foyer de clar,tes scientifiques : — ct certes , s'il s'agissait uniqiiement ici d'eludier VOidiuin comme etre organise , comme cliampignon , comme genre, comme espece , comme objei de collection enfin , un mot sorli de la boiiche d'un des plus grands cryplogamistes dont la France s'honore , suffirail a faire taire leurs prevenlions, a effacer leurs opinions preconfues , a leur faire baisser la tete devant une autorite volontiers reconnue, parce qu'elle est aimee autant que respectee. Mais ils se souviennent aussi que ce n'est pas pour la melhode ou pour I'herbier qu'il s'agit maintenant d'eludier YOidium. Ce n'est presque pas lui qu'il nous importe de connailre , mais ses fails et gestes , son modus agendi , les consequences de sa vie et de son action ; et pour cela , les juges de la capitale ne peuvent retirer presque rien de leur propre fonds. II faut qu'ils recoivent du dehors presque tout, ou qu'ils aillent le chercher au dehors. Si la maladie de la vigne fait chez vous une guerre d'escarmouches ou d'avant-postes , c'est chez nous qu'elle livre ses batailles rangees ; nous vous envoyons le releve des blesses et des morts , mais c'est nous qui les comptons et qui pansons les plaies. Et pour suivre cette comparaison , c'est nous qui , par I'inspeclion de ces plaies , distinguons celles qui sont dues aux armes a feu de celles qui viennent de I'arme blanche. En d'autres termes , si nous sommes temoins des ravages causes par VOidium , nous assislons a A'autres ravages encore , auxquels il est complelement etranger. La reunion des uns et des aulres conslitue ce deplorable ensemble qu'on a coutume de nommcr la Maladie de la vigne, et il ne serait pas juste , vous le concevez facilement , de pro- f 525(1 ; noncer un jugenient sur I'ensemblc, sans tenir compte des (iiverses classes de phenomenes. C'est pourlant la , il faut le dire . ce qui s'est fait gene- ralement jusqu'ici de la part des ea-leriorhtes piirs. Pour eiix , il n'y a que roidium : otez roidiiim , el la sanle de la vigne redeviendra instantanement parfaile. On leiir dit que des vignes, ou teiles portions de la vigne sont malades eu I'absence totale de roidium; ils n'ecoutent pas. ou leurs reponses ne portent que sur roidium. On leur montre la carie noire du sarmenl , qui fait plus de mal , la oil elle s'at- taque, que I'oidium lui-meme , et qui est le plus souvent isolee de lui ; ils la passent sous silence dans leur argumen- tation . et ne s'occupent que de lui. On leur parle du noir- cissement et des maculatures du bois , el ils les attribuent toutes a I'oidium , tandis qu'aucun de nous n'a jamais apercu celui-ci que sur les parties les plus jeunes et les plus vertes des sarmenls , et tandis que ces taches existent sur toute la longueur des rameanx appartenanl a des pieds que nous n'avous jamais vus allaqucs par I'oidium. A Bordeaux, il y a des exterioristes ; car, ainsi que je vous le disnis tout-a-l'henre , on est extcrioriste ou interio- risle selon qu'on accorde plus ou moins d'importance a tel ou tel ordre de pbenomenes. Parmi ces exterioristes , il y a des homnies non-seulement de beaucoup d'inlelligence, mais de beaucoup d'etude , de science , d'observation et de sons.- Parmi mes collegues et amis . il en est qui soutiennent avec beaucoup de talent celte opinion. & laqnelle d'autres ne croient pas pouvoir se ranger; et c'est ime chose curieuse pour I'esprit autant que douce pour le cceur, de voir ces altaques , ces argumentations, ces ruses de guerre, ces pieges tendus dans la discussion , ces avantages ingenieu- sement prepares ou disputes pour ou contre le triomphe d'une opinion theorique , — et tout cela bras dessus bras ( 257 ) dossous, la main dans la main, sans que I'a flection reciprocjue on le plaisir de voir bnller le talent d'un ami dans les rangs opposes en soient le moins du monde alleres. C'est la ce qui me fait esperer , Monsieur et venerable ami , que vous n'accuserez ni mon respect , ni ma reconnaissance , ni mon alTeclion de faiilir a votre egard parce que je vieng, la lance au poing , defendre les inlerioristes donl je fais partie , cen- tre les attaques de votre savant et habile requisitoire. Je reprends et je dis : a Bordeaux , il y a des exterioris- tes ; mais il ne s'y Irouve qu'nn petit nombre d'exleriorisles purK. La plnparl d'entr'eux , comme vous le verrez si la , Commission depurtemenlale piiblie ses procesverbaux , — la plupart d'entr'eux se rapprochenl plus ou moins , par des nuances de diverses sortes, de I'opinion favorable a la ma- ladie interieurc. L'un admet une predisposition a contracter la maladie Un autre admet que I'oidium , sans influer sur la sante des parties vivaces de la vigne , rend malades ses portions annuelles. Un autre atlribue anx milieux meteoro- logiques ou geologiques une influence plus on moins grande en favcur de la puissance destructive de I'oidium , etc. Et pourquoi toutes ces nuances ? Et pourquoi tons ces intermediaires , tons ces pas de rapprochement entre deux hypotheses qui seniblent d'abord si inconciliables 1 Pour- quoi , en un mot , cette rarele , a Bordeaux , des exterio- ristes purs? C'est que la viticulture est, pour !e Bordehtis , un des elements les plus importants de la vie ; c'est que le Bordelais est un des pays classiques pour I'elude de la vigne ; c'est qu'a Bordeaux on est plus inleresse que presque partout ailleurs a etndier le fleau ; c'est qu'enfin la plus qu'ailleurs , on a dii I'observer et on I'a observe sous totites ses faces; et on a pu se convaincre qu'elles sont nombreuses. Or, pour eludier un mal multiple dans ses symptomes. il faut des hommes de plus d'une sorte. II faul des crypto- ( 258 ) gamisles, et ceux-ci. ici comme ailleurs, ont pris une large part a I'etude. 11 faut des agriculteurs , des physiologistes , des cliimistes , et ici comme ailleurs , tous se sont mis k I'oeuvre, apportant au fonds commun leurs connaissances . leiirs appreciations, leurs syslemes divers si vous voulez , prepares par dix , vingt, trente ou quarante ans d'etudes. Vous ne refuseriez pas le temoignage des auxiliaires que vous rencontreriez parrai ces hommes : vous ne refuserez pas de compter avec ceux d'entre eux qui croient a I'hypo- these contra ire. El ici , il faut remarquer que la direction des etudes de riiomme influe grandement sur le point de vue auquel il se. placera pour envisager une question , ct il hii est en general fort difficile de s'ecarler de celte direction. Ainsi, au Congres d'Orleans, rentoraologiste Robineau-Desvoidy , apercevant I'acarus, se jela sur lui a corps perdu et le proclama cause premiere et unique de tout le mal. Son opinion a ele aban- donnee apres avoir enregislre un grand nom, mais un seul, celui de M. Cazalis-AUut , parmi ses adberents agricoles. En general , les cryptogamistes — et cela proportionnel- lement au degre de specialisation de leur alTeclion pour cette branche de I'histoire naturelle . — sont exteriorisles. Comment s'en etonner? Analystes et descripteurs , ils ont sous les yeux un elre organise , palpable , materiel , et nous n'avons a leur offrir, nous , que les tristes effets d'un agent impalpable a nos mains , imponderable h nos instruments , inaccessible a nos moyens de mensuration , bien que pro- venant d'une" cause pbysique , - les tristes effets, dis-je, d'une cause morbifique quelconque , par laquelle la vigne devient malade . comme I'bomme gagne les fievres palu- deennes , ou la peste ou le cliolera. — La plnpart des bota- nisles marcbent dans la voie des cryptogamistes. Les chimistes (je vous parle toujours de ce que je vois ( 259 ) aulour de moi j — les chimistes sont plus volontiers inte- rioristes , et la raison en est facile a saisir , pnisque c'est toujoins a la coir.pusition inlime des corps qu'ils demandent leiir raison d'etre, et celle de leur action. — Les physiciens, les physiologistes , me sembleraient nalurcllement appeles a suivre la meme direction que les chimistes. Les agriculteurs donnent des champions aux deux camps, et je crois que cela arrive selon que leurs idees les portent preferablement dans le courant des sciences naturelles ou dans celui des sciences physiques. Mais cette classiflcation Iheorique ne trouve pas toujours son application dans le detail. 11 y a partout des hommes que la tournure de leurs idees et la direction de leurs etu- des dispose a etre impressionnes a la fois par des pheno- m.enes, observations ou reflexions d'ordres tres-divers. Ceux-la sont moins exclusifs , tiennent compte de tout, et je crois qu'ils fournissent au parti des interioristes un nom- bre notable de ses adherents. On leur reprochera d'etre moins speciaux , moins positifs : il me semble qu'ils appro- chent davantage de I'appreciation vraiment philosophigue de toute question difficile et compUquee. Et niaintenant , Monsieur et venerable ami , maintenant que j'ai ose vous dire en vertu de quelles raisons generales ceux dont je partage les opinions se refuscnt a interiner les lettres de condamnation qui sont fulminees centre eux, per- meltez-moi, non de m'engager dans la discussion du fond de la question — ( car les publications successives qui se feront a Bordeaux devront en toucher tour a tour tous les points , — mais de vous soumeltre quelqnes remarques de detail sur divers passages de votre brochure, soit pour vous signaler les points au sujet desquels les interioristes borde- lais marchent absolumcnt de conserve avec vous et avec leurs confreres exlerioristes , — soit pour appeler votre at- ( 2G0 ) lenlion sur des fails que nous espliquons autrement ou qui nous ont offert des circonstances differentes. Je vais suivre ie tirage a part de voire IMemoire, en nu- nierolanl Ics pages , pour faciliter le recours an texle. Page 6. — Je ciois , comme vous, qu'il esl bien pen cer- tain que le xpKp.(;of de Theophraste soil assimilable a noire fleau ; niais enfln , si tant est que Ton puisse lui rapporter les ladies brunes des grains el des panipres, vous regardez, vous , ces laches comme la consequence de I'oidium. Pour moi , convaincu que ces laches se montrenl le plus souvent sans o'idiuin prealable , je ne puis les regarder comme une consequence de ce qui n'aurait pas existe. Je crois qu'on doit alors y voir un symptome exlerieur de la maladie inlericure, et je m'appuie sur ceci : 1.0 Les vignerons regardent en general comme malades les sarments qui sont f'ortement affectes de ces laches. 2.0 J'ai vu des sarments dont les laches avaient fini par se toucher et rendre tout le sarment noiratre : la peau en etait decollee apres la dessication ( preuve que le bois etait mal aoule) , et en les frottant I'un contre Tautre , ils ren- daient un son de parchemin sec ( cetle observation est de 1852. 5.0 Je sais qu'on a cite des sarments dont I'ecorce avail ete ainsi noircie en 1852, et qui ont vigoureusemenl re- pousse en 1855; cependanl , les viliculteurs qui ont eu leurs sarments forlement noircis cette annee , s'accordaient encore a elre inquiels du succes de la laille et deja , dans plusieurs localites , leurs craintes so sont verifiees. Ce point ayant ete plus etudie cette annee que I'an passe , resle en- core en litige, parce que nous ne saurons deflnilivement ce qu'il faul en penser , qu'apres I'experience de 1854 : mais , a priori, je crois qu'une vegetation vigoureuse dans les branches et les feuilles, n'exclut pas radicalement une infir- ( 261 ) mile inlerieure ; et c'est pour son fruit, non pour ses pani- pres ou ses feuilles , que nous cultivons la vigne. 4."Quand on traverse des vignobles , meme en voiture et au trot, on distingue faciiement, aussitot que les feuilles deviennent moins nombreuses, la teinte noire anormale du sarment , de cette belle teinte blonde et un peu ardente , qui est le signe de son etal normal. Or, sur les SQjotirnaux bordelais (25 bectares et demi , a peu pres) de vignes en phin rapport d'un domaine ou ma faniille a ete tres-peu maltraitee par I'o'idium , et qui pourtant ne nous a donne qu'un peu plus du quart d'une bonne recolle moyenne, j'avais sous les yeux des pieces enlieres ou le sarment etait a peine ou point du tout tacbe , ou sa couleur blonde etait Ires-belle , et qui ont donne presque autant que dans les annees ordinaires ; tandis que d'autres pieces dont les sar- ments etaient fortement taches et noircis , et ou quelques pieds ont montre de I'oiidium a partir du milieu d'Aout , n'ont donne qu'une recolte exlremeraent cbetive. Je ne crois pourtant pas . malgre I'emploi frequent de la loupe , avoir trouve un pied sur dix altaque par I'oidium , et il me sem- blait exact de dire que le champignon ne nous ferait pas perdre vingt bouteillcs de vin. Je dois bien avouer que les limacons et les limaces ont fait des ravages enormes, mais seulement sur le penchant des coteaux et sur une bande de cent metres de large au pied de ces coteaux , et je suis convaincu que ces localites n'dtant pas les plus prodiictives du domaine , les ravages des molUisqucs ne peavent equi- valoir a la difference qui existe enlre les 170 barriqnes de vin que nous avons recoltees , et les C40 barriques que le domaine aurait du nous donner dans une tonne annee. Si nous soustrayons la moiti^ de cette forte difference , les deux tiers memo si Ton veut . pour representer les ravages combines des moUusques et de la couture , phenumenc fre- ( 2G'2 ) (]uenl et qui a ele tres-intense cette annee , la difference subsislanle me semblera encore bien assez forte ( 252 bar- riques dans la premiere bypolhese , 156 dans la seconde ) pour faire admeltre un deficij, considerable en dehors de Taction de I'oidium. Or, il n'y a point eu de grele ni de fortes gelees tardives , et je crois que ces vignes , atlaquees cette annee -pour la ■premiere fois , ressenlaierit I'influence d'un mal dont la cause nest pas visible a nos yeux. Et maintenant , il ne faudrait pas que les exterioriste's . s'ils veulent rester purs , dissent que I'oidium , quoique non visible sur tous les pieds, est pourtant coupable du mal que je viens de decrire , soit au moyen d'une sorle d'empoison- nemenl , soit par une sorte (['incubation preparatoire qui aurait pour resultat de le faire eclater plus tard (comme la Commission de la Societe Linneenne I'a observe en 1852 , p. 10 de son Compte-rendu , et comme je I'ai vu indique dans d'autres ecrits); car alors il n'y aurait presque plus matiere a discussion enlre les exterioristes et les interioris- tes . puisque ceux-ci admeltenl (\nune cause non encore de- terminee, mais venue du dehors, a produit dans les ceps une MALADiE iNTERiEURE. Plusleurs raisons qui me parais- sent graves ( et entr'aulres celle-ci , que le developpement des germes sous une forme autre que la forme oidienne se- rait un fait surprenant ) , m'empechent d'altribuer , quant a present , ce role subtil et insidieux a I'oidium ; mais des observations ulterieures pou'rraient demontrer I'existence reelle d'un'pareil fait, et il ne serait, apres tout, ni plus extraordinaire ni plus inattendu , que la production d'une spherie prepabee par un ergot. Page 7. _ Quant a XUp «-> O 0-. 'TZ^ to CL) '^ Pi- c/^ •^ ^ > PoUger. Vijnobles Ires-peu malades, non-oidies. -rd CD -rd (t3 cd CD CO OO CD Laplace des 27 ceps rob oidies esl marquee par un poml noir ; celle des 3 ceps oidie's I'esl par un asleiisque. ■ 281 ) fails. Le oui et le non, le blanc et le noir se montrent a chaque pas , et ce n'est que siir renscmble des fails, encore une fois , et en negligeant le detail , qu'on peut se deter- miner a suivre I'un ou I'autre drapeau. Ibid. — Le rajeunissement cause par la taille rez-terre n'est pas prophylactique en matiere d'exleriorisme , je viens de le dire implicilement. II n'esl pas radical en matiere d'interiorisme , cela est evident. Nous pouvons done , les uns et les autres , croire qu'il n'offrirait qu'ua palliatif , un moyen dilatoire. Page '■26. — Moyens curatifs. Tout ce qu'on a tente jus- qu'ici en fait de fumigations , aspersions seches et lotions, a presque toujours produit un effet favorable , mais tempo- raire. En Belgique , on soufre les raisins de serre plusieurs fois par semaine ; en Angleterre aussi , et on gagne ainsi I'epoque de la recolte , qu'on obtient plus ou moins satis- faisante selon les soins donnes , I'intensile et la precocile de I'invasion. M. le comte Duchatel et M. Pcscatore ont obtenu des resultals analogues dans leurs vignobles du Me- doc, mais cela a grand renfort de depenses. II n'y a done jusqu'ici dans ces procedes , pour les inlerioristes comma pour les exterioristes , qu'un palliatif. Page 28. — Jnnocttite des raisins malades. — Nous sem- mes lous d'accord sur ce point. Ibid. — Pronnstic. — Et niaintonnnt , oii sera le remede? Vous I'avez dit : je I'ai dit egalement et M. Durieu aussi lors ( 282 ) de la seance publique d'hiver de la Societe Linneenne , — dans la bonte de Dieu , qui n'afflige ses creatures que par des fleaux passagers. Le mal n'est assureraent pas plus grand pour etre intcrieur que pour elre exterieur , s'il est curable dans la premiere hypothese , inevitablement morlel dans la seconde. Nous devons tous , d'une commune voix , crier aux viticulteurs : « N'arracbez pas vos vignes » ! — Vous exlerioristes , parce que vous esperez que roidium dis- paraitra comme la pyrale ; — Nous interioristes , parce que nous esperons que le principe morbifique disparaitra comme celui du cholera ou celui de la peste. Agreez , Monsieur et venerable Ami , etc. Charles Des Moulins. Bordeaux, 17 Janvier 1854. ( 283 ) XVIII. Excursion entomologique aux dunes de Bis- carrosse et d'Arcachon , avec indication de quelques manoeuvres insecttceptologiques, et reflexions: Par M. le Docleur Leon DUFOUB , Correspondant des Academies des Sciences de Paris, Stoclioim, Madrid, de la Societe Linn6enne de Bordeaux , etc. Disons d'abord que cette excursion fut entreprise avec mes amis Aube, Perris et Laboulbene tous Irois embrases, comme leur doyen d'age , du feu sacre de la science des simples et des bestioles, tous trois doues d'une rare ama- bilite d'esprit et d'un caraclere de bonne bumeur. Une anti- cipation de voyage , que je chercbai vainement ci conjurer, nous obligea a partir a la fin de Mai dans des conditions de saison et de meteorologie peu favorables au succes de notre expedition. Ah ! combien elle eut ete plus profltable en Juillet , a I'epoque ou les fleurs epanouies sont frequentees par les insectes et ou les metamorpboses de ceux-ci sont accomplies ! Mais , soit dit en passant, les naturalistes du Nord, dans leur appreciation du Midi de la France , sous le rapport de la botanique et de la zoologie , se laissent Irop facilcment seduire par les degres de latitude des cartes geograpbiques. Or, cette zone meridionale presente d'enormes difTerencts suivant qu'on I'explore a I'Est ou a I'Ouest. Le veritable midi oriental est celui qui , expose aux influences du litto- ral mediterraneen , et par consequent aux effluves africai- nes , sc caracterise surtout par I'existence prosperc de Toli- ( 284 ) vier. C'est \h le meilleur thermometre climaterique de cette contree , et eel arbre voit pulluler autoiir de liii une bota- nique speciale et une prodigieuse population d'insecles que Ton chercherail vainement ailleurs ; c'esl la la Gallia aus- tralis des auteurs. Le Centre et I'Ouest de la meme latitude couverts par I'imposante chaine limitrophe des Pyrenees se Irouvent ainsi abrites des vents chauds de I'Espagne el en bulte a la repercussion des influences froides du Nord. De la une condition climaterique qui n'est point et ne sera jamais, tant que persistera ce haut et profond paravent, propre a la culture de I'olivier. Mais cette vaste region sous-pyre- neenne a aussi ses modincations de sol et d'exposilion qui diversifienl singulierement ses productions naturelles. Sa terminaison occidentale a I'Ocean forme la ,' entre Bordeaux et Bayonne , un littoral plus ou moins areneux , large de plusieurs lieues , dont le Pin maritime et le Chene Taiizin sent les representants climateriques , avec une flore et une entomologie fort differentes de celles du midi oriental. C'est dans un point de ce littoral , dont m'a detourne un moment ma digression , qu'il faut aller chercher nos dunes a explorer. Mettons-nous done en route. Vendredi . 27 Mai 1853. — Par un temps couvert et frais, des trois heures du matin , nous partimes de Mont-de-Mar- san pour Biscarrosse avec notre bagage botanico-entomo- logique. Nous voila emballes dans une voiture publique qui nous deposa au village de Sabres apres avoir passe par Uchac et Garin. M. le docteur Gazailhan , prevenu de notre visite chcz lui a Biscarrosse , avail obligeammcnt expedie , des la veille , a Sabres , un cliar allele de deux vigoureuses mules. Aussitol apres un dejeuner assez conforlable , nous nous colloquames plus ou moins melhodiquement dans ce vehieule insuspendu. Comma notre taille se trouvait un peu I ( 285 ) disproportionneo avec sa voute laiiieiise , chaciin s'y placa en deux ou trois plis. Nous fumes ainsi livrcs a un systeme de succussions qui ebranlerent plus ou moiiis.nos visceres pendant un trajet de soixante el quelques kilometres. Dieu aidant , et nos mules aussi , nous franchimes sans fracture ni chute , ni notables contusions et les pignadas avec leurs reliefs de racines ct les sables permeables et les routes en reparation et les fosses pleins d'eau. L'habilele de notre ruslique automedon nous tira de partout. A Ichoux , je serrai la venerable main de M. Larraillet , proprielaire des forges , fourneaux et laminoirs de ce pays ferrifere. . Pour le compte de nos braves quadrupedes , on fit. une haltc de deux heures , dans une niaisou que nous primes pour une bonne hotellerie. Par la faute de notre conduc- tcur, nous tombames dans une meprise , un quiproquo qui degenera presqu'en imprditesse de noire part. Des que nous eiimes mis pied a terre, nous primes le large endivergeant, qui dans les bois, qui dans les champs, qui contre un Ironc d'arbre el I'autre ventre a terre dans le taillis. J'elais se- rieusement colle contre une vieille souche , que j'ecorcais S coup de raarteau , lorsqu'un Monsieur de bonne mine , me saluanl par mon nom , me proposa d'aller prendre un bouil- lon. Toujours persuade que la susdile maison etait une au- berge , j'avoue que je pris Toffre du bouillon pour I'amorce d'un diner a payer en definitive. Je remerciai done negati- vement , peut-elre avec quelque pen de brusquerie , et je m'eufoncai dans le profond de la forel pour m'isoler. Cepen- dant a I'expiralion des deux heures, je me rendis le dernier a la prelendue auberge. Quelle ful ma surprise de voir mes trois camarades assis a une table bien servie et manceu- vrnnl Ires activemenl avec d'aimables convives des deux sexes ! C'esl alors que j'eus le mot de I'enigme. Nous etions chez iM. Fabre, beau-frere de M. Gazailhan. Celui-ci I'avait Tome XIX. • til ( t>8G ) preveiHi de notre arrivee el le festin nous etail dedie. La faute elait done toule dans I'oubli du conducleur. Je rue con'fondis eti excuses , surtout envers M. Fabre , dont je veiiais d'ehider la politesse. Un verre de Bordeaux ralifia la concilialioii et nous repiimes le chemin de Biscarrosse en passant par Liposley et Parentis. Bientot d'epaisses tenebres nous envcloppent et il etait dix heures lorsque des torches resineuses, simulant au loin d'enormes Lampyres , nous annoncerent I'approche de I'ha- bitaiion de M Gazailhan. Cerles , il s'en allail temps apres un ti;ajet de 85 kilometres dans la journee. Gracieux ac- cueil, bon feu, souper exquis preluderent a un sonimeil reparaleur. 28 Samedi. — Des cinq heures dn matin, malgre un temps sombre et une imminence de pluie, sans avoir sonne le reveil , tout le nionde est sur pied. Chacun dispose son atlirail de savante chasse , filets, marteau , pinces , epin- gles , couteau, petiles boites a sciure de bois pour sepulcre anestesique , flacons a frisures de papier, nappes de per- cale , flacon a elher , empilage de cornels de papier . loupe , parapluie, carnct.... que sai^-je ! On debuta dans une forel immediate a la maison. Nous n'avions pas fait dix pas que nous tombons tons quatre a genoux devant un tronc seculaire de pin , gissant mort sur le terrain. Quelle bonne fortune ! II fallait nous voir frappant d'estoc et de taille ce vieux cadavre ligneux , pour dechirer ses entrailles et en exhumer ses rongeurs ci divers litres. Mais ne vous flgurez point que ces coups sont pbrtes au hasard. II s'agit d'abord d'enlever I'ecorce et celle decortication doit s'oporcr avec une certaine melhode. On sape , on cerne avec le tranchant du marteau une ligne de circonvallalion de maniere a soulever a la fois une bonne «tendue de I'ecorce. Mais tous les insectes ne sont pas entre ( 287 ) celle-ci et le bois ; il y en a dans rppaisscur do I'enveloppe corlicale comme dans la profondeur de I'aubier el des cou- ches ligiieuses. Comme ce ironc fut vile ecorce et ecorclie ! A chaque instant on proclamait a baute voix , I'un le Tomcus stenngraphus , I'autre les Hylurgus elongalus el piniperda : ce!iii-ci un imperceptible Staphylin auquel personne n'ose donner un nom technique , celui-ia Tatomique Hhter coesus et Voblongus et dixaulres pelits lignivores etonnes de la violation d'un domicile si obscur , ainsi que de leur prompte incarceration dans le fatal cornel, ou de leur etherisation inopiuee. Quand toute la surface aerienne, (ou exposee a I'air) du Ironc eut ete sufflsaniment exploree , spoliee , depeuplee , epuisee, au mot d'ordre nous nous levames comme un seul homme ; nous saisimes de nos leviers "brachiaux, nous poussames de toute la puissance de nos lombes. cetle lourde colonne a demi-incrustee dans le sol et nous lui fimes subir une complete evolution. Alors recommencaient, rednublaienl les coups incisifs du marleau , les excoriations , les incisions mcnagees. Nouvelles scenes d'incurvation du corps a difTe- rcnls degres suivant la portee de la vue de chacun ; nou- velles genuflexions , nouvelles explosions d'allegresse a I'as- pect de tons ces riens de la science qui nous rendaient aussi heureux que pouvait I'etre cet avide mineur californien lors- que brillc a ses yeux une grosse pepite d'or. Un rustiqne landais altire par le spectacle de manoeuvres si incomprehensibles , si inouies pour lui , apres une longue hesitation, prit son courage a deux mains et s'approcha de nous pour en elre le temoin immediat. A sou maiulien em- barrasse , a son elonnement muet, a sa stupefaction il etait facile de'juger qu'il nous prenail peur des fous, des mono- manes en paroxisme d'exaltation , el , il faul en convenir. il etait bien excusable. Entraine par le puissant altrait de la ( 288 ) iiouveaule el de ['imitation , il n'ecliappa point a cettc sorte de magnetisation , et le voila qni nous assiste de sa vue de lynx et de son bras nerveux. Tout aussitot, nous I'engageoiis dans notre caravane exploratrice ; je le mis a mon service particuiier, je I'adoptai pour le substitut oculaire de mes antiques yeux. L'evolution du tronc de pin mit au jour un petit nombre d'insecles refugies sous sa masse, mais de mince valeur pour de vieux denicbeurs de petites betes. Nous n'accorda- mes les bonneurs de la capture qu'au Staphijlinus nigripes et ci I'agile Leistes apinibarbis. Nous fumes frappcs de la couleur verl-metallique bien prononcee des elytres de ce carabique , couleur qui reprit sa teinte bleue normale par relherisation dans le flacon. Nous respectames la liberie du Steropus madidus et du Carabux purpurascens malgre son liseret vert et non ciiivre. Mais en presence de cette garnison beterog^ne qui avail mine de ses sinueuses galeries ou I'ecorce on le bois de ce tronc decrepit de pin , condamne a I'inevitable destruction . fallait-il se borner au simple role de collccteur, de piqueur d'insectes ? Ob ! telle n'est point noire maniere de compren- dre cette interessanle division de la zoologie. Je le redis en- core , apres I'avoir ecrit dix fois , rentomologiste digne de ce nom ne peut pas, ne doit pas se borner a la determi- nation des formes exterieures , a compter des articles, a sup- puter des dents , a louper des points , des poils , des stries. Sans doule , I'ordination , la classification en famille , en genre, en espeee, ont une baute importance et persoime ne les apprecie plus que moi , vieux piocbenr qui ai francbi cette vaste et difficile peripetie de la science sous les aus- pices de mon ami Latreille, le grand legislateur. La verita- ble bistoire des insectes est celle des metamorpboses, de la vie privee et de la vie commune , des moeurs , du genre de ( 289 ) nourritnre, de riniluslric, des manoeuvres intelligenles, dcs giierres, des amours, des modes de propagation, des soins maternels , de Tanatomie interieure de ces animaiix pour lesquels le Createur a ete maximus in minimis. Ces eludes allrayantes , ces fails bien digeres elevenl le philosoplie a I'appreciation dn role imposanl que jouent dans les subli- mes harmonies de la naliire , ces elres dont la pelilesse est largement compensee par le nombre. C'elait la la science des Reaumur, des De Geer, des Bonnet, des Swammerdam, des Lyonet. Oh ! que le divin Hippocratc avail bien raison de dire : Arx longa vita brevis! Quand I'homme qui a consacre les deux tiers de son existence sepluagenaire aux charmes de celte etude , ainsi entendue , se tronverait.en mesure d'uli- liser son experience, il faut qu'il s'ensevelisse avec elle !... Revenons aux inspirations de noire tronc venerable et de sa population d'insecles. L'un de nous , fldele et spirituel inlerprete des mysteres de la nature et propliete de la science. Voculatissime Perris , nous fit sous la forme d'une causerie , et sans qu'il s'en doutat , une admirable legon pratique de mreurs , une demonstration des plus instructi- ves et sur la designation techni(jue des artisans de ces gale- ries, et sur les insectes legitimement lignivores, et sur ceux qui vivant dans la meme enceinte , en sonl les ennemis par destination , les parasites obliges. Nous elions tout yeux , tout oreilles et mon carnet s'empressa d'inscrire ci la fin du jour un enlretien si substanliel, si palpitant d'iiitercl. Cetle insertion avail pour moi un altrait d'autanl plus vivemcnt senli que mon ami , j'alkiis dire mon disciple , partageait toiites mes idees sur la valeur scicnlilique des metamor- phoses et du parasitisme des insecles. Nous apprimes de noire professeur improvise que toutes les larves li' llypophlmts , rogardees jusqu'i'i ce jour commo ( '290 ) Xylnphages parce qu'on les trouve sous les ecorces du bois niort, snnt , au contraire , carnivores ou pour parler plus exaclement, larvivores. V Hijliirgux pinipenla a pour mortel ♦Minnni de sa race , la larve de VHypophlceus Pini, landis que les insectes parfaits fraterriisenl sous la meme ecorce. La Tomicus laricis a ses larves decimees par celles du Co- lydium bicolor. Le Tomicus slenographu^ qu'avec Lalreille j'avais cru pendant quarante ans etre le Ttjpographus Fabr., et dont i'ai public I'analomie sous ce dernier nom , est poursuivi avec acliarnement dans la premiere phase de sa vie, par la larve rneurtriere du PUiUjsoma oblongum. Le Tomicus bidens qui penelre surloul I'ecorce languissante des jeunes pins, a pour bourreau de ses larves celle de VHypo- phlatts linearis Perr., espece nouvelle pour la science. Les larves de VBylurgiis piniperda sont assassinees , a litre de ponderalion , par celles du lihyzophagus depressus. El voyez comme , dans ses vues d'harmonie et d'equili- bration . la nature a ele surprise , devinee par noire sagace scrulateur ! II a constate que la larve d'un lout petit byme- noplere , d'un Diapria. avail pour mission instinctive de borner, d'arreler la trop grande multiplication de VDypo- phloeus linearis. I'execuleur du Tomicus bidens. Ceci me rappelle cet empilage de parasites el d'usurpaleurs de la petite galle du Verbascum dont j'ai public I'hisloire il y a peu d'annees. On dirail du roman, et quoi pourtant de plus vrai , de plus fait positif que cela 'I Quand on a une fois pris celle direction d'etudes , on marche de miracles en miracles. Les larves de quelques Clerites , au dire de M. Perris, comme le Thanasimus formicarius nlVOpilo mollis, emi- nemmenl carnassieres , font une guerre d'extermination. les premieres aux longicornes JEdilis grisea el Rhagium indagator , les aulres au fiuprestis tarda. Je n'en finirais ( 201 ) pas si je voiilais dire tout ce que nous eprouvames de bon- lieur el de solide instruction au pi(|uanl recit des guerres a mort de celte penplade de larves dont le maitre proclamait les noms ainsi que les fails et gestes. A peine avions-nous fini celte exploitation du pin el re- pris noire stalion verlicale qu'on signale pres de la un grand Ironc de Chene Tauzin lombe de vieillesse et offranl a noire avidile de magnifiques entrailles pourries. Voir le Tauzin el nous precipiter sur lui fut aussi prompt que la pensee. Tels des vautours affanies se disputent une facile proie. Jamais on ne vit plus d'ardeur dans la visile domiciliaire de la nou- vcile population de lignivores et de parasites; jamais on n'ecoula plus attentivemenl la voix du maitre. On ecorce , on lacere , on met en piece le bieiiheureux Ironc, Les plus bruyanles exclamations retentissent dans la foret a I'aspecl des babitans quercicoles que nous devorions des yeux el que nous baptisions a baule voix au noui de la science. Ici. c'est le Cri/pturgus pusiltus dont la multiplication a pour correc- lif la larve presqu'invisible du Plegadenis cwsus. La , un Colijdium elonyalum est denonce comme I'implacable enne- mi du Platypus cijdndrus, el, quoique nous n'ayons pas rencontre personnellement ce dernier, son ennemi et notre propbele ont parle assez baut. Ailleurs on Irouve , on prend ou on laisse le Boslriclnts monographua . le Cerylon histe- roides , V Hijpophlaus caslaneus k larve insecticide, VIps abbreviala , uu impalpable Latridius , etc. En presence de lanl d'arbres morls ou mouranls, qui re- celcnt dans ou sous I'ecorce , daqs ou sous le liber la race xj lopbage , se retrace a mon cspril une question sylvicole soulevec il y a plus de vingt ans et encore flagrante en ce moment. Les Boslrichus , Scotytus el compagnie sonl-ils la cause direclc de la langueur el de la morl de ces arbrcs ? en un mot, sonl-ils essentiellement arboricides? DejJi a celte [ 292 ) epoqiie reculee , je m'etais eleve avec de siiffisantes preiives tant materielles que rationnelles centre une si injuste accu- sation. Malheureusemenl mon plaidoyer , quoique de ppu d'ett'ndue , tomba sous la main d'une personnc interessee h soutenir Tincriminalion et mon ecrit fut frappe d'une fin do non recevoir. Un plus habile avocat, vient de se poser pour la seconde fois , en defenseur de cette meme cause , dans un ecrit riche de faits et de raisonnement , inserc dans les Annales de la Soc. Entom. de France . pour 1852. C'est M. Perris. U a pulverise I'accusation. Au milieu de cet enlretien entomologique , on perdait de vue et les jalouses nebulosiles du ciel et jusqu'a notre de- jeuner. Cependant , un entr'acte de la science reveille I'ai- guillon de I'appetit dans I'un de nous et, conmie les mou- tons de Panurge , nous le suivons vers le toil hospitaiier. Une pyramidale soupe au cafe au lait est en un instant in- geree , et nous repartons aussitot pour la chasse en nous dirigeant vers I'etang de Biscarrosse. Chemin faisant , nous prnmenons le filet sur les lisieres des champs et les pres sans rien enlrainer qui vaille les honneurs du cornet ou du flacon. Nous ne sommes pas plus heureux pour la botani- que. Le ciel nous etait decidement contraire. Apres msrrches et contre-marches steriles , nous plantons notre tente aux bords de I'etang. Nous trouvames ici , I'occasion d'une nouvelle insecticep- (ologie. Les profondeurs du sable huinide recelent des in- sectes riverains de divers ordres qui s'y creusent des gale- ries , des tannieres , des (Japicrs. Us n'en sorteul , pendant le jour , que momentanement pour cbasser leur proie anx bords de I'eau , ou bien le soir ou la nuit pour changer de gite ou vaquer a leurs amours. II s'agit done pour s'en em- parer de les forcer a deguerpir de leur domicile souterrain. A cet cfTet, on pent d'abord praliqucr le pietinemcnt , ma- ( 203 ; noBiivre qui consisle a frapper , k deprimer avec les pieds le sol pour combler les galeries et obliger les insecles a surgir a la surface. Mais le precede de Vinondation est celui qui a les resultats les plus productifs. II est simple et expeditif. On s'accroupitou Ton s'agenouille. quand on a des genouil- leres en tissus de caoutchouc , et , avec le creux de la main , on lance a grande vitesse des jets d'eau sur la rive et uh peu au loin. La gent soulerraine , surprise dans ses paisibles demeures par ce deluge , se hate de se sauvcr au dehors , et pour eviter un danger tomhe dans un pire. C'est dans ce cas qu'il faut, pour saisir ces insectes, allier a I'acuite de la vue la prestesse du doigt. Ces fouisseurs, la plupart de petite taillc , a peine arrives au grand jour , ou s'elancent dans les airs quand ils sont ailes, ou vous echappeut par la viiesse de leur course. J'eus besoin , dans cette chasse riveraine , des yeux de mon lynx indigene pour niettre mes conquetes au niveau de celles de mes amis. II avait parfai- tement saisi mes exigences a cet endroil. Helas , encore ici rien de nouveau pour le vieux chasseur de gibier hexapode , qui en a tant vu et tant pris ! Un Bete- rocerits abondant que , malgre les faiseurs , je rapporte a I'antique Marginatus ; les Stenus lalifrons et pusillus; les Bledius arenariiis et opdcus , cspeces plus appreciees; un seul individu du Bembidium Andrew; le Clivina thoracica. decore aujourd'hui du titre generique de Dischyrius ; le Blemus areola lus ; le Trogophlwus riparius; des Bembidium cosmopolites qui ne valenl pas la peine d'etre nommes ; enfin de petits staphylinides demeures anonymes ; tels furent les minces resultats de notre procedc d'liiondation dans cctle localile. Parmi les errans et vagabonds du rivage en plein air, nous primes le Pelogonus maryinalus , liemiplere sauleur qui vint exhumer des liroirs de mon cerveau. le souvenir de sa ( 294 ) premiere capture, en 1806, pres tie I'anlique poatdu Card ; I'agile Lispa tentaculata; d'imperceplibles Epinjdra et Li- mos^ina et aulres miseres entomologiques devanl lesquelles s'iiiclinaieiil pourlant de graves invesligateurs. Mais il est encore un autre mode d'insecticeptologie par inondation , applicable surlout aux bords graveleux dcs ri- viereS; c'est celui des peliles-lagunes. Je I'ai souvent prati- que avec succes aux rives de I'Adour , pres Saint-Sever. Le voici : on sait que beaucoup d'insecles babitent sous les galels humides et s'cnfoncent meme assez profondement au-dessous d'eux, et il ne sufflrait pas de deblnyer ces galets pour les atleindre. Alors on creuse , tout simplement avec les raleaux de ses deux mains , une fosse ou lagune plus ou moins grande ou ion puisse diriger tout aussitot I'eau courante. A peine celle lagune est-eile reniplie que vous voyez surnager une foule d'insectes qu'il faut elre prompt a saisir , car la plupart s'envolent a I'instant , c'est ainsi qu'on se procure abondamment les Pariius auriculalus , Viennensis et substriattts jadis Dumerillii , les Hydrobius orbicularis , bipunctatus et minutus , le Lymnobius alomus le plus petit des hydropbiliens , VOclitebius marinus, Vlly- drocna longipalpis , les Slaphylinus ritfimanus el aterrimus. des Bembidium de dix especes , le Trogophlwus dilatalus et snrtout un bemiplere riverain dont la prestesse et la fragi- lite trompent souvent voire adresse, le Criptustemma alie- num de Ilerr. SchalTer ou Brebaphes d'Amyot. Dans le feu de nos explorations personne n'avait consulte sa montre, et il s'en allait temps de ne plus faire allendre nos botes pour le diner de niidi , car cette heure etait deja passee. Nous rentrames done au pas de course. Noire repas acbeve et les soins a donner a nos paiivres captures , une fois regies , nous reparlimes accompagnes de M. Gazailban pour une battue d'oulre-lac de Biscarrosse. ! f 205 ^ Avant de perdre lerre , nous procedons h line chasse a la nappe. On conimande une lialte devant uue toilure de chaume qu'il s'agit de battre pour en faire loraber les invi- sibles insecles. Chacun a son role a reniplir : pendant que deux d'entre nous, saisissanl les quatre bouts d'un grand carre de percale , le tiennent etale sous le stillicide du loit, un iroisieme arme d'une longue percbe, frappe a coups re- doubles sur le cliaume; on fait avec cette sorte de poele la procession autour du pare ct quand il plie sous le poids des debris , on so met a I'instant en devoir d'eplucher ceux-ci. Tons nos explorateurs deposant leur gravite se jettent ven- tre a lerre aulour de la nappe et, le flacon ou le cornet a la main, saisissent a qui mieux mieux les insectes digues de I'incarceration. Une nombreuse galerie rustique etait accourue a ce spectacle et ne pouvait se defendre du sourire ironique en voytnt et noire insolite posture et notre agita- tion manuelle et nos proclamations incessanles. Un Mala- chius nouveau , le Margine-gultatus Perr. (1) , grouillait de toutes parts et semblait defier I'habilete de nos doigts. Nous primes des masses. Nos cris et leur extreme perturbation ne les empeclwient pas de consommer coram popiilo leur union conjugale, en sorte que nous etions bien surs de posseder les deux sexes. Get insecte fut a pen pres la seule conquete de cette battue de la chaumiere , car nous dedai- gnames d'insignifianls Cryptophagus et Scymnus qui I'es- cortaient , sans mepriser pourtant le Corticaria serrata et VAntichus (lavipes. Nous quitlons ce cbamp de balaille pour courir a I'cm- barcadere ou nous attendait la barque de notre bote avcc ses rameurs. Apres un quarl-d'heure d'une gaie navigation (1) Depuis renvoi de mon mannscrit, M. Pcrris m'a niipiis que ce Mnlachius a 6t('' clecril par Erichson sous Ic nom de Anthocomus lalcralis. ( 296 ) a travers un foiirre de Scirpus lacustris et tie Schccnus ma- risciis , nous abordames c^ la plage opposee et si convoitee. Ceile-ci est loiite sableuse. Nous y renouvellames noire cliasse de pietinement et d'inondation de la matinee, et nous ne rencontrames que les nieraes especes. Au milieu de I'arene seche que nous labourions avec le tranchant du marteau, nous fimes une decouverte, h laquelle je mettais , moi , beaucoup de prix, celle de I'enorme larve du Myrmeleon occilanicum , du genre actuel AcanthacUsis. J'avais. a diverses reprises, trouve I'insecte aile dans les sables du Boucau , pres de Bayonne ; tandis que nulle part dans notre littoral on n'a trouve , que je sacbe , le Libellu- loides qui n'est pas rare dans le littoral de la Mediterranee. Je pris trois individus de notre belle larve , que je placai iso- lement et avec un soin tout particulier dans des cornets de papier remplis de sable. Je tenais singulierement S les transporter sains et. saufs a Saint-Sever pour en etudier I'anatomie et les rnetamorpboses. Qu'il me soit perniis de consacrer une note a la description succincte et a I'bistoire du sort de ces larves (1). (1) L'une des larves sacrifiee au scapel eonfirma en tout point , k ma vive satisfaction , ce que j'avais dejk publi6 sur I'anatomie de la larve du Formicarium. Les deux autres , pleines de sant6 , furent plac6es dans un grand vase de terra rempli de sable de rlvifere fin et bien sec. Avant d'ex- poser les p6ripelies de leur education , formulons leur signalemcnt. Larva albo-eburnea, convexa, abdominis dor so seriebus quin- que macullularum fuscarum , apice Irilobato cilialo ; venire om- nino immaciilalo ; capile quadra lo, fusco bilinealo; prolhorace sex maailalo. Long. 8 lin., mandibulis hand compulalis. Ilab. in arenosis liltoris oceanici-Biscarrosse , etc. Sa forme ovalaire ct sa structure sont celles de ses cong^nferes. Tote excavee a son tiers antericur; mandibulcs plus longucs qu'elle et tridciitees. Ycux de quatre ocellcs en carri^. Premier segment du ( 297 ) Pen satisfaits de notre chasse liltorale , nous dirigearaes nos recherches vers une antique dune boisec. Bientot un thorax attenuc en avant, les autres rides en travers ct obscurement laches. Des trois lobes du dernier segment dorsal de Tabdomen , Tin- termediaire est le plus grand. Les oils sent des soies noiritres qui coneourent a Facte de la locomotion. C'etait au commencement de Jnin que je plafai ces deux larves dans les meillcures conditions d'hygiene. Aprfes une semaine d'ex- pectation, je m'etonnais de n"apercevoir sur le sable aucune trace d'entonnoir, lorsque je m"attendais a en voir de vaste dimension , et que des larves du Formicariurn apportees des ni£nnes lieux avaient, dfes le lendeuiain de leur collocation dans un receptacle sableux , forme les leurs. Redoutant alors quelque malheur , je me decidai k une visite domiciliaire , a laquelle je procedai avec beaucoup de cir- conspection. La constatation de la vie et de la sante ne me donna pas grand peine , car je les trouvai toutes deux enfouies trfes-super- ficiellement et bi(?h dodues. Je les retirai momentanement de leur receptacle et aprfes avoir , par un mouvement de crible , bien egalis6 la surface du sable , je les y rcpia(;ai pour observer leur mananivre. Je les vis s'enfoncer aussitot k reculons , mais si peu profond^ment qu'a un a?il attentif leur presence se trahissait pur une legfere conve- xite do I'arene precedee d'unc faible depression au fond de laquelle je reconnus, avec plaisir I'exsertion de leurs tenailles mandibulaires. Celles-ci furent pour moi un trait de lumiere et me donnferent une grande securite pour leur alimentation. Mes blanches locataires m'a- vaient donn6 jusque-lii la preuve de leur tolerance d'une diete aus- tere , puisqu'il s'etait 6coule trois semaines de jeilne absolu depuis leur captivite. Quand je jetais dans la petite di^pression , ou les man- dibulcs etaient en sentinelles, une mouche Ji laquelle j'avais retran- che une aile, la larve s'en saisissait il I'instant et I'entrainait en re- culant jusqu'h un bon pouce de distance de la convexit6 dont j'ai parle. II resultait de ce mouvement retrograde sous-areneux, un sillon large mais peu prol'ond. Corame ses congeniires , notre larve , aprc'S avoir epuisd le sang de sa victime , lan^ ait le cadavre loin de son gite. En Juillet , par un temps chaud et sec , j'eus la regrettable id^e, pour me rapprocher des conditions naturelles , de transferrer le domi- ( 298 ) cri de victoire vibre a mon lympan. J'accours el j'apercois Aube et Laboulbene prosternes au pied d'lin vieux pin dont ils grallaient les debris , proclamant bien haul rheurcuse decouverle d*un coleoplere qui , nialgre sa petilesse , n*en est pas nioins une notabilite enlomologique , le Farouus Laferlei Aube^ Helas ! il fallut me contenler du nom, car la personne de I'insecte , dont on ne trouva que deux indivi- dus , m'est demeuree inconnue. Perris, a son lour, fait retenlir la foret de §on appel a la constalation d'un fait inleressant. La larve du /7«s/;a tesiacea est une mineuse des feuilles du Cislm sahifolius. Les gale- cile de mes larves , de mon laboratoire dans une galerie en plein air. Sous ce regime , elles prosperferent au mieux ct semblaicnt m6me s'apprivoiser. Je ne r6vais que leur metamorphose. Uii jour, aprfes avoir lache dans I'enceinte de I'arene quelques fourmis plus ou moins estropiees , quelle fut ma surprise de voir une de mes larves s'exhu- mer eomplfetement de sa tannifere, se placer h nu sur le sable et, par une progression en avant , assez gauchement exi^cutee , poursuivre une de ces fourmis qu'elle saisit maladroilement avec ses grandes tenailles pour s'enterrer avec elle h reculons. Je renouvelai dix fois , pendant I'et^ cette sorte de gymnastique en m6me temps amusante et instructive. Au commencement d'Aoilt, ne voyant plus apparaltre mes larves ni a la surface du sable, ni au-dessous de celle-ci, je pouvais croire qu'a I'inslar de plusieurs aulres fourmilions elles s'etaient enfoncees pour se filer une boule et y subir leur metamorphose en nyniphe. Helas , quelles furent et ma deception et ma douleur , lorsqu'aprfes avoir renvcrs6 de comble en fond toute cette masse de sable , je ne trouvai pas vestige de mes pauvres et infortunees larves ! Je fus done reduit , pour m'expliqner leur absence a cette conjecture-ci : daus leur promenade nocturne sur I'ar^ne elles avaieut t'te enlevees , de- vorees par quelque chauve-souris friande de bons morceaux. Ainsi s'evanouirent loutes mes esperances : ainsi se trouve inache- v6e , tronquee , I'histoire des metamorphoses de VOccUanicum. Mon malheur sera , je I'esp^re une le(?on profitable a d'autres eleveurs de cette belle larve. ' 299 I ries simples , bifules ou Irifldes . sonl fauves el deviennent le berceau de la nyniplie qui s'y transforme en insecte aile. Nous en ramassons en abondance. Rei«pect a la propriete. Perris ne tardera pas a enrichir la science de cetle meta- morphose inedite. En fauchant sur ce raeme Cisle on ren- contre , mais excessivement rare, le gentil Apion tubiferum. 11 pique les capsules de cet arbrisseau pour leur confier sa progeniture Plus petit et plus effile que V Apion rugicoUe qui vit sur Y Helianlhemum ahjssoides de nos landes , il lui ressemble par sa pbysionomie , sa contexture et sa villosile. Je retrouval ici un diplere d'un roux cendre glace , long de sept millimetres , que j'avais rencontre jadis pres de Bayonne : YHelomyza bislrujata Meig. La cliMte du jour nous rappelaita regret a la nacelle. Ce- pendant avant de quitter la foret, nous fimes la cloture de I'excursion par la chasse an parapluie. EUe n'est qu'nne modification de celle de la nappe; seulement , elle a ses applications speciales et n'exige pas un nombreux personnel ; un seul chasseur peul a la rigueur la pratiquer. D'une main, on presente le parapluie par sa concavite au-dessous d'une haie , d'un buisson , d'un arbrisseau, de maniere a y en- gager, avec precaution, une ou deux de ses baleines ou rayons; de I'autre main, armee d'un baton , on frappe le branchage dans la direction du parapluie. Insectes , de- bris et escargots ( souverainement ennuyeux ) , se precipi- tent au fond du large entonnoir, el on s'assied pour proce- der an triage. Quand la vegetation est avancee el le temps chaiid , la chasse au parapluie est fort productive et ne niancpie pas de charmes. MallKnireusemciil, il n'en ful pas ainsi dans nos battues de quelqucs aiibepines fleuries de la dune. An milieu de la cohue des trivialites entomologi- ques , nons ne Irouvames digne du cornet que I'obscur Cijphon Padi. ( 500 ) 11 etait nuit close quand nous nous assimes , affames , aa banquet exquis de nos botes. On ne fit qu'un saut de la table au lit. Le conseil assemble, decida, a I'unanimite, que toute la journee de demain serail consacree a la longue ex- ploration des dunes de Sainte-Eulalie, 29 Dim. — Des 6 beures , apres lebol usite de cafe au lait , nous bravons I'humeur toujours sombre du ciel , et nous parlous. M. Gazailban nous fait encore le plaisir d'etre des notres. On porte des vivres pour diner aus bords de la mer. En nous rendant a I'embarcadere de la veille , ceux d*en- tre nous qui n'avaient jamais apercu les dunes a une cer- taine distance , furent surpris de voir a I'borizon ces chaines de montagnes de sable, nues, resplendissanles comme si le soleil avait eclaire leurs cimes. II leur fallut le temoi- gnage pratique des indigenes pour detruire leur illusion. On leve I'ancre , qui n'est ici qu'une cbaine de fer fixee a un poteau ; les rameurs sont a leurs avirons et nous voila en plaine navigation sur le vasle etang de Biscarrosse. La traversee quoique continue, dura pres de deux beures. De- barques sur la plage , nous nous acheminames d'abord a travers une plaine sableuse toute couverte de brancbages couches a deraeure , destines a proteger un semis recent de pins pour la fixation des dunes. Dans les flaques d'eau , ou dans les canaux qui traver- sent ces semis , nous remarquames une quantite vraiment prodigieuse d'un crustace fort beteroclite, VApiiji cancrl- formis . et nous y primes VHydroporus griseo-slriatm. Apres cette plaine , ou abondent de grosses touffes de Genista anglica, nous nous trouviirtes au pied de la pre- miere cbaine de dunes. 11 fallait la francbir, ainsi qu'une seconde el une troisieme, pour arrivcr aux bords de I'Ocean. C'est un aspect bien singnlier , bien original que celui de ( 301 ) ces monlagnes formees par un sable pur, incoherent, iin veritable sable d'ecritoiie que les vents et la tempete y onl successivement amoncele. Cetle accumulation plus ou nioins intermittente , ce deplacenienl , cette niobilite du sable , le rendent inipropre a toute vegetation spontanee, el c'est cette observation qui a dii faire nailre I'idee dii systeine d'eftse- mencement des dunes par les brancbages protecteurs dont j'ai parle. Ces monts sableux forment des chaines a pen pres paral- leles entr'elles au moins dans cette localite, separees par des bas-fonds a etendue variable appeles des laitei^. Ce sonl des especes de vallons deserts ou les eaux sejournent dans des depressions et ou plusieurs plantes croissent de maniere a servir de pacage aux cbevaux a demi-sauvages et aux vacbes. Quand de ces bas-fonds , on envisage ce qui vous entoure , on dirait un immense cirque ceint d'ampbitheatres a penles presque verticales. Au moment de gravir la premiere chaine. on nous signala sur la Crete , une legere echancrure. C'est par celle-ci qu'il faut la franchir. On appellerait dans nos Pyrenees ces ecban- crures un cot ou un pore. Dans la penible ascension sur ce sable mouvant , on fait deux pas en avant el un en arriere. Malgre la nudile de I'arene , nous y trouvames une grande quantite de Zabrus iuflatus tantot courant a I'air libre . tantot abrites sous les bouses seches ou sous les debris. Nous les surprimes souvent devorant le Thijlacileif albicans el parfois des individus de leur propre espece. Je me rap- pello tresbien , qu'il y a une trentaine d'aiuiees, dans une excursion sur le littoral de La Teste , je trouvai ce Zabrus perche sur les epis de VArundo arenaria el du seigle dont il mangeail tres-positivement les grains encore pulpeux ou en lail. Ainsi , voilci un insecte qui , suivanl I'occasion, est carnassier ou granivore et il n'est pas le seul qui presente ToMR \l\. :>2 ( 50'i ) ces alteinalives de regime. Le Thylaciles dont je viens dc parler abonde dans ces dunes. II est des individus a elylres parcourues par de jolies raies plus foncees , qui se rappor- tent au Gcminalus Fab. C'est dans la meme localile. que je fis une ample provision de VMgialia globosa, que je voyais vivaat pour la premiere fois. Ce coleoptere fouisseur se ren- contre et dans les depressions du sol et sous les bouses seches. Le brillant Hisler metallicus a aussi ce dernier ha- bitat, ou il est assez frequent. 11 varie beaucoup pour sa taille. L'Aphodius hcomorrhoidalis et d'autres especes de ce genre , peu dignes d'une mention , habitent dans les memes conditions. Malheureusement pour nous , la botanique des laites elait fort arrieree et I'absence du soleil avait paralyse les insectes ailes qui bulinenl les fleurs ou qui vivent de rapine. Nos esperances furent done encore cruellement decues. Toute- fois le fllet joua avec activite et je parvins a capturer : l.» une mouche peu commune , qui etait pour moi une vieille connaissance , le Gonia maritima , au large front vesicu- leux; 2.0 La Dasypogon hirlellus . petit asilique gris et herisse , volant apres sa proie (1) ; S." I'obscure Scatophaga liltorea , qui n'est pas rare sur divers points de la cote ; 4.° le Tetanocera hieracii aux ailes ci semis blanc ; 5." le T. sticticu diptere qui habite les lieux bumides, meme de I'in- (1) DASYPOGON HIRTELLUS Meig. Nigro-cinereus , capile, thorace . pedibusque pilosis; anlennis nigris. barba alba, myslacc nigro griseoqite; abdomine villoso pubesccnle, scgmenlis poslicc pallidioribus ; alarum nervis sordide fuscis. Long 4 lin. Bab. in arena marilima Oceani. Ce n'est point le Cinctus dont le duvet de Tabdomen est roux , landis qu'ici il est d'un gris blancMlre. ( 303 ) terieur ties terres ; 6." le Dollchopits atiatus; 7.'> Thereca agilis ; S.° Sclomyza cineiclla. Peu salisfails de nos conquetes scientifiques , dans la tri- ple ascension des dunes , mais dedomniages , jusqu'a iin certain point , par la pliysionomie originale du pays et par I'absence d'line pluie que nous redoulions fort , nous arri- vames tres-bien disposes de gaite et d'appelit en ftice du vieux Ocean. II etait d'un calme plat peu recreatif. On etale les provisions de bouche et malgre le soin d'abriter notre couvert du vent arenifere , nous ne pumes pas eviter que parfois I'aliment ne craquat sous la dent. Quel naluraliste n'a point savoure , apres una longue course, le charme de ces repas dans le desert ! Nous fimes table rase et tout aus- sitot nous poursuivimes nos explorations en reprenant par line autre direction la route de notre enibarcadere. Avant de dire adieu a la mer , j'eus beau soulever sur la plage et les pierres et les debris delaisses par la maree , ce fut du temps perdu. Je ne trouvai que de rares individiis de la Phaleria cadaverina et la Nebria arenaria recemraent transformee et moUe. Notre retraite ne laissa pas que d'etre activement inves- ligatrice. Nous chassions tons isolement, mais sans nous perdre de vue et battant assez regulierement le pays. Apres une heure de steriles recherches ou Ton ne rencontra que les especes prises dans la matinee , j'entends au loin , des oris eclatants, une bruyanie proclamation; j'approche et j'aper^ois mes camarades dans one posture de pronation horizontale autour (le dirai-je) ?... d'une agglomeration dc crottins de cheval bien sees , que Ton brisait , que Ton ra- pait entre ses doigts au-dessus d'un mouchoir etale... Qu'y a-t-il done de nouveau ? ra'ecriai-je, quel tresor avez-vous decouvert , non pas h San-Francisco , mais h Saintc-Eulalie ? Apprenez , me dil Laboulbene etendu , que Aube vient I 504 ) d'avoir I'insigne Lonheur d'exhtimer de celte mine preciense un individu dii Xyletinus rufiihorax , I'une des sept mer- veilles du monde enlomologiqiie. II nous en faut a lout prix, et lant que le ciel nous accordera un rayon de lurniere , nous sommes decides a pulveriser tons les croUins de la conlree. A ce manifesle , public avec la plus profonde conviction, je me jetai a plat ventre, comme les autres , devanl toules les vieilles selles clievalines qui s'offrirent a mes regards ambilieux. J'appelai a men aide nion substitut oculaire indigene. Pour la millieme fois , il fut prouve que Labor omnia vincit improbus. El elTectivement , a force de nous agenouiller , de nous prosterner. de braquer nos yeux sur le stercoral mineral , nous finimes , avanl d'arriver a la barque , par prendre , entre tons , une trentaine d'indivi- dus de cetle illustration enlomologique. Pour mon lot, j'en eus sept en parfait etat, et de plus un individu unicolore , noir satine , plus petit , qui me semble une espece nou- velle (1). Le Xyletinus rufiihorax fut proclame la conquele caracteristique de la journee. 11 devint la cloture de cette expedition. Notre retour a rembarcation n'offrit rien de (1) XYLETINUS RUFIIHORAX Lareyn. Brevi-ovalus , niger , thorace pedibusque ferrugineo-rubris ; an- tennis fusco ferrugineis : elylris nigro subcaruleis glabris^ slrialis; striis apice coeuniibus. Long. 2 Un. Hub. in stercore equina (rarius vaccina) sicca , in sabulosis ma- rilimis Oceani. Dans quelques individus le dos et le bord int^rieur du prolhorax sunt laves de noir. XYLETINUS HOLOSERICEUS Duf Brevi-ovalus , niger, griseo-rufescenli holosericeus ; pedibus rn[ls; antennis femoribusque nigris; elylris slrialis. Long 4 '/, Un. Hab. in iisdem locis cum prcecedente. ( 505 ) particulier , que I'entiain avec lequel nous descendimes les pentes abriiptes des coUines sableuses. 11 etait nuit quand nous toiichames les bords hospilaliers de Biscar- rosse. Le voyage a La Teste et a Arcacbon , par eau et par lerre fut irrevocablement arrele pour le lendemain. 30 Lundi. — Le ciel consulte par les babiles tant indi- genes qu'exotiques , annoncait une pluie des plus prochai- nes. Nous ne tinmes pas compte du pronostic. Coinme un entomophile tant soit pen passionne ne saurail demeurer les bras croises en attendant les solutions meteoriques, nous nous epandimes , armes de nos marteaux tranchants , dans la foret , pour interroger encore , et les ecorces et le bois mort. Perris , toujours bien servi , par son babilete et sa bonne etoiie , decouvrit dans la decomposition d'un troncon de pin incruste dans le sol , la larve rare et jusqu'ici incon- nue du Xanlhochroa carniolica , sorte d'OEdemere qui, corame on le voit, n'est pas exclusivement propre a la Car- niole. La science ne tardera pas a enregistrer I'interessante histoire de cette metamorphose. Les lignivores de I'avant-veille se representerent en foule. II serait oiseux d'en reproduire ici la nomenclature. Je fus surpris de trouver sous I'ecorce d'un vieux cbene . six indi- vidus de YEndophlceus spinosuluK . insecle que j'inaugurai dans la science, par les soins de Lalreille, il n'y a pas moins d'un demi-siecle. Je I'avais decouvert a Fontaine- bleau , sous I'ecorce du hetre , je le retrouvai dcpuis , dans ce meine babitat aux Pyrenees et maintenant je le consta- lais pour la premiere fois dans le cbene. II a la couleur et les asperites du bois, et il est tellement colle, immobile a sa surface qu'il est fort difficile de I'apercevoir. Je surpris sous I'ecorce crevassec d'un Tauzin en decrepitude , unu ( 306 ) belle araignee nouvelle VEpeira thomisoides (1). Je la collo- quai soigneuseraent clans sa prison celkilaire de papier pour pouvoir a la fln de la campagne , I'eludier vivanle et en es- quisser le portrait. A onze heures , malgre de sinislres nuages , nous nous embarquames resolument; et comme le trajet devait etre long , nous entrainames a bord un fagot de branches de pin recemment mortes , pour nous amuser a y cbercher , sur I'indicalion de Perris , son minulissime Bostrichits ra- mulorum. Nous I'y denichames en quantite. Nous avions les vents contraires et les avirons redou- blaient d'efforts. Bientot une pluie dense et continue se de- clara ; il fallut hisser les parapluies et s'embosser dans une phiiosophique resignation. Quatre morlelles heures s'etaient ecoulees dans ces luttes et ces epreuves , lorsqne le calme .«ucceda enfin a la tourmente. Comme on ne s'etait pas em- barque sans biscuits, I'equipage ranime jugea a propos de relAcher sur une cote deserte pour y reparer ses forces. L'abordage immediat etant declare impossible , il fallut tout simplement nous mettre ^ cfieval sur nos rameurs qui nous deposerent a sec sur le rivage. Le temps avait fraichi et nous aurions volonliers allume du feu ; mais aucun de nous n'avait une alliimelte chimique , ce qui prouve qu'il n'y avait pas un fumeur de profession. Cepondant le repas fut court et gai. Nous regagnames I'esquif par la meme ecjui- (1) EPEIRA THOMISOIDES Duf. Piceo-obscura , lulescenle brevi pubesccns; abdomine ovalo, su- pra depresso , fossularum dorsalium paribus qualuor , margine pe- dibusque lulescenle punctalo variegalis. Long. 6 tin. Hab. sub quercus annosce corlice. Biscarrosse. Je donuerai incessamiuent la figure et la description detaillee de celte belle espfece. ( 307 ) (ation humaine , et nous ne tardames pas a debarquer ilefinilivement dans une petite anse de I'etang de Cazeaux. Nos marins d'eau douce , transformes en aides naluralis- tes, prirent pedestreraent avec nous le chemin ennuyeux de la Teste-de-Buch. Notre desappointement fut extreme lors- qu'au lieu d'une heure de marche annoncee a Biscarrosse , il nous en fallut trois non inlerrompues et d'un bon pas a travers un pays d'une desesperante monotonie. J'avais du moins espere me dedommager par une bonne provision d'AUica lineata surV Erica ttcoporia si commune; mais co n'etait pas sans doute I'epoqiie de I'apparition de cet in- secte ; nous n'en trouvames pas un seul; il n'y eut que quelques larves. Nous arrivons enfln , passablement fatigues , a la Teste de Buck , dans cette population des antiques Boiens qui comptait parrai les dix principals de la Novempopulanie. Les Romains appelaient parfois les Boiens Piceos , aujour- d'bui Resiniers. La vue du bourg de la Teste , ou aboutit le chemin de fer de Bordeaux , exhuma de raon souvenir deux amis , egalement chers a mon coeur\ qui I'avaient babite ; Thore , I'auleur de la Promenade siir les cdtes du Golfe de Gascogne; Bory de Saint- Vincent , jete sur cette plage par la tourmente revolutionaire de 95. C'est dans sa solitude forcee qu'il vint alors , presqu'enfant , s'inspirer du gout pour les recherches d'histoire naturelle. J'etends ce pieux souvenir a la memoire d'un autre ami, du spirituel Sainl-Amans, auteur du Voijage pittoresque et sentimental aux Pyrenees, et d'autres ouvrages recommandables. 11 avait aussi sejourne a La Teste. En attendant I'omnibus d'Arcacbon , nous allames a la decouverte du Coniaius chnjfochlora sur les Tamarix du Pre saU. On y renouvela la diasse an parapluie. Les rares individus du Coniatus qui y lomberent etaient fanes; mais ( 508 ) en revanche , on put s'y approvisionner des larves de ce cliaransonite. On trouve aussi dans ce ineme Pre sale, dont j'avais ex- plore rentomologie il y a trente ans . trois hemipteres lillo- ranx sauteurs , les Salda Zosterw . riparin . lilloralis, es- peces linneennes qui , depuis cette dale , ont subi dans ma collection toutes les vicissitudes d'une nomenclature mal assiiree , niais qui ont pris enfin , grace a M. Signoret . leurs epilhetes legitimes et definitives. La temperature s'etait singulierement abaissee , et pour un thermophile vieux et vetu a la legere . j'en soufTrais beaucoup. Le soleil avail disparu de I'horizon depuis pres d'une heure ; el Tomnibus desire nous fesant defaut , on y supplea par une voiture qui , a 9 heures , nous posa , Iran- sis , a la cuisine de I'Hotel Le Ga/lais a Arcachon. Un feu ardent vint relablir I'equilibre entre le physique et le moral et nous predisposer a un souper qui , malgre son improvisa- tion , ful savoure de tous. 31 Mardl. — Enfin, le soleil qui jusqu'ici nous avail fail rigueur , nous favorise de ses rayons . et, des leur eclo- sion , nous nous elancons pleins de joie sur le littoral. Arcachon, que je n'avais pas rcvu depuis 1824, n'avail alors d'aulre edifice que son eglise isolee , perdue dans la forel de Monloo. Notre-Dame d'Arcacbon elait alors ricbe- ment decoree par les Ex volo des marins. Aujourd'hui c'esl nne vilie en incubation ou mieux en construction , qui s'ac- croil journellement et dont les maisons , a la file les unes des aulres , sur une meme ligne de Irois a qualre kilometres de long , font face au bassin. Les marees montantes arri- venljusques pres du seuil des portcs. Celte cite naissautc va detroner la Testa Boiorum et appeler a elle tous les bai- gneurs de la Guienne. D'ailleurs , elle esl a la mode el c'esl toul dire. ( 509 ) Nous explorames, duranl six grandes heures, celte longue iisiere marilime. Toutes les